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Ce Blog est un Blog génial qui parle de mes créations diverses et variées, de mes centres d'intérêt, finalement de la personne la plus formidable qui soit : Moi ! Mes chevilles ? Ca va, elles vont bien, merci !
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Salut les cocos,
un de mes vieux amis qui est illustrateur de métier a lu mon "roman" (qu'il faudra d'ailleurs que je finisse de publier ici à l'occaze tiens...) et il a eu envie d'en faire une bédé.

J'ai donc découpé 4 pages que j'espère représentative (un peu d'humour, un peu d'action) et mon pote les a dessinées.

Ca donne ça :

Planche 1
Planche 2
Planche 3
Planche 4

Pour le synopsis qui accompagnera les planches chez les heureux éditeurs, ça donne ça :

Catherine Régeant, nom de code « La Fouine » !
Tour à tour agent du gouvernement et redoutable mercenaire, cette superbe tueuse à gages aussi mystérieuse qu’impitoyable est parvenue à se tailler une réputation internationale qui a fini par lui attirer bien des inimitiés. Lorsqu’elle disparaît de la circulation en pleine gloire il y a  cinq ans, sa singulière légende s’en trouve grandie et les questions vont bon train : est elle morte héroïquement durant une de ses impossibles missions ? Jouit elle enfin de son immense  fortune, les tongs en éventail sur la plage déserte d’une île paradisiaque?

En fait, la vérité est un micro-poil moins romantique : rebaptisée Micheline Beauregard, elle est  devenue obèse, paranoïaque, pétocharde et cynique. Elle et se terre dans un pavillon de banlieue minable, incapable de se remettre des terribles évènements qui l’avaient contrainte à se retirer de la lumière au temps de sa splendeur. Survivant plus qu’elle ne vit, elle limite ses efforts entre bouffer comme une vache, dormir comme une truie, regarder « l’inspecteur Derrick » et SURTOUT se moquer cruellement de son unique compagnon, l’infortuné Raoul Bicarosse.

Raoul Bicarosse - dit « Bibi » - n’est pourtant pas non plus un enfant de cœur et en dehors de Micheline, seuls les crétins profonds ou les candidats au suicide oseraient se payer sa fiole. Redoutable porte-flingue, il a mis sa prometteuse carrière entre parenthèses afin de se consacrer au mieux à sa bien ingrate compagne. Etrange choix lorsque l’on sait que Bibi n’a rien d’un masochiste.  C’est juste qu’il en a chié des caisses pour sauver la vilaine teigne voilà cinq ans alors il n’a pas le cœur de lui fêler le chignon maintenant. Pourtant les raisons ne manqueraient pas vu la croix en fonte que c’est, la Grosse ! Mais il est comme ça, le Bibi : brave ! Limite couillon des fois. Bon il y a aussi le fait que malgré toutes les misères qu’elle peut lui faire et son physique de boudin de concours, Bibi n’y peut rien : il l’aime, sa Micheline !

Soucieux quand même d’éviter le probable coup de grisou qui lui ferait péter un câble suite à la remarque de trop, Bibi - prudent - a décidé de se remettre au travail. Il recommencera tranquille en tant que simple porte-flingue pour Farid « la Pierrade » et ses Tunisiens. Comme ça pendant qu’il savatera les malcomprenants divers, il ne sera pas tenté de latter le dargif de la Grosse malgré la facilité bien tentante de la cible.
Clair que pour un Fer de sa trempe, ça va être du vrai billard, ce taf’ !

Sauf qu’en fait, c’est tout du bidon, ce travail !
Si « la Fouine » se tue à petits feux  à coups de graisse et de séries débiles pour oublier, c’est loin d’être le cas de tout le monde et d’anciennes connaissance rancunières n’ont jamais cessé de la rechercher. Maintenant qu’ils ont une chance de lui remettre le grappin dessus au travers de ce couillon de Bibi, ils envisagent bien de terminer ce qu’ils avaient initiés sans succès voilà cinq ans.
Idéalement douloureusement et très salement mais à minima, définitivement !!!

D’autant que sur le papier, ça semble simple de les ébouser, les deux quiches : cinq piges à pioncer, ça a dû leur donner le goût de la sieste alors autant rendre service !
Malheureusement, ce qui s’avère simple va partir en vrille. Et ça n’arrêtera plus d’empirer.
C’est connu pourtant qu’une affaire crapuleuse mal barrée c’est comme un steak tartare mal dosé : plus on tente de le rattraper en ajoutant des composants, plus il arrache la gueule !
Sur ce coup, on saura jamais si le dosage initial était vraiment foireux mais toujours est il qu’avec l’implication de l’anti-gang, du RAID, d’autres services du gouvernement nettement moins fréquentables, de gangs de méchants aussi bizarres que violents, sans compter un Ange exterminateur revanchard et un arabe trop cuit, va falloir que la Fouine et son mec retrouvent vite fait les vieux réflexes s’ils veulent se zieuter le Derrick de demain !!!

Si je suis éditée, tournée de Pim's Framboise !!!

Posted on jeudi 30 août 2007 à 17:07 in Viande hachée et Carpaccio - 128 comments

- Mais arrêtez de canarder comme des débiles !!! hurle Franciné N’Ganno. Vous voyez bien qu’il est en train de se sauver.

- Unité 2, lance le capitaine Ricard. Il vient vers vous.

- Négatif, unité 1. Nous sommes à l’appoint du couloir sud et il est vide.

- Foncez ! Il est probablement dans les chambres attenantes. Annoncez à vos gars que nous avons une possible situation de prise d’otage.

- Mais oui… souffle le jeune lieutenant de l’anti-gang soudain très fatigué en se laissant tomber pesamment au sol. Il est allé s’enfermer dans une chambre avec une poulette en attendant que la cavalerie vienne lui passer les menottes... Ce mec est un pro ! Il s’est tiré par l’extérieur, Ricard. Tu perds ton temps.

- Dis donc l’Africain, t’es pas très reconnaissant pour un type dont on vient de sauver les fesses, fussent elles charbonneuses, je trouve. Ca me ferait presque regretter qu’une balle perdue ne soit pas venue fermer ta grande gueule si tu veux tout savoir.

- Y en a une qu’à pas été perdue pour tout le monde, mon pote, répond Franciné en désignant de la tête un membre du RAID vautré dans une mare de sang comme une poupée cassée.

- Oh non... Un homme à terre, hurle Ricard dans son micro en se précipitant vers l’officier immobile.

 

Retournant le commando, le rouquin constate que la poitrine de son équipier est percée de deux petits trous fatals malgré le gilet pare-balles. Il n’ose pas imaginer les dégâts en sortie d’impact…

Le crépitement de l’oreillette lui remet les pieds sur terre :

 

- Unité 2 à Unité 1. Avons sécurisé les chambres, mon capitaine. C’est un véritable carnage là dedans !!! Nous pensons que la cible a quitté le bâtiment par une fenêtre de l’étage et nous engageons la poursuite. Les unités de police en patrouille autour du périmètre d’intervention ont été alertées.

- Attention !!! A toutes les unités en protection autours de l’hôpital, c’est le capitaine Ricard du RAID qui vous parle : le suspect est un gigantesque salopard balafré qui utilise des balles au téflon « tueur de flic » ! En conséquence, j’assume l’ordre qui suit et vous demande de l’appliquer à la lettre : tirez pour tuer et ne faites pas de sommation !

- Unité 2, bien reçu, capitaine. On l’aura, Ricard, fais nous confiance !

- Quel fiasco, balance Ricard à N’Ganno tandis que policiers et toubibs investissent les lieux. Le commandant blessé, un homme abattu et le suspect en fuite. On est des vrais burnes.

- Je dirais pas le contraire, acquiesce Franciné tristement. Mais le Balafré n’est pas encore tiré d’affaire et surtout le suspect à la tête trouée est probablement encore vivant. C’est tout ce qui comptait.

- Si tu le dis… murmure Ricard en contemplant le commando abattu qui ne terminera jamais le dernier niveau de « Rayman » et que les brancardiers charrient comme un tas de viande maintenant qu’ils ont constaté le décès.

- Et puis vous nous avez sauvé la peau à mon collègue et à moi, renchérit le jeune noir en tapant amicalement sur l’épaule du rouquin.

- Ca y est, je déprime…

 

 

 

 

Pour un flic en tenue, il n’y a pas grand chose de plus pénible que les missions de soutien ! Même si ça casse la routine pesante du commissariat, ça ne sert finalement qu’aux équipes de cow-boys pour se la péter. Le quatuor de képis, tassé dans la 305 pour profiter à fond de la clim’ plus que pour surveiller la petite allée sombre qui jouxte l’hôpital, est à ce titre représentatif de l’état d’esprit de la majorité des résidants des postes de police français lorsqu’il s’agit d’épauler ces prétentieux en civil. Aussi quand le jeune stagiaire – le seul à être excité comme une puce depuis le début de la mission - braque le projecteur portatif vers l’obscurité, il ne déclenche pas vraiment l’intérêt escompté chez ses collègues vétérans en s’écriant :

 

- Il y a un truc qui bouge là bas !!!

- Ah mais merde… grogne l’adjudant en jetant un œil fatigué au type qui approche lentement vers eux. Laisse tomber, les suspects s’éloignent des gyrophares, ils ne s’en approchent pas.

 

C’est vrai que Rachko Piavic - qui avance vers le véhicule de patrouille avec une nonchalance appliquée - n’a pas tellement le comportement habituel du fugitif traqué. C’est quand il arrive à une vingtaine de mètres et pointe  ses Desert Eagle sur le véhicule de police que le jeune stagiaire se met à hurler :

 

- PUTAIN C’EST LUI !!! C’EST LE TUEUR A LA BALAFRE !!!

 

La suite est assez confuse.

Une chose est sure : la première balle du Géant fracasse la vitre remontée pour cause de fraîcheur, traverse le projecteur portatif et fait exploser la tête du jeune stagiaire qui se trouvait bêtement derrière. Pendant que l’adjudant assis à coté du gosse gémit en constatant qu’il est couvert de morceaux de cervelle et de débris divers, les deux policiers assis à l’arrière descendent de la voiture aussi prestement qu’ils le peuvent par la porte opposée au tireur et se mettent à l’abri.

Piavic avance toujours.

Des deux mains, il tire trois fois sur le gros adjudant hébété qui glisse doucement de son siège la figure en bouillie. Les deux policiers survivants se relèvent courageusement dans un bel ensemble en position de tir et font feu. Le fou balafré ne ralentit même pas sa progression et continue à marcher calmement sur eux, ses armes levées. Il est à moins de dix mètres mais ce visage défiguré, cette effrayante carrure et cette nonchalance étudiée de monstre invincible font qu’ils perdent leur sang froid et ratent leur cible contre toute attente.

Pas Rachko.

Les terrifiants Desert Eagle aboient une fois chacun et crachent leur métal mortel droit dans les fronts des policiers qui décollent du sol dans un nuage écarlate et pour retomber horriblement deux mètres plus loin dans un bruit de sac à viande.

Le Géant passe la voiture de patrouille, enjambe ses dernières victimes en prenant soin de ne pas marcher dans la flaque poisseuse qui s’agrandit sur le trottoir, déboule enfin sur l’avenue pacifiée et traverse la route en petites foulées détendues avant de se perdre dans le parc tranquille qui jouxte l’hôpital.

Par deux fois en tentant  de sortit du parc, il manque croiser un nouveau véhicule de police qui se dirige vers son dernier carnage toutes sirènes hurlantes. Lorsqu’il est assuré de ne plus croiser un flic égaré, il enjambe prestement le muret du parc, traverse la route et s’engouffre dans son véhicule qu’il avait judicieusement garé à distance de l’objectif puis sort le portable de la boite à gants.

 

- J’ai échoué, Monsieur, annonce calmement l’assassin. Et il y a eu de nombreuses victimes collatérales parmi les civils et les forces de l’Ordre.

- Tu es blessé ?

- Non, Monsieur.

- Fort bien. Laisse Dragan crever à l’hôpital, Rachko. J’ai eu confirmation qu’il avait été touché à la tête et qu’il était toujours dans un profond coma. Dés lors, le risque qu’il éclaire les policiers français est négligeable et il est devenu une cible secondaire. Quand à Régeant, je vient d’apprendre qu’elle avait réactivé son réseau. Il est donc inutile d’aller la chercher, elle viendra à nous.

- Si je peux me permettre, Monsieur, elle pourrait continuer à se cacher. Pourquoi réagirait-elle maintenant ? Pourquoi après cinq ans de silence ?

- Simplement parce qu’elle n’a plus peur.

 

Prochain épisode : retour vers le futur

Posted on jeudi 15 mars 2007 à 15:50 in Viande hachée et Carpaccio - 91 comments

Tandis qu’il traverse à grandes enjambées décidées le parc plongé dans la pénombre qui flanque l’Hôpital central, Rachko le balafré se dit qu’il a un triple problème : il parle français comme Dolph Lundgren dans Rocky IV en version Québécoise, se trimballe globalement le même physique de montagne que l’acteur et surtout, sa tronche ravagée attire l’œil.

C’est amusant d’ailleurs cette fascination malsaine des gens pour ce qui fut visiblement beau avant de se transformer en vision de cauchemar. Il est évident que le Monstre avait jadis un visage à la symétrie parfaite et le peu de personnes qui osent le regarder plus d’une seconde sans ciller se posent systématiquement la question à deux balles : qu’à t’il bien pu arriver à ce pauvre garçon pour qu’il soit ainsi défiguré ? Rapidement, ces mêmes curieux se préoccupent simplement de leurs affaires s’ils croisent par malheur le regard mort du barjot tant il irradie une inhumanité glaciale.
 

Le fait est que tous ces éléments ajoutés rendent un poil difficile la visite que le Géant a prévu de rendre à Dragan depuis qu’il a appris le fiasco de la dernière opération. La dernière piste pour retrouver la Fouine et sa bande s’arrête chez ce Max « le pianiste » qui a disparu de la surface de la terre. Comme par hasard. Du coup, sans une petite discussion avec l’hospitalisé survivant, Rachko doute de pouvoir retrouver ses proies avant que le patron ne s’énerve vraiment. De plus, il ne sait pas ce que le cinglé du rasoir a raconté aux poulets. Dragan a une peur bleue du balafré et ne lâcherait jamais le morceau mais certaines drogues peuvent annihiler la terreur la plus absolue et permettre aux policiers de remonter jusqu’aux commanditaires.

Ce qu’il préfèrerait éviter…

Fort heureusement, Rachko est un pragmatique.

Pas toujours un modèle de finesse dans son approche mais c’est plus par choix et amour du danger que par manque de créativité car il est avant tout un tueur brillant qui sait parfaitement évaluer les risques et les enjeux. Il sait par exemple que - la nuit tombée – les équipes hospitalières sont réduites, les visiteurs quasi-inexistants et les personnels de sécurité fatigués.

Avec les contacts privilégiés que la position de son patron autorise, il sait aussi que ce crétin de Dragan est en réanimation au troisième étage. Vu qu’il envisage d’animer le virtuose du rasoir juste le temps de lui poser quelques questions pour ensuite l’inanimer définitivement, ça lui convient plutôt bien.

Seul souci qui peut s’avérer majeur pour les statistiques de la préfecture de police : avec sa tronche de cake pré-découpé, il ne peut pas se permettre de croiser une seule personne en la laissant en vie. Rien de fondamentalement méchant dans cette radicale approche mais un simple constat selon lequel un procès sans témoin est plus facilement gagné. Comme personne n’est à l’abri de se faire poisser de nos jours…

 

Revigoré par sa charmante ballade à pied, Rachko fixe les silencieux au bout de ses deux monstrueux automatiques avec application et pénètre dans l’hosto par l’entrée des urgences fort idéalement déserte.

Il a l’impression d’être le T800 pénétrant dans l’immeuble de Police dans le premier « Terminator ». A part que Sarah Connor était nettement plus sexy que Dragan et qu’il espère qu’il n’y aura pas un hypothétique John Connor pour lui casser les roubignoles…

 

 

 

 

Mollement vautré dans son lit d’hôpital, le lieutenant de police Franciné N’Ganno n’en revient pas !

Il a morflé deux balles dans la peau, a niqué irrémédiablement son plus beau costard et la seul chose que ce fumier chaud de Greg le Dèg trouve le moyen de faire est de lui envoyer cette andouille de Mat pour le cuisiner. Même pas une petite boîte de chocolats pour le réconforter !!!
S’empiffrer lui aurait permis de passer le temps entre cette fichue douleur au coté et l’autre pignouf de Didier Leçon qui ronfle comme un sonneur dans le pieu d’à coté.

Coté bilan général en tout cas, ils ont vraiment eu beaucoup de chance d’après le toubib.

Dans le cas de Franciné, les bastos ont traversé la viande sans rien endommager de sérieux. Ca ne l’empêche pas de grommeler en considérant son corps superbe plus adapté pour recevoir les savantes caresses de ses copines que des balles de Scorprion Enfin puisque c’est fait, il va falloir rentabiliser ! Lui qui ne demande qu’à retirer ses fringues dés lors que les copines font pareil, il pourra ajouter à ses technique de drague un couplet héroïque pas inintéressant. Une chance qu’il n’ait pas mangé une valda dans une partie sournoise ou qui fait rire…

 « Genre dans le pied », pense t’il en regardant son collègue en gloussant bêtement. « Ca doit faire un mal de chien et c’est même pas valorisant à montrer à une fille, un pied. Le bras et le coté du ventre au moins ça en jette ! Y a qu’à voir dans les films : le héros ne prend jamais de un coup de feu dans un panard, ça ferait marrer les spectateurs. Heureusement pour Didier qu’il se fiche des gonzesses en fait. Enfin ça serait plutôt les nanas qui se fichent de lui mais au final ça revient un peu au même. Didier c’est bien le genre à flamber devant une touffe en exhibant fièrement son pied troué d’ailleurs. Quand on porte des cravates comme les siennes, on a vraiment honte de rien  et ça devient presque un avantage.

Jusqu’à la fusillade, Franciné pensait pouvoir un jour aider ce guignol à devenir présentable mais maintenant qu’il l’a vu oser enfiler sa cravate en cuir rouge sur sa veste de pyjama d’hôpital, il comprend que c’est une cause perdue. Resterait bien les godasses pour arranger l’ensemble mais vu l’état de ses panards au Didier, il est pas prêt de remettre des pompes neuves avant longtemps.

Ou alors les boites d’emballage ; à la limite piquer ses « tongs » au Yéti mais pour de l’Italienne cousue main, faut oublier !

 

L’envie d’uriner ramène le jeune black sur terre. Il massacre une fois de plus le bouton d’appel en maudissant l’infirmière de garde puis repense aux évènements qui l’ont conduit ici. Malgré les quelques éléments que Mat la Bat leur a communiqué durant le débriefing improvisé, il ne comprend pas bien ce qui leur est arrivé. Ils viennent juste faire un gentil contrôle de routine et tombent en pleine guerre totale. Il tord comiquement sa bouche en pensant qu’il n’a pas fini d’entendre le commissaire la ramener avec ses conneries habituelles…

« TOUJOURS porter son gilet, bande de navets ! C’est lourd et ça fait transpirer mais si vous êtes fatigués et puants c’est que vous êtes vivants !!! »

« TOUJOURS être sur vos gardes car ceux d’en face ne sont pas là pour vous talquer les fesses, tas de quiches ! Ou alors à la poudre !!! »

« TOUJOURS une main sur le flingue et l’autre sur vos couilles, grappe de moules ! Mais faites gaffe de ne pas vous tromper quand vous dégainez !!! »

Un poète, le commissaire…

Mais pour le coup, il avait pas tort.

 

Mais qu’est ce qu’elle peut bien être en train de faire, cette feignasse d’infirmière ???

Et  pourquoi ces andouilles l’ont ils collé dans la même piaule que l’autre turbine à ronflements ? Cet emmerdeur de Didier le gêne même quand il pense avec ses bruits de bête malade. Il l’étoufferait bien avec un oreiller mais aurait du mal à faire croire aux toubibs que l’asphyxie est une résultante d’une brûlure aux arpions.

« Pardon, docteur ! Le pansement a glissé ! »

A oublier, ça va pas le faire…

Ah ben justement, l’inspecteur Leçon est en pleine envolée lyrique de grognements qu’il en vient à s’étrangler et roule sur le coté pour redevenir  à nouveau paisible. Cette inespérée période de rémission permet à Franciné d’apprécier enfin le silence de la nuit avant de distinguer avec joie la reptation pataude en provenance du couloir qui annonce l’arrivée de Miss Bassin.

C’est alors qu’il entend clairement le double « plop » caractéristique d’un réducteur de son et la chute étouffée d’un corps. Dans son état, il ne se sent pas trop chaud pour aller jouer les cow-boys. Il désactive l’interrupteur d’urgence du lit pour éviter d’attirer le propriétaire du flingue pas suffisamment silencieux à son goût et se laisse tomber dans le lit, immobile. Agacé par sa lâcheté, il reporte sa frustration sur la victime en blanc en se disant qu’elle se serrait  magnée le derrière de lui apporter le bassin, elle serait peut être encore en vie, cette feignasse !

Pendant dix secondes, il reste là, tentant de se persuader qu’il en a assez fait pour aujourd’hui. Puis il constate que l’envie d’uriner l’a quitté d’un coup, remplacée par une honte déjà pénible. N’Ganno est un garçon courageux qui considère son métier comme une noble mission. C’est en outre un bien piètre menteur, surtout lorsqu’il s’agit de s’abuser soi  même. Conscient de faire une grave erreur, il descend en grimaçant de son lit, s’approche de Leçon et plaque sa main sur la bouche du ruminant ce qui a pour effet de déclencher un bond de trois mètres et des tortillements  de lombric tronçonné chez l’homme à la cravate.

 

- Doucement, Didier… On a un problème…

 

 

- C’est clair pour tout le monde ? grince le commissaire principal Grégoire Marmand aux cinq hommes qui lui font face dans la petite salle de briefing de l’anti-gang.

- A ceci près que ton Bibi peut être n’importe où, Greg, minaude le commissaire principal  Antoine Morelli, l’éternel meilleur ennemi de l’équipe de Marmand car commandant la deuxième cellule  « action » de l’OCRB.

- Si j’avais eu une adresse où aller lever ces enfoirés, je n’aurai pas besoin de ta bande de bras cassés sur ce coup, Antoine. La seule chose qui nous rattache encore à Bibi et le mystérieux homme momie qui l’accompagne – à priori Farid « la pierrade » qu’on a pas retrouvé dans le charnier de l’entrepôt - est l’Audi que la vieille voisine a vu démarrer juste après le carnage.

- C’est maigre.

- Moins que ton QI ! J’ai donc demandé votre coopération, les filles ! Mais si vous avez décidé de me chier dans les bottes, je vous préviens à l’avance que ça va éclabousser grave autour.

- Calme toi, Greg. On cause là…

- Non on cause pas, bougre de gland ! J’ai un de mes gars qui risque de ne plus pouvoir se déplacer sans roulettes et l’autre qui a morflé deux balles dans le buffet alors j’estime qu’on a assez causé. Je veux ces mecs et je les veux maintenant.

- Mais merde arrête ! On a beau se tirer un peu dans les pattes, Franciné et Didier sont aussi nos collègues et neutraliser ceux qui sont responsables de leurs misères est aussi notre priorité. Avoue aussi que là c’est pas des renforts qu’il te faut, Greg, c’est un magicien ! s’emporte Morelli.

- David Coperfield est pas libre et Garcimore mange les pissenlits par la racine alors vous sortez vos baguettes magiques et vous me faites un putain de miracle !

- T’es gentil franchement !!! Tu nous demandes de laisser de coté les affaires courantes pour vous épauler toi et ton équipe mais arrivé là, tu nous engueules sans nous donner un seul élément d’enquête utilisable !!! achève le concurrent de Marmand avec un mauvais rictus.

- C’est vrai Antoine… avoue Greg le Dèg’ en se passant la main sur les yeux. Je perds les pédales ! J’ai pas la plus petite piste… Seulement un tas de cadavres et des flingueurs ultra dangereux dans la nature avec des Mercenaires tarés au cul dont j’ignore les motivations…

- Bon ben revoyons les faits ensembles, tempère Antoine Morelli qui retrouve sa bonne humeur coutumière, conscient de l’abattement qui frappe Marmand. Ton autre type troué de la fiole qu’ils ont retrouvé avec tes lieutenants, il a toujours pas refait surface ?

- J’ai laissé un képi à sa porte pour qu’il le surveille et nous informe dés qu’il aura repris connaissance. Quoi qu’avec le cervelet percé, il risque d’être un peu à l’ouest, le bonhomme ! Avec les barrages et les contrôles qu’on a mis en place, on pense que Bibi n’a pas pu faire beaucoup plus de 150 bornes autour de Paris s’il en est sorti. Une bagnole rouge de ce genre, ça se retrouve. Et encore plus facilement quand un type avec la gueule pleine de pansement est dedans. Dur à planquer en plein été et l’option passe-montagne ferait un peu gag…

 

La sonnerie du téléphone allège un peu la tension. Mat la Batte décroche et tend le combiné à Marmand.

 

- C’est l’hosto… Franciné…

- Il dort pas à cette heure celui là ? C’est bien ma veine d’être tombé sur un blackos bosseur tiens !!! Passe le moi… Alors Néné, c’est la déprime  parce que les embouts de pistolet à pipi acceptent pas ton démonte-pneu hors norme ?

 

Le commissaire principal de l’OCRB se décompose en une seconde.

 

- On t’envoie des renforts tout de suite mais le laisse pas partir, Franciné ! Et protège le troué de la tronche, c’est notre dernière piste sérieuse ! (…) Je m’en cogne que Didier puisse pas marcher, il a qu’à te couvrir à plat ventre !!! Zêtes à l’Anti-gang, bordel !!! Si vous vouliez vous glander, fallait devenir contractuel !

 

Greg le Dèg prend une seconde ligne téléphonique et s’adresse aux hommes présents dans la pièce en même temps.

 

- L’hôpital est attaqué par une espèce de géant monstrueux d’après le lieutenant N’Ganno. Après le coup du zombi escouillé , je me demande s’il ne nous fait pas un peu de fièvre genre Vaudou, l’africain, mais dans le doute, on fonce. Vous me prévenez les képis les plus proches, j’appelle l’unité du Raid même si ça me fait mal aux chevilles.

- T’as dit à Néné de s’en mêler, Greg ? demande Mat la Batte.

- Je lui ai dit de faire ce qu’il pouvait avec Didier, oui.

- C’est moi qui ai leurs flingues. A cause de l’enquête administrative obligatoire…

- Vacherie ! Faut faire fissa sinon on va avoir une deuxième brouette de macchabées sur les bras.

 

 

 

 

Le commandant Pougin de Gérinand-Lacroix devrait être la quintessence de l’efficacité policière puisqu’il commande la légendaire équipe tactique du RAID, les fameux commandos de la police nationale. En fait, c’est une nullité crasse absolue dont les seuls atouts sont d’avoir une famille aussi puissante que présente dans la nébuleuse des ministères.
Lorsqu’il reçoit l’appel du capitaine Grégoire marmand, le fameux Greg le Deg’ de l’OCRB en personne, qui lui demande son aide, il se fend d’un grand sourire satisfait en raccrochant. Une fois n’est pas coutume – soucieux qu’il est de ne jamais mélanger les torchons et les serviettes – le Noble engoncé dans sa tenue de combat toute neuve descend carrément dans l’entrepôt ou sont en train de s’entraîner les « Ninjas » de son commando. Il monte fébrilement sur le capot d’un véhicule tout terrain, glisse minablement, se fait méga mal au genoux, sert les dents, se redresse péniblement puis écarte les bras comme le messie requérant l’attention d’une foule innombrable avant de s’adresser à ses ouailles surprises en pleine séance de glandite aiguë :

 

- Messieurs, les pathétiques pantins de l’anti-gang ont un problème ! Il semblerait qu’un suspect extrêmement dangereux fasse un massacre à l’hôpital central. Etant les plus proches du site et considérant que nous pouvons être confrontés à une prise d’otage, nous intervenons en premier. Nous devons prendre la cible vivante pour les besoins d’une enquête en cours chez ces messieurs les cow-boys et surtout protéger les deux inspecteurs blessés déjà  hospitalisés sur place qui sont probablement engagés dans l’action à l’instant ou je m’adresse à vous.

- Cette histoire ne sent pas bon, mon commandant, renâcle le capitaine  Christian Ricard en calottant un de ses hommes qui couine à cause qu’il a pas le module de sauvegarde de partie et aimerait bien terminer son niveau de « Rayman » sur sa game-boy.

- Je partage entièrement votre sentiment, mon petit Ricard, reprend de Gérinand en pointant un doigt superbement ganté sur son adjoint. D’autant que nous devons faire dans le chirurgical pour permettre à Greg le Dèg de mener à bien son affaire.

- Sans vous offenser, je peux pas les voir ces enflures de l’anti-gang, mon commandant, s’énerve Ricard en écrasant la Game-boy tentatrice à coup de rangers non sans oublier ensuite de motiver de la même façon le commando en sanglot à monter dans le fourgon d’intervention. Ils ne jouent pas franc-jeu une fois de plus et nous risquons de nous heurter à forte partie par leur faute. Ce serait bien dans leurs méthodes de nous envoyer au casse-pipe soit disant contre un seul mec rien que pour nous voir nous vautrer quand on s’apercevra qu’il y a une armée !

- Moi non plus je ne les aime pas, mon petit Ricard, moi non plus… Et je sais bien que Marmand et ses sous-fifres sont aussi vicieux que mécréants. C’est pour ça qu’on débarque et qu’on tire dans le tas.

- Mais… s’étonne Ricard qui est un sanguin mais pas un tordu. Et les deux officiers blessés ?

- Dieu reconnaîtra les siens, pontifie le Noble. Enfin ceux qui ne seront pas trop abîmés…

 

 

 

 

- Sans nos armes, ça pas être de la tarte à la rhubarbe, murmure le lieutenant N’Ganno en affirmant sa prise sur la béquille tout en surveillant par l’entrebâillement de la porte le Géant balafré qui entre doucement dans une nouvelle chambre.

- On ne va quand même pas l’attaquer à la crotte de nez, ton Monstre ! gémit l’inspecteur Didier Leçon. Passe  encore qu’on tente un truc en étant armés mais là, c’est n’importe quoi ! On est des miraculés, mon pote ! Demander un autre miracle dans la même journée ce serait abuser, crois moi.

- Ce mec a sulfaté l’infirmière de dos sans hésiter, Didier. Je ne sais pas à quoi il tire mais tu n’auras qu’à voir les trous qu’il lui a fait pour te convaincre qu’il faut que nous intervenions. Et ça fait trois piaule ou il rentre et d’où il sort en sulfatant les malades. Si on ne tente rien, il va transformer l’hôpital en abattoir et je ne pourrai pas vivre avec ça.

- Ben moi je préfère vivre avec des remords – même terribles et qui empêchent de dormir – que clamser bêtement pour les éviter et dormir définitivement …

- De toute façon on te demande pas ton avis ! Greg le Deg’ a été clair : nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher le Géant de dézinguer le Troué de la tête !

- Mais pourquoi t’as appelé le commissaire aussi, pauvre innocent ?! gémit le Cravaté. C’était évident que Marmand nous enverrait au charbon : il est complètement fondu !!! Et peut être que le Géant est un mec cool qui ne fait que passer et qui ne vient pas pour descendre le Troué, tu sais…

- Mais oui, Didier ! En attendant, on va sortir de cette piaule et aller appréhender le Géant cool qui se ballade peinard en shootant le personnel hospitalier et les patients sinon j’explique à Greg que tu as aussi paumé tes burnes pendant que tes panards rôtissaient, il appréciera !

- Balance !!! s’insurge le maigrichon rôti avant de tenter une nouvelle approche. Réfléchis un peu, Néné : il y a une sentinelle en faction devant la porte du troué, bon sang. Et elle est armée. C’est quand même pas toujours à nous de nous y coller !!!

- Je suis certain que le planton n’est pas à son poste sinon le géant l’aurait déjà refroidi et ne chercherait plus la piaule du Troué, c’est évident. Assez parlé, faut qu’on arrête ce malade.

- C’est ça ! Je lui lance du pipi à la figure et tu prends sa tension jusqu’à ce que mort s’en suive ! Mais merde, Franciné !!! C’est toi qui m’as décris la taille des flingues qu’il se trimballe !? Je pensais même pas que ça existait des machins pareils !

- C’est pas la taille qui importe, Didier ! Et tu devrais être content qu’un black comme moi avec une vraie biroute le confirme à un cul blanc comme toi équipé d’un matos décoratif.

- Ah ça c’est vraiment d’une finesse… Faut toujours que ça finisse au niveau du slip avec toi de toute façon !

- Ben non justement ! Pour une fois je vais écourter la discussion habituelle sur le zizi et on va aller fumer le salopard aux deux canons ! Tu vois, tout arrive !

- Et si je t’accorde pour une fois que les noirs ont des plus grosses quéquettes que les blancs… tente avec un sourire niais le pauvre Leçon.

- Me gonfle pas avec des évidences, Didier. On a assez perdu de temps maintenant. On sort, on cherche le Képi et on le prévient du problème. Il est armé, lui. Après, on avisera. J’ouvre la porte et on fonce.

- On fonce qu’il dit l’autre… Je fais comment moi avec mes panards comme des pompes de ski ? Je prends un cours accéléré pour avancer sur les mains, pauvre pomme ?

- Monte dans le fauteuil roulant, je vais te pousser !

- La dernière fois que tu as conduis, je sais où ça nous a mené… assène le rancunier.

- Ben mets pas ta ceinture cette fois !

- Oh qu’il est drôle !!! Infirmière ! Pitié le bassin, mon collègue est un marrant !

 

 

 

 

Tout va de travers !

Cet abruti de flic qui fait du gringue aux hôtesses d’accueil au lieu de surveiller la chambre de Dragan et qui sort son calibre, obligeant Rachko à le dégommer puis le personnel qui grouille dans les couloirs pire que des cafards. Dire qu’il paraît qu’ils sont en sous-effectifs dans les hôpitaux Français ! Ils devaient faire du préemptif sur son passage le jour où ils ont fait l’annonce.

N’empêche que sans la sentinelle pour repérer la chambre du blessé, il faut être méthodique. Ca devient pénible d’ouvrir les portes les unes après les autres pour s’assurer du contenu. Dommage pour les insomniaques qui ramassent leur petit « plop » définitif s’ils ont le malheur de dévisager leur curieux visiteur.

La dernière patiente qu’il vient de « soigner » l’a vraiment contrarié.

Quelle vieille carne à brailler comme une sauvage pour avoir ses cachets !!!

Mauvaise avec ça !

Et exigeante, la momie !

A dégoûter les pauvres infirmières du métier, ça c’est certain !

Enfin…

Vu les pilules qu’elle a ramassé, elle devrait plus creuser le trou de la sécu, la flétrie !

Engageant un nouveau chargeur, le balafré grimace un peu – contrarié - en tirant sur la culasse d’un de ses monstrueux Desert Eagle. Il a beau toujours prévoir large, il se dit qu’à se régime là, il va être à cours de munitions et va devoir improviser et se rabattre sur son poignard de combat ce qui risque d’être légèrement plus bruyant et carrément salissant.

 

 

 

 

- Je te gare là, Didier. Juste le temps de récupérer le pétard de cette andouille, annonce Franciné en se dirigeant vers le policier trépassé qui gît face contre terre à coté d’un joli duo d’infirmières très mortes elles aussi.

- C’est ça ! Laisse moi au milieu du couloir comme une pauvre cloche ! Je m’appelle Leçon avec un « C cédille », je te signale, pas Seguin avec une chèvre alors si tu veux que je serve d’appât au grand méchant loup, tu pourrais au moins me demander mon avis.

- Tire toi, Didier ! se met à hurler N’Ganno en voyant le balafré faire demi tour dans le couloir pour revenir  calmement en levant ses armes dans leur direction.

 

La première balle du tueur fait éclater le vase garni de fleurs de l’accueil à quelques centimètres de la tête du jeune noir qui prend toute la flotte en pleine figure avec quelques éclats d’émail en bonus. Il se laisse tomber derrière le comptoir évitant de justesse la seconde praline qui arrache un énorme morceau de bois à l’endroit exact qu’il vient d’abandonner.

 

- Mais il tire avec quoi, ce taré de Géant ? Un canon de marine ???

 

De son coté, Didier Leçon n’a pas attendu pour faire pivoter le fauteuil en sens inverse. Il active ses bras malingres en hurlant comme un damné pour faire avancer son étrange moyen de locomotion le plus loin possible du sulfateur défiguré. Contre toute attente et malgré les doutes de Didier, un second miracle à lieu : l’assassin le met en joue et un projectile bien inspiré vient frapper l’arrière métallique du fauteuil, le projetant en avant à toute vitesse vers la cage d’escalier.

 

 

 

 

Le commandant de Guérinand est en progression rapide en tête de la moitié du commando, l’autre groupe coupant l’accès à l’escalier sud de l’hôpital, lorsqu’il reçoit en pleine figure un type hurlant et son fauteuil.

 

- TIREZ PAS ! J’SUIS D’LA MAISON !!! braille Didier Leçon en agitant les bras face aux hommes du RAID éberlués. Il est dans le couloir !!! Faites gaffe à mon collègue qu’est planqué derrière l’accueil par contre.

- Ok on monte ! annonce le capitaine Ricard à son groupe.

- Et le Commandant ? demande un Ninja en désignant le fringuant de Guérinand les bras en croix et le pif de traviole.

- Merde… Fauteuil 1, Commandant 0 : ce con est Ko ! Bob, tu restes en couverture sur l’escalier  avec le patron et l’acrobate à roulettes.

 

Deux nouveaux coups de feu éclatent et les Ninjas se précipitent, excités par l’action toute proche.

 

 

 

 

 « Passent encore le héros imprévu et le Ben Hur du pauvre mais là ça se complique beaucoup trop !!! », pense Rachko en voyant débouler les hommes en noir. Il désengage les réducteurs de son qui nuisent singulièrement à la précision de ses obusiers puis recule jusqu’au bout du couloir non sans vider ses chargeurs sur les gars du RAID qui s’abritent comme ils peuvent. Plaqué à la paroi, il recharge calmement les automatiques, constate que se sont ses dernières munitions, puis se dirige sans se presser vers une fenêtre latérale où il a repéré une corniche de soutènement. Pendant qui se laisse glisser souplement à l’extérieur, les commandos sécurisent l’endroit à leur manière en défouraillant dans les murs et les plafonds comme des malades.

 

 

 

Suite et fin dans le billet suivant, la taille de l'épisode n'étant visiblement pas supporté par le moteur...

Posted on jeudi 15 mars 2007 à 15:45 in Viande hachée et Carpaccio - 80 comments

Le commissaire principale Grégoire Marmand est un enfoiré.
Il n’aime pas les enfants, exècre les animaux, conspue les vieux, gerbe sur les étrangers et détesterait probablement aussi les femmes si ces dernières n’avaient pas déjà fait le premier pas à son égard.
Plus radin qu’un écossais juif, il habite dans un hôtel miteux, roule en transport en commun après avoir raté l’examen du permis un nombre de fois qui lui a valu d’être cité dans le livre des records et porte des costumes en velours qui n’étaient déjà plus à la mode lorsque John Travolta avait la fièvre. Pour faire simple, le commissaire principale Grégoire Marmand hait tout ce qui n’est pas lui et ça tombe bien car c’est réciproque.

Grâce à tous ces substantiels éléments , il est du coup le meilleur élément du très « respecté » OCRB, l’Organisme Central de répression du Banditisme – ex-brigade anti-gang - et son équipe en est le fer de lance absolu.

N’ayant que son travail comme unique but dans la vie, il a focalisé depuis toujours son énergie et son intelligence – curieusement brillante - dans le seul but de mettre le maximum de crapules derrière les verrous puisque « la tondeuse à nuques à malheureusement été abolie dans ce pays de couilles-molles ! ».

Les collègues de Grégoire Marmand sont – à défaut d’être simplement des enfoirés – un sacrée bande de taquins.

Ils ont affublé leur détestable supérieur de l’amicale surnom de Greg le Deg’, rapport à ses méthodes pas toujours très légales bien que redoutablement efficaces.
Les heureux veinards affectés à son équipe d’élite sont des phénomènes sociaux positivement fascinants qui feraient passer le Yéti et le monstre du Loch Ness pour des vérités historiques.

Le premier s’appelle Franciné N’Ganno.
C’est un jeune « Black » constamment jovial aux antipodes de son patron. Plus coureur qu’un lapin de garenne shooté au Viagra, il aime la fringue de marque et les « caisses qui en jettent à donf’ ». Il est aussi étrangement l’unique élément de la brigade à avoir choisi son affectation lorsqu’il est sorti premier de sa promotion. La preuve ultime pour Marmand qu’on peut être brillant mais quand même déficient du bulbe…

Le second « winner » est l’inspecteur Matthieu Taylor ; « Mat la batte » pour les intimes.
Fils d’un acteur américain de seconde zone qui a abandonné sa maman en cloque jusqu’au yeux à la fin du tournage d’un film d’horreur minable dans le Cantal, c’est une armoire normande au front bas qui ne jure que par les Etats-Unis et ponctue toutes ses interventions d’anglicismes débiles alors qu’il maîtrise tout juste le français.

Le dernier extraterrestre répond au très difficile à porter patronyme de Didier Leçon.
Les approximatifs talents de frappe sur un clavier d’une administration peu sensible au « C  cédille » font de l’inspecteur Leçon un paranoïaque de l’orthographe rigoureuse, traumatisé qu’il est par des années de vexation nominale très mal vécues. Chétif, miro et plus frileux qu’un cul de babouin, il porte toute l’année un gilet piteux et une cravate « ficelle » en cuir rouge qui déclenchent chez Franciné N’Ganno des poilades à la limite de l’infarctus.

- C’est signé Bibi, affirme le commissaire Marmand d’un coup de poing vigoureux sur la table,  renversant le gobelet de chocolat de l’inspecteur Leçon et niquant du même coup les feuilles de rapport qu’il avait mis deux heures à taper.
- Qu’est ce qui te rend aussi affirmatif, Boss ? demande Mat Taylor, seul membre de l’équipe à tutoyer son patron sans ramasser un avertissement en forme de beigne après dix ans de binôme gagnant.
- Le flingue utilisé ! Aujourd’hui plus personne n’utilise ce genre de bazooka. Coté pétard, l’aire est au 38 et au 9mm, voir même au 22, Messieurs ! Et toutes les petites frappes actuelles négligent le pistolet et le revolver de toute façon. Ils sont équipées d’armes d’assaut avec des chargeurs longs comme mon bras pour pouvoir sulfater comme des postillonneurs bègues sans apprendre à viser. Moi je vous l’dis, là, c’est du Bibi !!!
- C‘est qui ce Bibi, demande Franciné en souriant. Avec un blaze pareil, ça doit être un sacré rigolo.
- Raoul Bicarosse dit « Bibi », commence Didier Leçon, véritable encyclopédie des malfrats sur pattes. Il est né il y a…
- Version « light », steuplé Didier, coupe Mat la batte qui connaît bien le maigrichon et ses envolées lyriques.
- Bon… Pour faire simple, c’est un dur à cuir spécialisé dans l’action violente et le pétard canonesque. Il n’est pas difficile à tracer car il utilise exclusivement un magnum 44 avec un canon long comme mon zob.
- Ils font des canons courts sur ce genre de soufflants ? raille gentiment le black.
- A noter que la bête n’a jamais été coffrée malgré un dossier haut comme la tour Eiffel, reprend Leçon non sans avoir jeté un regard navré à N’Ganno. On le croyait même rangé des voitures suite au massacre du gang de monsieur Bertrand où il officiait comme première gâchette.  
- Il a des copains connus ? demande le jeune noir.
- Aucun, répond Leçon. Il travaille toujours seul et change régulièrement d’employeurs au gré des contrats. Un des rares dans la profession à pouvoir se permettre ces petites infidélités…
- Tu es en train de me dire que ton Bibi aurait ébousé à lui tout seul une demi-douzaine de mecs armés de scorpions avec un soufflant à six coups ?
- Précisément !
- C’est l’inspecteur Harry, ton type ???
- Pire… C’est Rambo mais sans le réflexe patriotique à deux dollars ni la bouche en biais ou l’œil torve.
- Ah oui tiens, à quoi il ressemble ton Bibi ? s’amuse Franciné.
- A ça, sourit Didier Leçon en poussant une photo patinée qu’il est allé piocher dans une chemise en carton portant l’intitulé « méchants malades » et où on peut voir un grand brun baraqué à l’air timide engoncé dans un costume trop étroit visiblement gêné par l’objectif.
- Ben dis donc, il paie pas de mine, la terreur. Son costard est franchement tarte et il a du se couper les tifs lui même avec un sécateur pendant une éclipse. Il a même l’air gentil. Limite un peu niais. On dirait un représentant de commerce spécialisé dans les aspirateurs à mémères, s’esclaffe le Black.
- Ne t’y trompes pas… prévient très sérieusement Leçon en tortillant sa cravate « ficelle », preuve chez lui d’une grande contrariété. Sous son air con et sa vue basse, c’est une vraie terreur ! Coté nettoyage, Môssieur Bibi en connaît un rayon : rien que du définitif qui tâche !!!
- Didier a raison, Franciné, insiste le commissaire Marmand. Te fie pas à l’emballage ou le colis de pétera à la poire ! Bicarosse a fait deux séjours dans la Légion quand il était tout jeune suite à une histoire pas clean avec un gang turc. Les amoureux du boudin l’ont formé à toutes les techniques de trépassage possibles avant de le renvoyer en ville.
- Sympa le cadeau…
- La Légion a toujours été plus forte pour créer des tueurs que pour les réinsérer, garçon ! En tout cas, le coup dans la gorge et des types flingués aussi proprement, c’est du Bibi ou je mange mon chapeau. Dés que j’en porterai un !
- Note qu’il a été salement « shooté » le Bibi si on se réfère à la mare de raisiné qu’il a laissé derrière lui, ajoute Mat. Il doit plus être tellement « aware » à l’heure ou j’te cause.
- C’est pour ça que je vous ai réunis, les gars. Une fois le Bibi pogné, on s’occupera des tondus qu’il a effacé parce qu’alors eux, c’est franchement la famille du Soldat Inconnu. On va faire le tour des rafistoleurs connus et pas regardants. Mat et moi on s’occupe de André Capelle dit « bistouri ».
- Bon ben alors je suppose que Franciné et moi on se fade Maxime Reginski dit « le pianiste », souffle Didier Leçon.
- T’as tout compris, l’intello ! Prenez en de la graine, les accros à la caféine : le chocolat c’est bon pour les méninges !!! sermonne pompeusement Greg le Deg’.
- Ouais mais c’est moyens sur les rapports d’enquête, glousse N’Ganno en secouant les feuilles dégoulinantes sous le regard fatigué de Didier Leçon qui achève de martyriser sa limace rouge innocente .


Une grande partie de ses contacts est toujours active et Micheline est heureuse de constater que – la surprise initiale passée – ses interlocuteurs répondent présents. L’urgence du moment est de trouver une planque digne de ce nom pour les deux blessés le temps de se retourner. Sans ce répit obligatoire, impossible pour la proie de se transformer en chasseur. La grosse est toute excitée et elle tape sur le clavier avec fébrilité. Elle n’a plus peur. Enfin pas pour elle. Une vague de tendresse curieusement déplacée l’étreint tandis qu’elle pense à la grande  carcasse esquintée de Raoul.

Ce type est vraiment un phénomène !

Elle se marre intérieurement sur toutes les misères qu’elle lui a fait subir durant toutes ses années avec pour seul retour une gentillesse et une patience toujours plus grande. Son travail sur la Toile terminé, elle est en train de se tasser dans la mini Cooper avec application quand le portable la ramène sur terre :

- Oui, Bibi ?

Pas dur de deviner, il est le seul à connaître son numéro.

- Il arrivent, balance le Tueur d’un ton neutre à égrainer une liste de courses. Le Doc vient de partir et après discussion avec Farid, on préfère les attendre ici que de prendre le risque de les croiser à découvert.
- Combien de temps ? demande t’elle de la même voix neutre malgré le frisson qui raidit sa colonne vertébrale.
- Je dirai plus une question de minutes que d’heures visiblement.
- J’ai trouvé une planque sure, grand. En vous dépêchant, vous pouvez éviter la bagarre et m’y retrouver, j’en suis certaine.
- Naaaan, trop risqué je te dis. On risque de les amener droit sur toi et je te rappelle que c’est exactement ce qu’ils veulent.
- Vous n’êtes pas en état de vous battre, imbécile !
- Ah ben permets moi de te dire que si ! On vient juste de se foutre sur la tronche avec l’arabe et il pourra te confirmer que c’est la grande forme dés qu’il sera sorti du cirage !!!
- C’est pas vrai ! Non mais vous êtes vraiment intenables tous les deux !!!
- Ah mais heu c’est lui qui…
- Arrête deux minutes de faire le singe, Bibi ! Pour ce qui est de la planque…
- Ne me dis rien. Si on s’en tire, je te rappellerai et on se démerdera pour te rejoindre. Vu leurs méthodes, je préfère ne rien savoir car j’aurai trop peur de parler.
- C’est 35 quai du Loing à Montargis dans le Loiret.
- Putain mais t’es conne où quoi, Micheline ! Qu’est ce que je viens de te dire là ?! s’emporte le tueur.
- Maintenant que tu sais, je pars là bas. Vu qu’ils m’y trouveront, tu n’as plus d’autre choix que de t’en sortir vivant, grand couillon.
- C’est pas prudent, ma puce. Je ne suis pas Superman, tu sais ?
- Quelle déception ! Moi qui espérais te voir en costume bleu sexy une fois que tu aurais fait un régime.
- Si je m’en sors, tu me verras même en tutu si ça te fait plaisir, beauté.
- Bibi…
- Oui, ma puce.
- Fais leur mal !
- T’inquiète, poussin ! Je suis peut être pas le meilleur compagnon auquel tu pouvais prétendre mais avec un feu en pogne, je suis champion. Ca va saigner !

Lorsqu’il gare le Zaffira devant le pavillon de Max « le pianiste », Dragan Tchernan est vraiment en pétard. Quel pays d’abrutis !!! Il avait demandé un véhicule capable de transporter l’ensemble du commando et on lui refile cette poubelle parce qu’elle a une capacité de sept sièges mais sans réfléchir qu’une fois tout le monde installé, il n’y a plus de place pour le matériel. Le moindre contrôle de police et on les trouvait avec les flingues et les gilets pare-balles sur les genoux ! En donnant le feu vert à ses gars, Dragan se dit qu’il va tailler jusqu’à l’os la tronche de l’empaffé qui s’est occupé de la location avec grand plaisir une fois cette affaire de merde enfin terminée.

Sans la moindre anxiété, les membres du commando enfilent leurs protections en Kevlar puis vérifient leurs émetteurs-récepteurs personnels et le chargement de leurs pistolets-mitrailleurs. Reluquant posément les alentours, Dragan se dit que l’endroit est parfait pour mener à bien leur mission. Le vieux bonhomme qu’ils viennent de quitter beuglait comme un âne quand ils l’ont rendu un peu plus compréhensif en lui coupant la main à la scie à métaux. Dans un immeuble, ça faisait désordre et ils ont du dérouiller une espèce de cow-boy qui avait décidé de jouer les héros en aidant le vioque. Ici, on va pouvoir prendre son temps… D ‘autant que Dragan a toujours aimé faire mal aux gens.  Surtout aux filles.  C’est d’ailleurs le seul moyen pour lui de les satisfaire ensuite mais faut avouer qu’elles sont souvent moins réceptives aux séances de tripotage une fois qu’il a terminé de les travailler au rasoir.
Là c’est con qu’il n’ait pas eu une nana sous la main après avoir torturé le vieux. Il était en condition pour satisfaire une éventuelle gonzesse sans avoir à lui faire mal avant. Il espère que le fameux Max à qui ils vont rendre visite sera aussi peu coopératif que le précédent. Et qu’il aura une gonzesse. Même une vieille fera l’affaire. Rien que d’y penser, ça le fait bander…
Avant de descendre du monospace, Dragan croit bon de rappeler à ses gars à qui ils ont à faire :

- Ecoutez moi bien, tas de nuls ! Il est possible que les cibles soient ici. Si tel est le cas, je vous rappelle que ces enculés ont dégommés l’intégralité de l’équipe envoyée à l’entrepôt des bicots. Ce ne sont pas des civiles avec la peur au ventre mais des combattants entraînés qui rendront les coups alors ne faites pas l’erreur de les sous-estimer. Et rappelez-vous que le Monsieur donne une prîme si on ramène la grosse vivante…

Le silence qui envahit l’habitacle est la meilleure illustration pour confirmer que le message est passé. Afin d’achever de motiver son équipe, le chef du commando croit bon d’ajouter :

- Juste à titre d’information, le Monsieur m’a aussi signifié que si nous merdions sur ce coup, c’est Rachko qui terminerait le boulot avant de s’occuper de nous.

Cette fois ci c’est le bruit diffus de six glottes peinant à faire passer une salive devenu trop épaisse qui assure Dragan que le second message a parfaitement été intégré. Il n’ajoute rien et donne le signal du début de l’opération en descendant du véhicule. Les sept soldats faces à la maison paisible arment leurs scorpions pratiquement en même temps. Dragan  lève la main, les doigts en « V » et fait signe à quatre de ses gars qui se séparent en deux binômes. Ils avancent lentement, un groupe de chaque coté de la baraque. Lui reste légèrement en retrait en bas du perron tandis que Gabor – un gigantesque colosse de 130 kilos – et son jeune frère font face à la porte et attendent son signal pour la défoncer.

Cette façon d’opérer lui rappelle la Croatie et le simple souvenir des opérations menées dans les villages civiles lui fout un peu plus la gaule. Il demande dans le micro miniature qui le relie chaque élément du  commando aux autres :

- Statut ?
- Groupe « un » en place.
- Groupe « deux » en place.
- Go !

Dragan s’agenouille, le pistolet mitrailleur braqué en couverture sur la porte d’entrée que l’énorme Gabor s’apprête à enfoncer avec un bélier portatif.

- Deux sur la latérale droite, souffle Farid.
- Idem à gauche, répond Bibi.
- Donc trois sur la façade à mon décompte personnel… balance l’arabe solennel.
- Je suis certain que t’es une grosse buse en math ! J’aurai du recompter !
- Clair que ça m’aurait drôlement rassuré vu ta tronche de vainqueur !
- Farid… Y a pas que ça qui m’angoisse… Le coup de se mettre dans la baignoire est pas mal, j’avoue. Nous protéger le crâne avec le matelas pour éviter les retombés, c’est aussi plutôt habile. En fait, si cette foutue baignoire était un peu plus large et si tu avait les os du cul un peu moins saillants, je serais même presque  satisfait. Mais je pense quand même – sans vouloir te froisser - que tu as eu la main franchement lourde avec l’explosif !
- T’avais qu’à le faire toi même si t’es pas content ! Moi je dis toujours « le C4 c’est comme la semoule dans le couscous, y en a jamais trop ! ».
- Ouais ben si on se retrouve en steak tartare à cause de ton dosage de malade, faudra pas s’étonner. En plus, j’ai peur que  Max soit pas méga jouasse si on lui refait la déco intérieure « façon Farid »…
- M’en branle ! Tu veux que j’te dise ?
- Non ! tente Bibi sans grand espoir.
- …et ben, continue le Tunisien qui n’aime pas décevoir,  si je suis capable d’entendre les remontrances du toubib, ça voudra dire que je m’en suis sorti !
- Rhhhhoooo comment tu causes bien quand tu veux dis donc, la Pierrade !!! Remontrances ! Carrément !!! Si tu continues, tu vas me balancer des péripatéticiennes longues comme le canon de mon flingue au lieu de tes sempiternelles « putain » !
- Putain de merde, ça y est les voilà !!! s’échauffe l’arabe sans écouter son compagnon. Tu disais ?
- Nan rien, laisse tomber et rabats le matelas sur ta tête ! Faut absolument protéger le monument de paradoxe que tu caches sous tes tifs, la pièce est unique !!!
- Tu fais chier, Bibi ! Des fois je comprends pas si tu me dis un truc sympa où si tu te fous de moi !
- Fais moi simplement penser à t’acheter un casque, je t’expliquerai plus tard…
- Un casque ? On va faire de la moto ? Mouais tu parles tiens… Je suis sûr que tu te fous de moi là, hein ?
- Si peu. Rabats le matelas, le perspicace, sinon casque ou pas, on va ramasser grave : le trio de devant s’apprête à ouvrir la porte d’entrée !

- T’es vraiment trop une truffe sans déconner, grommelle Franciné N’Ganno à son collègue penché sur la carte.
- Tu n’avais qu’à prendre une voiture de fonction classique avec un GPS qui marche, on en serait pas là, rétorque le lieutenant Didier Leçon. Mais non, tu penses bien  ! Fallait prendre la béhèmdoublevé paske Môssieur N’Ganno ne roule pas en 307 paske c’est pas assez classe !
- Avoue que ça en jette à mort, s’extasie le jeune noir en caressant le volant en cuir tressé main. T’as vu l’aspirateur à gonzesses ? T’as vu comment elle nous matait, les touffes ? Je te dis, Didier, les décapotables, c’est trop la classe !
- Ouais ben on a intérêt à la ramener entière cette voiture, mon petit père. Sinon tu vas entendre parler du pays par Greg le deg’ à « emprunter » sans autorisation un véhicule d’enquête confisqué par les stups.
- Attends c’est bon, Didier, Oh !  Je vais pas l’abîmer, ta bagnole ! Je referai même le plein tiens ! Ni vu, ni connu !
- Prends donc la prochaine à gauche, je crois qu’on y est.
- Ouais bravo, c’est la bonne rue ! Bon j’me gare où ?
- Ca a l’air tranquille. Mets toi donc derrière le Zaffira, tiens ! J’ai des nouvelles chaussures  qui me ruinent les pinceaux alors autant éviter de trop marcher comme une andouille si c’est possible.

Lorsque le bélier frappe la porte piégée, c’est toute l’entrée qui se désintègre en étoile sur plus de deux mètres de diamètre.
Malgré sa masse, le colossal Gabor est soufflé comme un fétu de paille et un morceau de gros tronc démembré part s’écraser comme un boulet de viande sur Dragan toujours en retrait. Le jeune frère du volatilisé est littéralement atomisé en une multitude de paquets informes qui sont projetés dans tous les sens malgré le gilet en Kevlar qu’il portait lui aussi.
L’explosion se diffuse en droite ligne et le souffle désagrège le minuscule portail du pavillon avant de cueillir la BMW des flics au moment  même où Franciné se gare avec application. La voiture est soulevé du sol et retombe lourdement sur le toit au milieu de la rue.
Simultanément, la déflagration traverse le couloir qui relie l’avant de la maison à l’accès jardin et fait exploser la porte arrière derrière laquelle le premier groupe des assaillants était positionné. Les morceaux de bois transforment les deux commandos en bouillie sanglante et les expédie en petits tas pourpres gluants sur la pelouse dévastée.

- T’as rien ?, demande Farid à Bibi qui à l’air complètement hébété.
- J’entends plus rien, se met à brailler le tueur au magnum en pointant le canon de son flingue vers ses oreilles.
- Ah ben nous v’là bien tiens ! Déjà que t’étais con comme une valise, te v’là sourdingue !!!

Le Tunisien fait signe au Tueur de se taire et esquisse un coup d’œil en dehors du matelas qui les recouvre toujours dans la baignoire en fonte.

 « Ohlala… Va pas être jouasse le Max quand il va retrouver sa bicoque… C’est un poil Beyrouth là, faut bien l’avouer », pense le Tunisien.

Farid va faire glisser le matelas pour sortir de sa cachette quand il entend des pas crisser sur le verre qui jonche le couloir dévasté. Il dégoupille les deux grenades défensives qu’il s’était réservé « des fois que » et commence à compter.

Le lieutenant Franciné N’Ganno se relève péniblement. Sa manie de ne pas mettre de  ceinture de sécurité lui a incontestablement sauvé la vie car il a été éjecté sous la violence de la détonation qui a défoncé le coté conducteur de la voiture.
Par contre son costume est foutu !
Il se relève lentement puis s’approche – encore un peu sonné - de la décapotable retournée, s’attendant au pire.

- Didier ? T’es là dedans, vieux ?
- Où tu veux que je sois, pauvre andouille ? J’allais pas me téléporter comme dans Star Trek avec des airbags qui me pètent à la figure de partout !!! Et sors moi de là au lieu de ricaner : cette fichue ceinture est bloquée et ça commence à sentir un peu trop l’essence à mon goût !

Effectivement le carburant commence à se répandre à gros bouillon et des flammèches inquiétantes crépitent de partout. Le jeune flic va pour se baisser et aider son collègue lorsqu’il avise devant la maison une espèce de zombi pleins de sang et de morceaux de bidoche qui se lève comme dans un film d’horreur. La vision de cauchemar a un Scorpion automatique dans la main droite et se tourne vers eux, les yeux fous.

- Dieu tout puissant… C’est quoi se truc… ? lâche le jeune flic en dégainant son arme à son tour.

Les yeux rivés sur les cuillères éjectées, Bibi prie pour que ce taré de Farid connaisse le délais de fission d’une grenade et il commence à trouver le temps sacrément long. Lorsque les deux petite boules de mort partent enfin en direction du couloir, les deux survivants du commando arrivent juste au niveau de la porte de la salle de bain : la double explosion les met en pièces plus sûrement qu’un broyeur et leurs morceaux immondes projetés sur les murs déjà criblés d’éclats achèvent de donner à la maison une petite touche indubitablement moderne et originale.

Farid  sourit de toutes ses dents manquantes et lève son pouce en direction de Bibi en faisant basculer le matelas. Les deux hommes braquent leurs armes en direction de la porte et sortent de la baignoire en se couvrant mutuellement. Ils se dirigent prudemment vers l’arrière de la maison.

- Normalement, le compte y est ! ricane le Tunisien.
- Pas mieux, tente subtilement Raoul sans attendre vraiment de retour.

Dans le jardin, c’est vraiment Verdun ! Enjambant les deux macchabées zigouillés au début de l’assaut, ils progressent souplement vers la haie qui marque le fond de la gentille propriété de Max le Pianiste. Ils espèrent que l’Audi que le toubib a eu la gentillesse de laisser à leur disposition dans la rue attenante au cas où ils échapperaient au traquenard n’a pas trop souffert et que les occupants du Zaffira n’avaient pas de renforts.

A l’école de Police, Franciné N’Ganno était le meilleur élève de la promotion. Intelligent, intuitif et travailleur, il avait eu malgré tout de grosses difficultés à se faire accepter du fait de son origine Ivoirienne. Et probablement aussi à cause d’une sale habitude à discuter systématiquement certaines procédures du manuel qu’il trouvait « inadaptées »…
Le fait qu’il se mette à tirer sur le zombi qui lève le pistolet mitrailleur avant même de balancer les sommations d’usage et de s’identifier prouve qu’il n’a rien perdu de son passif d’emmerdeur.
Le zombi morfle les deux balles en plein cœur comme à l’entraînement et tombe à la renverse.

- Police ! Les mains en l’air et le cul par terre ! jette joyeusement le jeune inspecteur en soufflant dans son canon fumant comme dans les films.

Des flammes commencent à lécher le châssis de la voiture et le Black se penche à nouveau vers son collègue toujours coincé :

- Excuse, copain ! J’ai dû rectifier une erreur de casting.
- Arrête tes bêtises et sors moi de là, Néné !!! Je sens la chaleur qui monte, je vais griller comme un rat là dedans !!! hurle Leçon.
- Ca va aller, Didier, tente de le rassurer N’Ganno en écartant les sangles de la ceinture pour faire glisser le prisonnier hors de l’habitacle.

Le feu se fait menaçant et le jeune noir redouble d’efforts en pestant tandis que son collègue commence à crier.

Dragan ne bande plus.
Avec le trou sanglant qu’il a entre les jambes, il sait que ça ne risque plus d’arriver avant un bout de temps et que tous les coups de rasoirs qu’il pourra infliger à une gonzesse n’y changeront plus rien. A moins que ça repousse ce dont il doute un poil malgré son état de conscience encore très approximatif.
La grosse esquille de bois qui est fichée dans son lobe temporale ne l’aide pas vraiment à retrouver ses esprits non plus faut dire.
Il ne sait pas trop où il est ni ce qu’il peut bien faire ici.
Il sait par contre que cette racaille de négre lui a collé deux pruneaux dans le buffet !!!
L’impact lui a fait mal mais le gilet en Kevlar a fait son office.
Il se redresse lentement et pointe son arme sur le noir agenouillé à coté du coupé en feu.

La rafale du Scorpion déchire le silence alors que Franciné vient juste de dégager l’épaule droite de Didier et qu’il commence à l’extraire en tirant de toute ses forces. Les balles frappent la carrosserie dans un bruit de casseroles et N’Ganno sent une douleur terrible irradier son épaule et son ventre. L’impact est tel que son automatique lui échappe et qu’il part en vrille comme une toupie pour se retrouver sur le dos à deux mètres de la voiture.

L’inspecteur Leçon hurle en se traînant enfin hors de la BMW, poussé par les flammes qui lui ravagent les jambes. Les yeux hagards et la bouche ouverte comme un poisson hors de l’eau, Franciné lève enfin la tête avec difficulté et voit le zombi avancer vers lui en titubant. Il n’aura pas la force de prendre son arme de cheville et le sait. Il se demande comment le mec peut bien faire pour marcher avec un morceau de bois planté dans la tronche. Il espère aussi que les balles qu’il vient de ramasser ne lui ont pas emporté les joyeuses en constatant que le zombi a du paumer les siennes en route. Malgré ses blessures, la vision d’horreur déclenche une salutaire poussée d’adrénaline et le flic recule sur les coudes hystériquement pour échapper au mort-vivant.
Mais pas assez vite.
Le monstre sanglant n’est plus qu’à quelques mètres de lui et relève le Scorpion en souriant joyeusement. N’Ganno voit clairement le petit trou obscur de l’arme pointé sur sa tête et il ferme les yeux et serre bêtement des dents lorsque la voiture décolle du sol dans une explosion assourdissante qui projette des traînées d’essence dans toutes les directions.

- Tu peux pas rouler moins vite ? couine Farid le bandeletté plus blanc qu’un pot de lait.
- Attends : je suis pile à 130 et on est sur autoroute ! Avec une caisse comme celle-ci, j’ai déjà l’impression de me traîner comme un tombeau… J’ajoute que ça me gave aussi un poil de me retrouver sur la file de droite en Audi avec tous les blaireaux de la terre en Twingo qui me dépassent alors exagère pas trop.
- Ah mais te fâche pas !!! C’est juste que j’ai pas confiance quand je conduis pas…
- Ben tu m’as dit que t’avais pas le permis ?!
- Exactement. C’est même LA raison principale pour que je conduis pas d’ailleurs…
- Et ben moi, je l’ai, l’permis, ok ? Et je sais conduire. Parler aussi d’ailleurs ce qui n’est pas le cas de tout le monde dans cette bagnole mais j’accuse personne. Alors arrête de me gonfler.
- Ah non hein ! Pour la causerie, j’avoue que des fois il peut m’arriver de faire une faute d’oubli ou de maladresse dedans ma phrase…
- Si peu…
- …mais pour ce qui est de la conduite, t’as peut être ton permis, mais tu conduis comme l’autre là, le mec connu avec des lunettes noires !!!
- Jake des Blues Brothers ? tente Bibi.
- Nan, celui qui chante « sous les sunlights des Tropiques », répond très sérieusement « la Pierrade ».
- Mais qu’est ce que t’y connais à la conduite, pôv blaireau ? grince Bibi, piqué. T’es probablement dans le Guiness à la rubrique des recalés mondiaux du permis en nombre de tentatives et tu te permets encore de l’ouvrir ?
- Je vois pas le rapport avec la choucroute ! Je fais pas de ciné et pourtant je peux dire si un film est bon ! Ah !!! T’es mouché là !!!
- Complètement… esquive le tueur au Magnum. Et c’est quoi un bon film pour toi ?
- Ca dépend… élude à son tour le rusé, flairant le piège. En action ou comique ?
- Disons plutôt en drame psychologique.
- Je te parlais ciné et tu me causes bouquins ! T’es lourd, Bibi, à pas écouter quand on te cause !
- Quel nœud !!! s’ébahit le concentré du bitume.
- Facile le coup du mépris… N’empêche que pour en revenir aux bagnoles, un mec qui conduit bien c’est quand je flippe pas, s’tout !
- Tu flippes tout le temps.
- C’est parce que je monte qu’avec des ruines ! J’y peux rien si j’ai pas de cul !
- Rhhhhaaaa le grave… Bon, on arrête là, tu me donnes la migraine avec tes théories à la tords-moi-le-chignon et ça va finir que je vais encore t’en mettre une et passer pour un méchant !
- Normal, T’ES un  méchant !
- Gniiiiiii ! se contient miraculeusement le Fangio contrarié. Ferme la avec ça et explique moi donc plutôt ce qu’on va faire à Orléans alors que Micheline nous attend à Montargis ?
- En fait c’est simple ! Même pour un Beugnot comme toi… Premiéro, il y a de bonnes chances que cette caisse soit cramée et que les bourres la recherchent dans très peu de temps DONC il valait mieux éviter d’aller directement rejoindre la copine sous peine d’y conduire aussi les flics. Toi y en a comprendre ?
- Je comprends que je vais voir si j’arrive à conduire d’une seule main si tu continues à me chercher oui…
- Deuxièmo, il y a une espèce de Négro de merde qui fait des embrouilles à mes cousins à Orléans et j’avais promis de descendre m’occuper du pénible.
- Attends… t’es pas bien là, Farid !!! On va pas aller faire les cow-boys à Orléans alors que la maison Poulaga au grand complet veut nous alpaguer sous prétexte que t’as des soucis de famille là bas ?!
- Meuh non ! C’est là le génie de Tonton Farid !!! L’indélicat tire des caisses comme tu te grattes le cul…
- Je ne me grattes pas le cul…
- C’est une expression !
- Ben elle aussi idiote que toi…
- Quoi qu’il en soit, SI Môssieur Bibi se grattait le cul aussi souvent que le mec duquel je cause vole des voitures, il aurait pas plus de poil aux fesses qu’une Brigitte Lahaye en fin de carrière. Avec ta tête à mater des cassettes de fion, ça doit te causer comme comparaison…
- Tu devrais arrêter de me chercher, « la Pierrade »… Donc ton plan génial c’est de laisser le tireur de caisses embourber l’Audi pour lui lâcher les pandores sur la frite et obliger comme un Seigneur tes cousins à la mie de pain ?
- Ben ouais ! Ah je sais, le jour de la distribution de matos à tronche, j’ai été gâté !!! bombe du torse l’emballé du crâne.
- Ah ça… Et une fois que l’autre nous a piqué la voiture, on va comment à Montargis ? En patin à roulettes ou carrément en canon puisque t’es un boulet ?
- Ah mais j’en sais rien moi ! T’as qu’à cogiter un peu aussi, c’est toujours moi d’abord !!!
- Je bée trop d’admiration, ça m’empêche de me concentrer ! Vu ta tronche aussi discrète qu’un phare Breton une nuit sans Lune, on va pas aller louer une bagnole ni faire du stop DONC on va piquer une AUTRE bagnole ! Probablement une poubelle pour éviter que tu te fasses dessus quand je conduirai… Non, je dois en convenir, c’est l’idée du siècle !!!
- De toute façon t’es jamais content !!! Quoi que je fasse, tu la ramènes et tu chiques la mauvaise foi alors que moi, pas chien, je te fais la conversation pour éviter que tu pionces au volant.
- D’où que t’as vu que je m’endors en conduisant, gros nuisible !?
- Ah oui pardon… Maintenant que je regarde mieux, c’est pas que t’es plus fatigué que d’habitude ! En fait, t’as les yeux qui tombent comme Droopy le clebs tout mou.
- Et comme Rocky Balboa, hein, charogne ! Ben j’ai pas que ses yeux, fûmelure !!! termine Bibi en balançant une droite terrible qui envoie le Tunisien au pays des passagers endormis -  donc sans peur - mais probablement pas sans reproches à leur réveil.

- Tu m’écoutes pas ou quoi, Morelli ? hurle le commissaire principal Grégoire Marmand dans l’infortuné  combiné non traité contre les postillons. Mais je m’en cogne que des manouches préparent un casse demain !!! J’ai deux lieutenants à l’hosto dans un sale état, un toubib véreux manchot, une baraque transformée en ruine fumante, un inconnu cuit comme un steak avec un trou dans la tête et des burnes en vacances et tellement de morceaux de viande à recoller que je ne suis pas certain du nombre de victimes qu’il y avait alors t’as deux minutes pour ramener ton équipe de branleurs supposés me servir de renfort au QG ou je te dépèce à la lime à ongles !!!

Greg le Deg’ écrase la touche du téléphone avec rage.

- Alors comme ça Monsieur Bibi donne dans l’explosif maintenant ! grogne t’il rageusement en regardant Mat qui recule devant son regard de barge. Déjà qu’il faisait des trous gros comme des couvercles de poubelle avec son soufflant de dingue mais ça lui suffit plus ! Il fait dans la charcuterie industriel, le roi du 44 ! Mais nous aussi on est des malades… Et il va s’en apercevoir. Pour commencer, on va lui balancer les cintrés du RAID sur le coin de la cafetière à ce fondu, ça l’occupera !
- C’est deux de nos gars qui sont en « Réa » là, boss ! Ca me fait mal aux cheveux de passer la main aux Ninjas franchement !
- J’ai dit qu’on les mettait sur le coup, pas qu’on abandonnait, banane ! Tu les as déjà vu choper autre chose qu’un rhume, les cagoulés ? J’ai juste besoin d’eux pour calmer le jeu et se faire engueuler en cas de foirade, rien d’autre. Avec l’équipe de Morelli en renfort, on va jouer le jeu à l’ancienne genre « tape dans la gueule d’indics » et « Bourre-pif à putes » jusqu’à ce qu’on nous le loge, le Bibi.
- Et ensuite ?
- Ensuite ? Ben ensuite on s’occupe de son cas. Mais en famille, hein ! Je voudrai pas qu’une autre division à la con vienne nous coiffer au poteau, tu m’as compris…
- C’est hypra mega « clear », Boss !
- En attendant Morelli et ses guenilles, tu fais un saut à l’hosto des fois que Didier et Néné seraient sortis du potage et tu me les essors comme des serpillières, les deux glandus. J’t’en foutrai de se faire rétamer pendant un simple contrôle, tiens !
- Ils ont quand même salement dégusté, Boss, tempère Mat sur un ton d’excuse.
- M’en cogne ! hurle à nouveau le commissaire principale avant de reporter sa colère sur le voyant « main libre » du téléphone qui s’excite dans son coin. QUOI ???… Ouais, salut Meunier ! Qu’est ce qui vous arrive aux « stups », z’avez sniffé du plâtre ?…. Comment ça ta BMW cabriolet ?… Mais qu’est ce que j’en ai à foutre de ta putain de bagnole moi, gros connard !?

Prochain épisode : un suppo et au lit !

Posted on mardi 23 janvier 2007 à 13:08 in Viande hachée et Carpaccio - 26 comments

Lorsqu’il ouvre prudemment une paupière tuméfiée, Bibi est immédiatement sur ses gardes. Il s’attendait à se retrouver devant un grand mec paisible avec une barbe blanche et engoncé dans un drap de lit – au pire un petit mauvais avec des cornes s’il s’était rencardé sur lui avant – mais certainement pas dans un pieu avec des tuyaux dans les naseaux.

Sa première pensée est « quand on est mort, on a plus mal ! ». Non pas que quiconque soit jamais revenu pour le lui confirmer mais Bibi en a l’intime conviction. Or vu comme il souffre du dos et de la jambe – sans parler de son fessier – faut croire que l’histoire s’est miraculeusement bien terminée.

A moins que les copains du rouquin le retapent uniquement pour mieux le retuer mais ça frôlerait la boutade à sadique après tous les efforts déployés pour le sécher…

 

Un coup d’œil circulaire lui permet de constater qu’il se trouve dans une petite chambre aussi impersonnelle que proprette. Un grand fauteuil calibré pour accueillir des fesses d’hippopotame trône juste à coté du lit et une télé allumée discrètement est posée sur une table basse. Plus que le fauteuil, c’est le programme qui commence dans la lucarne qui lui indique mieux qu’un long discours à qui il doit d’être encore de ce monde. Quand la porte s’ouvre et que la grosse entre juste à temps pour Derrick, il n’est donc pas surpris et se contente de croasser de son mieux un lénifiant :

- J’ai eu peur que tu rates le début. J’allais t’faire appeler.

- Fais ton fier, tiens ! T’as eu du bol de ne pas te faire descendre après le générique de l’épisode sinon t’aurais dû attendre les pubs avant que j’arrive, sourit Micheline.

- Gros dégâts ?

- Rien de définitif. Ton inespérée période de feignasse t’as recouvert de suffisamment de gras pour que même les bastos de ces crétins se perdent avant de trouver un organe à exploser.

- La chance du vétéran, bébé !

- Oh y a toujours un risque, même pour toi. Sauf s’ils visent ton cerveau qui est vraiment trop minuscule…

- Toi ce serait plutôt le cœur. Chacun son truc !

 

Raoul regrette immédiatement sa riposte pourtant tout à fait dans le cadre de leurs classiques passes d’arme. Normalement, tout glisse sur la Grosse mais là, devant l’absence de contre-mesures dont elle a le secret, il se rend compte qu’il l’a touchée. Et comme la dernière chose que souhaite le Tueur est de blesser sa Micheline, il rompt spontanément le combat et brise le silence pesant :

- Excuse moi. Je n’aurai pas dû dire ça.
- Si tu ne l’ouvrais que lorsque c’est justifié…
- Ouais mais là, c’était aussi gratuit que méchant.

- Te bile pas, je survivrai. Et je suis assez lucide pour avouer que c’était non seulement bien placé mais en plus parfaitement exacte. J’ai été pire que la pire des saloperies avec toi, Raoul. 

- Meuh non voyons, rétorque le blessé gêné qui ne se souvient pas avoir jamais entendu sa compagne s’excuser depuis qu’ils se connaissent.

Le changement est d’ailleurs bien trop radical pour le Tueur qui reprend sur un ton badin :


- C’est quoi alors le diagnostique précis, belle infirmière ?

- Votre chance insolente vous a une fois de plus scandaleusement préservé, très troué malade, minaude en souriant la Grosse. A la limite le plus vilain c’est ton derrière mais c’était pas vraiment un scoop…

- Trop aimable. Dis donc, avant que je ne tombe dans les pommes, il y avait un rouquin sifflant du bec mais pas très commode qui tenait encore debout et envisageait de me faire des misères.

- Il ne tient plus très bien debout : l’absence de tête après un coup de Spas dedans sans doute…

- Ah tu y es carrément allé avec cet obusier ?

- Fallait bien compenser : cinq ans à jouer la larve, ça se paie niveau compétence.

- Clair ! Et on est où là ?

- Chez Max le pianiste.

- Et ben… On a bien fait de faire des économies alors.

- Vu dans l’état où tu étais, je pouvais difficilement faire la fine bouche. Tu as beau avoir la résistance d’un buffle - en plus de son intellect - c’était vraiment moins une avec tout le sang que tu avais perdu. Et Max était pas trop bourré alors tu devrais t’en tirer avec des coutures correctes.

 

Bibi lâche un rire de crécelle avant de stopper net et de cracher, mauvais :

 

- Tu as pas croisé cette salope de Farid à l’entrepôt ?

- J’ai fait mieux que le croiser : je l’ai ramené avec toi.
- Tu as ramené cet enflure ici ???
- Tu as aussi pris une bastos dans les tympans ? Même qu’il est dans la chambre à coté complètement bourré de cachetons !

- Mais c’est toi qui est bourrée ou quoi ? C’est lui qui m’a balancé !!!

- Ca j’en doute, bébé ! Vu dans l’état ou je l’ai trouvé, je pense qu’il a été autant surpris que toi du traquenard.

- Méfie toi : c’est un tordu ! Moi tant que j’ai pas de preuves de son innocence, il est pas blanc dans cette histoire, le Tunisien.

- Il l’a jamais été avant de toute façon mais il y avait les cinq membres de sa bande avec une balle dans la nuque pour le dédouaner suffisamment à mes yeux. Sans compter la bastos qu’il a mangé dans la tronche lui même.

- Il est mourrant ?

- Non. Je dirai juste un peu plus moche qu’avant – j’aurai crû la chose impossible… - mais il devrait s’en sortir.

- C’était qui les flingueurs.

- Je comptais sur toi pour me l’apprendre vu que je suis arrivée en fin de séance.

- Ils parlaient pas Français.

- Ben on avance alors… nous voilà avec 65 millions de suspects en moins. J’hésite à ajouter les Belges à cause des Flamands…

- C’était des vrais pros, ma belle ! J’ai franchement eu une veine de cocu !

- Tu remercieras le facteur, il était de passage pendant que j’attendais le plombier pour une séance de radada...

- Comme c’est amusant… Gags délirants à part, t’as quoi sur eux ?

- Je n’ai rien trouvé sur tes agresseurs mais la fouille a été très succincte : il a fallu que je fasse fissa car le temps de te charger dans une camionnette avec l’autre face de carême, j’ai été à deux doigts de me faire épingler par les poulets qui arrivaient toutes sirènes hurlantes.

- Tu as récupéré mon flingue ?

- Oui. Même si c’est une belle connerie franchement.

- Ca ne va pas recommencer…

- Attends Bibi : tu devrais t’équiper d’autre chose que de cette arquebuse enfin !!!

- C’est mon pétard… se renfrogne le Tueur.

- Tu n’es vraiment qu’un sale gosse fétichiste des fois ! Un jour, tu paieras définitivement cet attachement idiot, grand couillon !

- Ouais ben en attendant, il m’a plus souvent sauvé que l’inverse j’te ferai dire !

- Rien à en tirer… glousse Micheline. Si tu continues comme ça, tu vas même finir par lui donner un nom à ton soufflant préhistorique, tu verras !!!

- Mais il a un nom enfin !!! s’exclame le tuyauté scandalisé.

- Complètement cintré… Bon je ne veut même pas savoir comment tu as bien pu appeler ce morceau de ferrailles !

- Dommage pasque c’est poilant…

- Oui et bien compte tenu de ton sens de l’humour désopilant, je me permets de considérer qu’un gag par jour et suffisant alors je vais savourer le coup de la balle dans les fesses…

- C’est pas bien de se moquer de ça ! Je t’assure, si tu savais seulement comment ça fait méga mal…

- Oui mais je ne sais pas et je te prie de souffrir en silence pour me laisser regarder la télé : je sens un effet de manque là. Demain on cuisinera l’autre steak trop cuit s’il est en état.

- Micheline…

- Qu’est ce qu’il y a encore ?

- Merci, ma puce.

- Me remercie pas, pauvre andouille. Prépare toi plutôt psychologiquement à réparer la mini : j’ai été obligée de faire sauter le siège avant à coups de fusil pour pouvoir monter dedans. Je me demande si j’ai pas un peu forci en fait ?!

- Non. T’es toujours la plus belle.

- Dors. Les médocs te font dire des bêtises, gros pataud. 

 

 

- Ces enculés sont arrivés les flingues en pogne ! Le petit Ali a quand même essayé de crocher son pétard et ils l’ont séché sans hésiter. Moi ils m’ont emmené dans le bureau et c’est ta meuf qui m’a expliqué ce qu’ils avaient fait à mes frères ! Tchoulés d’fils de putes !!!

Avec le bandage qui lui couvre la moitié de la figure, Farid « la Pierrade » ressemble un peu au « Darkman » de Sam Raimi. Ses lèvres éclatées forcent à tendre l’oreille et font penser par moment à un mérou mâchouillant trois kilos de semoules. 

- Ils savaient que tu venais. Ceux là c’était seulement l’avant-garde pour nous neutraliser avec mes frères. Un autre mec devait arriver ensuite avec un second groupe. Je trouvais que ça faisait beaucoup pour un seul gus – sans vouloir t’offenser ! – mais faut croire que t’es pire que la gale et qu’il avaient raison.

- Comment tu sais tout ça, Farid ? s’étonne Raoul. J’entravais rien de ce qu’ils baragouinaient moi ces types.

- J’ai déjà fait affaire avec des mecs comme eux. Je maîtrise pas l’Albanais à fond les gamelles mais je m’défends assez pour le comprendre.


En voyant la tête du grand Tueur et de Micheline, Farid comprend que la révélation leur fait moyennement plaisir.

- Z’avez eu des embrouilles avec des Albanais c’est ça ?

- On peut le dire comme ça, oui ! élude Raoul en regardant Micheline de biais avec inquiétude.


La grosse s’est raidie mais elle ne s’effondre pas.

Bibi sait que ça doit drôlement la remuer là dedans et qu’elle a obligatoirement retrouvé une bonne partie de son mental passé pour ne  pas se mettre à hurler. Continuer à parler. Ne pas lui laisser la possibilité de gamberger surtout.


- Y a un truc que je pige pas trop, Farid. Je comprends pas comment ces mecs se sont retrouvés spécialement aujourd’hui à m’attendre chez toi alors que ça fait plusieurs mois que j’étais au vert.

- Ben… J’avais entendu des rumeurs comme quoi des mecs te cherchaient pour un contrat juteux. Malgré l’épisode avec monsieur Bertrand où tu t’étais sauvé…

- Farid, toute momie que t’es, tu vas prendre une tape dans la gueule…

- …Ah… Pardon… Enfin disons qu’après l’histoire d’avant où on sait pas ce qu’il s’est passé à part que tu t’es pas sauvé, on savait plus trop ou t’étais quoi. Mais ta réputation restait une sacrée garantie de bon business. Quand t’as accepté ma proposition, mes frangins étaient vachement contents de bosser avec toi. Genre ils en ont peut être un peu causé, quoi…

- Z’êtes vraiment une bande de quiches, les gars !

- Ouais enfin là je suis plutôt une bande de quiche toute seule maintenant, souffle tristement la Momie avant de se remettre à brailler. D’accord on a merdé mais je te rappelle quand même que mes cousins ont payé le prix fort. T’es toujours mon employé, Bibi ! Et on va se les faire ces fumiers chauds !

- Avec ta tronche de bandelettes et mon pruneau dans le cul, va falloir tempérer un poil la contre-attaque, mon pote.

- Restez au lit, les oisifs, intervient Micheline. Je vais m’occuper de trouver une piste pendant que vous faites du lard. Y en a un que ça dépaysera pas de toute façon…

Les deux blessés se retournent et regardent la Grosse qui sourit, les poings sur ses monumentales hanches. Farid est estomaqué de constater que cette montagne de bidoche possède une voix aussi charmante. Bibi est étonné de voir qu’elle n’est pas tétanisée ou hors d’elle comme il le craignait. Ses yeux brillent même à nouveau de cette lueur qui n’appartenait qu’à elle avant, cet air de se foutre de la gueule du monde sans pouvoir le prouver et qu’il aimait tant. Il en vient à espérer que la grosse Micheline laisse enfin définitivement la place à « la fouine » après toutes ces années horribles.

- C’est ta meuf ? demande Farid une fois que Micheline a quitté la pièce.

- Ouais. Et c’est elle qui t’a ramené jusqu’ici alors mollo sur les conneries, grogne Bibi menaçant, flairant l’embrouille.

- Vu le morceau, elle a dû plus peiner à se ramener elle même qu’à me porter, ricane le Tunisien pour détendre l’atmosphère.

- Farid, je savais bien que tu finirais par prendre un calotte dans le beignet ! sourit sadiquement Bibi en approchant du Tunisien explosé de rire et rapidement explosé tout court.

 

 

Dans le minuscule bureau que Max « le Pianiste » - le toubib aussi compréhensif qu’imbibé qui a accepté de les accueillir le temps de souffler – a mis à sa disposition, Micheline réfléchit aux options qu’elle a à sa disposition et à la meilleure façon de gérer les priorités. Elle est grisée de constater qu’elle est à nouveau capable d’organiser ses pensées avec cette froideur factuelle et inspirée qui était sa marque de fabrique par le passé.


Elle récapitule sur le vieil ordinateur poussif les rares faits avérés et arrive rapidement à la conclusion qu’il va falloir les étoffer rapidement d’informations complémentaires si elle souhaite pouvoir survivre assez longtemps pour obtenir des réponses. Bien qu’elle ne sache pas « qui », ni « comment » ni « où » ni « quand », elle a eu grâce à Farid la confirmation du « pourquoi ».

Micheline est une femme supérieurement intelligente derrière son physique disgracieux. Bien que la raison de l’attaque la terrifie - car elle la renvoie à ce passé qu’elle s’est tant efforcée de nier - elle est bien obligée d’accepter que le temps de la passivité est terminé. Puisqu’ils l’ont retrouvée, elle va les affronter. Avec deux blessés et sa condition actuelle, il est évident qu’elle doit gagner du temps et le mettre à profit pour rassembler les morceaux d’un puzzle qu’elle perçoit comme aussi mortel qu’inévitable.

Ces gens ne s’arrêteront pas avant qu’ils ne l’aient neutralisée d’une façon où d’une autre. Reste maintenant à identifier clairement l’ennemi pour aller porter la peur dans son camp. Avec tous ceux qui voulaient lui faire la peau jadis, ça n’est déjà pas une mince affaire…


Quand Micheline était encore « la Fouine », elle disposait d’un réseau d’informateurs qui lui avait sauvé la vie plus sûrement qu’une arme. Etait il seulement toujours actif après toutes ces années ?

Pour s’en assurer, il va falloir qu’elle sorte.

Avec sa robe de chambre miteuse et sa chemise de nuit moulée sur elle comme un string sur un derrière de brésilienne, elle risque de finir au ballon avant d’avoir été bien loin. Fort heureusement,  Max le pianiste est une armoire à glace à gros bide qui devrait pouvoir la dépanner en frusques le temps qu’elle se refasse une garde-robe acceptable à défaut d’une silhouette plus agréable.

Lorsqu’elle débarque dans le cybercafé dans sa salopette en treillis après avoir garé la mini dont elle s’est miraculeusement extirpée sous les yeux des badauds, la grosse n’engendre pas la morosité. Micheline maudit une fois de plus son hôte au matériel informatique antédiluvien pour lequel le Web est une abstraction de l’esprit et elle pousse la porte de la boutique. L’endroit est gavé d’ados têtes à claques qui font un foin de tous les diables. Un cyber café, c’est comme une tribu : soit tu en fais partie, soit tu peux en faire partie une jour, sinon vaut mieux que tu dégages ou que tu t’imposes. Comme elle sait d’expérience qu’il vont jouer les pénibles et la charrier, elle prend les devant en se dirigeant droit vers l’espèce de grande saucisse en débardeur taillée comme une ablette qui semble être le chef du petit groupe et s’adresse à lui :

- Cette bécane est libre.

- Ben non la grosse piske j’suis d’ssus ! crache le désobligeant.

- C’est pas une question, merdeux. Cette bécane est libre sinon je m’assois sur tes genoux et je te couvre de bisous baveux devant tes copains.

- Hé oh t’es pô bien toi là ! Faut te faire soigner !

- Faut surtout la faire maigrir, crois bon d’ajouter un blondinet avec les tifs gominés juste à coté.

- Toi on t’avait pas sonné mais je le fais quand même, grogne la baleine en lui retournant une taloche sèche modèle garanti « pour faire mal et vexer » qui l’envoie valdinguer sur son clavier.

Le petit groupe du cyber est plus habitué à s’étriper sur des jeux en ligne que dans la réalité. Le bruit de la gifle et les couinements de la victime ont un effet radical sur l’environnement immédiat de Micheline qui se retrouve seule comme une mouffette dans une parfumerie dans la seconde qui suit.

Délaissant pragmatiquement les sièges ergonomiques peu conciliables avec son popotin, elle se rabat sur un tabouret malchanceux qu’elle recouvre de sa masse puis s’immerge dans le réseau Internet.

 

 

Assis derrière son superbe bureau qui lui donne une vue splendide sur le Trocadéro, l’homme est penché sur le boîtier de téléconférence ultra moderne et gronde, visiblement de fort méchante humeur.

- Je n’accepte pas tes excuses. Tes gars sont des nuls et c’est heureux pour eux qu’il les ait tous liquidés sans quoi je les aurais tués moi même.

- Ils l’ont quand même touché, Monsieur, gémit son interlocuteur invisible. Notre contact chez les policiers a eu accès au rapport préliminaire et il est évident qu’il n’a pas pu s’échapper seul après avoir perdu autant de sang. Lors du dernier contact avant l’arrivée de la seconde équipe, mes gars avaient confirmés que les arabes avaient été neutralisés. Il a bénéficié d’une aide extérieur inconnue. 

- C’est elle !!! exulte l’homme en frappant du poing sur l’ébène innocent du bureau. Ca ne peut être qu’elle ! J’avais fait le nécessaire pour que ce fameux Bicarosse se retrouve seul et soit traité comme un pestiféré afin qu’elle sorte de son trou et ça a marché !!! Puisqu’il est blessé, tu peux le trouver. Remue les balances et motive un peu les frileux, il n’a pas pu aller bien loin dans son état.

- S’il était dans un hôpital ou une clinique, je le saurais déjà. On rend visite à tous les mecs susceptibles de tenir un scalpel qui auraient pu lui porter assistance mais ces connards ne sont pas toujours très coopératifs.

- Alors utilise leur propre matériel sur eux s’il le faut mais je veux que vous ayez logé le blessé avant ce soir. Sinon c’est Rachko qui s’occupera de son cas. Et du tiens ensuite…


L’homme coupe la communication sans laisser à son interlocuteur le temps de répondre et s’adresse à l’unique personne présente avec lui dans la pièce. Le spectateur debout qui est resté silencieux durant toute la conversation est un colosse blond dont les traits jadis parfaits sont ravagés par une énorme cicatrice boursouflée qui le défigure de la racine des cheveux aux maxillaires.

- Qu’en penses-tu ? demande l’homme assis derrière le bureau.

- Je pense qu’il vaut mieux que je m’y mette dés maintenant, souffle le géant balafré d’une voix curieusement douce. Dragan a prouvé une fois de plus qu’on ne pouvait pas lui faire confiance.

- Si tu la trouves avant ce soir, je triple la somme habituelle.

- Gardez votre argent. Vous savez que tout ce qui touche de près ou de loin à « la Fouine » est devenu une affaire personnelle pour moi.

- Comme tu veux. Mais n’échoue pas… cette fois.


Le blond caresse l’horrible entaille grossièrement ravaudée qui barre sa figure et un rictus de haine vient l’enlaidir un peu plus.


- Tranquillisez-vous, Monsieur. Tous les matins depuis cinq ans, j’appelle ces retrouvailles de toute mon âme lorsque je me contemple dans le miroir. Je vais la trouver et je vais la tuer d’une façon si horrible que ceux qui la découvriront resteront hantés par cette vision jusqu’à la fin de leurs jours.

- N’oublie pas son chevalier servant.

- Je commencerai par lui. Qu’elle voit ce qui l’attend et tremble de trouille avant d’y passer.

 

 

- Et bien mon ami, c’est à se demander si vous n’avez pas crucifié le chef de l’état puis violé un chien d’aveugle, annonce Max le toubib en entrant dans la chambre de Bibi.

- Pour l’animal, c’était Farid, ricane Raoul. Ca devient chaud bouillant à ce point, Doc ?

- Pire que ça, mon cher Bibi ! Les recherches policières sont certes intenses mais sans comparaison possible avec le déchaînement de violence d’un certain petit groupe d’excités qui semble fort pressé de mettre leurs viriles paluches sur tes amis et toi.

- Des Albanais ?

- Possible mais non confirmé dans la mesure où il semblerait que ces messieurs soient plus disposés à poser les questions qu’à y répondre. Et la méthode employée pour y parvenir est pour le moins expéditive…

- Je te rappelle que j’ai eu affaire à eux alors je confirme - et ma fesse ne me contredira pas - qu’ils ne font pas dans la dentelle de salon, ces enflés !

- Un bon point cependant avec des sauvages de cet acabit, amusant invité : ce sont des méthodiques ! Donc une engeance facilement prévisible. Compte tenu du fait que je viens d’apprendre qu’ils viennent tout juste de trancher la main de André « Bistouri » Capelle, j’estime être le prochain sur leur sanglante liste.

- Ils ont coupé la main du vieux Dédé ???
- Avec ses propres outils !

- Ah oui quand même… Ca va pas arranger la réputation de ce pauvre Bistouri un truc comme ça.

- Oh tu sais Bibi, j’ai longtemps estimé qu’au vu des résultats déplorables de mon détestable confrère, il devait  opérer les inconscients qui le consultaient avec ses pieds. Donc le préjudice semble négligeable, facteur esthétique et fonctionnel occultés s’entend.

- On a combien de temps selon toi, Doc ?

- Vous, autant que vous le souhaitez puisque que je quitte pour un temps non défini la Capitale sur l’heure en vous laissant l’officine en libre exploitation.
- Tu te tires ???
- Mon jeune ami, sâche que mon amour de Peter Pan s’oriente résolument plus clairement sur la fée Clochette que le crochet du capitaine éponyme. Je m’en vais donc mettre mes mains – et le reste – à l’abri chez une tendre amie incontestablement amoureuse de mon passif d’interne en gynécologie.

- Sacré Max !!! Bon sinon, nos flingues sont où ?

- Dans l’entrée. Avec des bonus qui devraient vous aider à calmer salutairement l’enthousiasme de vos opposants.

- Tu sais que ça risque de chauffer, Doc… J’espère que t’es assuré !

- Je suis surtout assuré de pouvoir facilement trouver un nouveau cabinet avec ce que ta compagne m’a versé comme frais de consultation.
- Hahaha profiteur !
- Je préfère le terme d’opportuniste si tu n’y vois pas d’inconvénient ! Je compte sur toi pour me laisser la clef dans la boîte aux lettres - au cas ou il en resterait une - après votre amicale explication. Pour ce qui est des blessures, je t’ai recousu avec du solide et tu devrais pouvoir donner dans tes excès coutumiers après la transfusion que tu as subi. Pour ce qui est de ton ami…

- C’est pas mon ami !

- …je l’ai pansé avant de partir vu qu’il avait ramassé – distrait qu’il est – un nouveau gnon sur ce qui lui restait de nez. J’ajoute qu’il est de fort méchante humeur et envisage très sérieusement de – je le cite – « éclater ta tronche salingue de pourri sournois » une fois vos visiteurs éconduis.

- Ah ? Bon ben je vais le tuer avant alors, se marre Raoul en se levant. Merci pour tout, Doc.

- Comme à chaque fois, c’était un plaisir, mon cher ami.

Max le pianiste sort de la pièce et se retourne une nouvelle fois, hilare :

- Une dernière chose, Bibi : si par hasard tu trouvais le morceau égaré d’André dans les affaires des vilains, mets le moi donc dans un  bac de congélation, je lui grefferai à mon retour : il faut savoir se donner un coup de main entre collègues !

Posted on jeudi 04 janvier 2007 à 19:00 in Viande hachée et Carpaccio - 33 comments

Louvoyant avec prudence entre les bagnoles, Raoul se dit que se serait trop bête d’avoir un accident alors que l’entrepôt du Tunisien est à cinq minutes à peine de la maison. Bonjour la honte ! Par contre, il s’est peut être quand même levé un peu tôt sur ce coup là…

Le rendez-vous est prévu pour dans deux heures et il va se faire chier comme un rat mort avec cette foutue manie d’angoisser à l’idée d’être en retard.

Un des nombreux problèmes qu’a Raoul est de détester infliger aux autres ce qui l’insupporte.

A part les bastos dans la viande mais c’est différent quand ça touche au travail !

 

Attendre les gens en retard l’énerve tellement qu’il est toujours énormément en avance.

Du coup, il s’énerve tout seul en attendant ensuite. Même sa montre avance de cinq minutes « au cas où ». Il ne sait pas trop de quel cas il pourrait bien s’agir puisqu’il SAIT qu’elle avance…

Il sait par contre qu’il est complètement idiot avec ça mais ne peut s’en empêcher.

 

Alors qu’il force sa nature profonde en freinant à l’orange, le ponctuel en avance se dit que c’est une vraie chance de pouvoir intégrer la bande de Farid.

Lorsque monsieur Bertrand, son précédent employeur, s’est fait salement dessouder par les hommes du Grand Marco, la cote de popularité de Raoul en a quand même pris un sacré coup. Il a eu beau expliquer que le contrat avec monsieur Bertrand impliquait impérativement qu’il dispose de ses soirées – week-end compris – pour s’occuper de sa Micheline, cette approche un peu personnalisée de son étrange profession a probablement contribuée à décourager de futurs employeurs. A moins que ce soit le fait que les gars de Marco aient tronçonnés monsieur Bertrand en petits morceaux ?!

Faut dire que la méthode – bien que novatrice – avait été diversement appréciée…

 

Quoi qu’il en soit, Raoul n’a rien à se reprocher puisque les méchants avaient opéré de nuit et qu’à ce moment là, c’était Théo le Nantais qui était en charge de la sécurité du patron. Théo ayant aussi été un poil éparpillé durant l’opération, il ne reste malheureusement plus grand monde pour confirmer que Bibi ne s’était pas déballonné pendant l’action comme on le murmure dans la rue.

Oh c'est certain, personne n’a jamais osé l’accuser ouvertement car on est pas franchement certain de ce qu’il s’est passé mais on est par contre sûr – expériences passées aidant – que le Bicarosse à la réaction un tantinet  excessive concernant les critiques.

Finalement, sa réputation de mauvais fer plutôt enclin à défourailler qu’à causer lui a garanti la paix. A défaut d’un nouvel emploi...

En fait, comme dans toute bonne entreprise qui se respecte : Raoul a en quelques sortes été « mis au placard » suite à la suppression de son service.

Mais pas licencié définitivement.

Le prix de l’opération aurait été trop important et les exécutants ne se bousculaient par tellement au portillon…

 

Evitant de justesse un coursier arborant une queue de renard gigantesque sur son casque et carrément dangereuse pour ses rayons, Raoul se demande ce que Farid va bien pouvoir lui proposer comme boulot.

Il en vient à repenser avec une nostalgie douloureuse à son dernier employeur en date.

Il aimait bien monsieur Bertrand - un patron « à l’ancienne » qui ne touchait pas à la dope et qui traitait ses filles avec classe. Rien à voir avec la nouvelle génération de sanguinaires... Quand le temps commençait à être à l'orage, Bibi lui avait bien proposé de s’occuper du Grand Marco - qu’il ne pouvait pas blairer et trouvait franc comme un âne qui recule - mais le vieux monsieur avait commis sa dernière erreur en refusant. 

 

Par contre, Farid et ses Tunisiens, c’est pas la même chanson !

Avant de connaître Farid, Raoul se disait que tous les tunisiens étaient des mecs plutôt cools, branchés commerce.

Le genre qui t’arnaquaient gentiment et toujours avec le sourire.

Dans la bande à Farid, le sourire est en option et elle doit coûter bonbon alors du coup ils n’y ont pas souscrit.

Vu qu’ils ont limite une seule dentition complète pour l’ensemble de la bande, c’est pas forcément une mauvaise chose mais quand même !

Sinon leur truc aux Tunisiens, c’est la drogue et les flingues. Un peu les tapins aussi mais juste pour éviter que l’entreprise ne stagne. Niveau méthode, faut bien avouer qu’ils font dans le radicale : en moins de deux ans, ils se sont fait une place au soleil sur le territoire des marseillais qui n’étaient pas réputés pour la tendresse de leurs câlins.

Au plus fort du conflit, Raoul se souvient que les Tunisiens utilisaient une espèce de lance-flammes bricolé qui foutait une trouille bleue aux marseillais dont l’approche restait proprement classique à l’exception de Serge la machette, un amoureux du raisiné tant que c’était pas le sien.

Les deux gangs de teignes se sont enfin rabibochés quand Farid – le chef incontesté des maghrébins - s’est retrouvé à l’hosto méchamment cramé après qu’une balle perdue a fait péter le réservoir qu’il portait dans le dos pour son engin à flamber.

Ca lui a pas arrangé la gueule ni le caractère et il a hérité de son surnom de « Farid la Pierrade » rapport à sa tronche de bifteck trop cuit.

 



Lorsque qu’il arrive en vue de l’entrepôt où les Tunisiens ont installé leur quartier général, Bibi sent le plan moyen : normalement c’est l’effervescence de jour comme de nuit avec des petits arabes en mobylettes qui vont et viennent sous le contrôle des hommes de Farid. Mais là, pas un chat.

Or, si ce grand escogriffe de Raoul est parvenu à atteindre le milieu de la trentaine dans son environnement professionnel, c’est grâce à trois éléments majeurs : sa virtuosité avec un pétard, sa capacité à encaisser des nions qui vous dévisseraient la tête à vous faire voir vos propres fesses et SURTOUT, une espèce de flair à embrouille proche de l’empathie.

Les mauvaises langues disant plus simplement qu’il a le cul bordé de nouilles…

Honteuses menteries ou pas, Raoul ne cherche pas vraiment à savoir si la chance est une donnée quantifiable lorsqu’il se gare à l’extérieur de l’entrepôt. Il laisse les clefs sur le contact, retire le cran de sûreté du magnum et la lanière en cuir du holster.

La confiance n’a jamais beaucoup empêché Raoul de respirer et si ça doit chauffer, autant qu’il soit capable de réagir au mieux !

Il approche tranquillement de l’entrepôt pour constater que le seul moyen d’entrer est une petite porte latérale et qu’aucun Tunisien n’en garde l’accès. C’est vraiment trop étrange et il est à deux doigts de laisser tomber. Il s’arrête et sort son portable pour appeler Farid et se rencarder sur une embrouille possible.

Pourquoi pas une descente de bourres qui aurait bouleversé le planning ?!
Comme un con, il s’aperçoit qu’il n’a pas le numéro du Tunisien et que c’est toujours l’autre qui le contactait.

Repartir comme ça alors qu’il s’agit peut être justement d’un test pour mesurer son cran légendaire après quelques mois d’inactivité n’est pas raisonnable. Surtout que Micheline n’a pas fini de le pourrir s’il s’est fait des idées pour rien et foire le rendez-vous.

Ah ben Micheline tiens !

Il est un peu tôt pour elle mais autant lui passer un coup de bigo pour la rencarder sur la situation. Mais sans en rajouter, hein ! Sinon elle va encore faire tout un foin sur sa capacité à psychoter quand tout va bien.

Il appuie sur l’unique touche qu’il a programmée  par miracle dans le téléphonetout en scrutant le bâtiment avec attention. A la sixième sonnerie, ça décroche enfin :

 

- Ouais ? grince la grosse.

- C’est moi !

- Oh pas possible, ricane la baleine, mauvaise. J’ai eu peur un instant qu’il ne s’agisse d’un gros emmerdeur qui…

- Y a un truc qui cloche, ma puce, coupe Bibi.

 

Le ton de son homme calme Micheline instantanément. Celle qu’elle fut avant sait reconnaître la tension inhabituelle dans la voix de Raoul. Elle sait aussi qu’il n’a pas assez d’imagination pour avoir peur et elle n’a pas besoin d’un dessin pour sentir qu’un truc cloche vraiment. Surtout qu’il ne l’a jamais appelée du « travail » jusqu’ici.

 

- Raconte.

- Tout est fermé à l’exception d’une entrée pour pygmées et y a pas l’ombre d’un arbi dehors.

- Un test ? avance la grosse.

- C’est ce que je me suis dis…

- Et tes tripes te disent quoi ?

- Avec mes angoisses, je ne les consultent plus trop depuis hier soir j’t’avourais. Mais si elles voulaient encore me causer, elles me diraient que ça sent pas bon cette histoire.

- Alors tire toi de là, Bibi ! T’as pas inventé le fil à couper l’eau tiède, faut bien l’avouer, mais tu as un bon tarin pour renifler l’embrouille. Reste pas là !

- Ok, bébé. Je me rentre.

Raoul va pour faire demi-tour lorsqu’il avise Farid qui lui fait un bref signe de la porte avant de retourner dans l’entrepôt.

Vache !
Quelle face de carême, le Tunisien !
Mais bon…
C’est son futur patron maintenant et on ne fait pas attendre son employeur – surtout s’il est en avance - sous prétexte qu’il a une bobine à donner des cauchemars à un toubib spécialisé dans la chirurgie plastique.

Pas complètement détendu mais presque rassuré, Bibi se dirige vers la porte.

Son foutu sixième sens se remet à carillonner à trois mètres de l’entrée. Les poils de sa nuque sont hérissés comme autant de petites épingles, dernier niveau d’alerte sur son baromètre interne « anti-embrouilles ».

Il s’arrête, la main sur la crosse de son flingue :

 

- Farid ?

- Je suis à l’intérieur, Raoul ! Entre, vieux !

- Ok, c'est cool !

 

Bibi sort doucement le magnum et le braque à deux mains droit sur la porte : jamais personne ne l’a appelé Raoul en dehors de Micheline. Il serait même surpris qu’à l’exception de très vieux potes d’école, quiconque connaisse son prénom. Sans parler de son blaze…

Et ce « vieux »… ?

Farid et lui se sont croisés trois fois pour des affaires communes et il ne lui a pas vraiment fait l’impression d’un mec qui se la joue amicale.

Fléchi souplement sur les jambes, il avance le flingue toujours pointé devant lui.

Lorsque le type apparaît dans l’embrasure de la porte avec son fusil à pompe,  la première pensée de Bibi est qu’il a affaire à une débutant. Ou à un impatient. Probablement les deux car le mec est très jeune. Il a des réflexes foudroyants par contre. Une fois la surprise de se retrouver face à un Bibi en position de tir, il lève le canon du fusil.

 

Jusqu’ici, le tueur privilégiait encore la théorie du test.

Le mec aurait écarté les bras en souriant, il aurait souri aussi et aurait baissé son feu.

Mais là, le regard du jeune type est sans équivoque et Bibi presse la détente en commençant déjà à reculer pour s’écarter de l’entrée. La balle blindée qu’il prend en pleine poire fait décoller le gus dans un nuage pourpre en le renvoyant à l’intérieur de l’entrepôt comme un pantin désarticulé.

L’écho du coup de feu ne s’est pas encore estompé que ça se met à baragouiner à l’intérieur du bâtiment et à cavaler.

Toute personne normalement constituée aurait un réflexe de replis dans un cas comme celui ci.

Mais Bibi est tout sauf normal, c’est même ce qui fait sa force !

Au moins cinquante mètres à découvert pour rejoindre la bagnole.

A oublier !

Surtout que Micheline a raison en disant qu’il a prit du bide pendant sa période d’inactivité et qu’il se voit mal piquer un sprint.

 

C'est le métier qui lui dicte maintenant sa conduite : il sait que les types vont se ruer en direction de la rue et qu’il sera mort avant d’avoir rejoint son véhicule alors il se plaque à la cloison et commence à reculer vers l’arrière du hangar, le flingue pointé vers l’ouverture.

Deux autres mecs sortent comme des diables d’une boîte avec des saloperies de pistolets-mitrailleurs à la hanche en arrosant le vide en direction de la sortie. Des gus qui n’hésitent pas à défourailler sans silencieux et au mépris de toute prudence sont décidés à régler le problème rapidement.

Mais le « problème » est moyennement d’accord !

Avisant la présence de plastrons pare-balle sur les nouveaux comiques, Raoul explose l’arrière du crâne du premier tueur sans hésiter. Théoriquement, les bastos utilisées par Bibi devraient percer le kevlar mais il ne peut pas se permettre de vérifier. La puissance du magnum propulse le macchabée dans les jambes de son copain qui se retournait et mettait Bibi en joue.

Pas de jaloux !

Le second flingueur ramasse son pruneau perso en pleine poire ce qui l’étend pour le compte.

 

Surtout ne pas rester là !

L’impact des tirs et l’orientation des corps renseigne clairement les attaquants sur sa position actuelle et Raoul - s’il est sûr de lui quand il s’agit de refroidir du vilain - est par contre assez lucide pour savoir quand il faut décrocher. Hors rester avec un magnum face à des types sapés comme des commandos et armés de pistolets-mitrailleurs maintenant que la surprise n’est plus de son coté est suicidaire. Surtout qu’il ne sait même pas combien sont ces bouffons. Il compterait bien sur les flics pour une fois mais ils ne vont pas se bousculer au portillon pour venir faire le ménage chez les Tunisiens en sachant que les calibres sont de sortie.

Il se met à courir jusqu’au coin du bâtiment quand la première rafale se met à crépiter, hachant le béton à l’endroit exact ou il se trouvait il y a une seconde.

Il a presque atteint son but et se dit qu’il va s’en tirer lorsque la seconde rafale retentit et qu’il se retrouve plaqué au sol comme s’il avait été percuté par un 38 tonnes lancé à plein régime.

 



Ca fait bientôt cinq ans que Micheline n’est pas sortie de la maison.

Cinq ans qu’elle se suicide à petits feux en détruisant ce corps immonde qui la raccroche encore à la vie.

Elle s’est longtemps demandée si elle devait être reconnaissante à Raoul Bicarrosse de lui avoir sauvé la peau au lieu de lui permettre enfin de trouver la paix.

 

Au départ elle l’a haï avec une telle force que c’est probablement ce qui lui a permis de survivre. Elle sourit devant cet illogisme qui lui fit détester celui là même à qui elle devait d’avoir survécu. D’autant que Raoul est bien l’archétype de la personne qu’on a naturellement des difficultés à haïr finalement. C'est juste qu’il était là. Alors elle a vomit sur lui son trop pleins de rancœur, de peur et de frustration comme on se vide d’un poison. Dommage que cette purge n’est pas été totale mais simplement suffisante pour que l’instinct naturel à préserver son existence l’emporte sur l’envie d’en finir.
Quand on regarde bien, la survie est un sentiment particulier, intense, nullement réfléchi, entièrement conditionné par la lutte entre le renoncement et un autre sentiment qui devra simplement être plus fort.

Avant, et malgré son lourd passif, Micheline aurait affirmé que le sentiment le plus absolu qui soit était l’amour.

Pas par expérience.

Juste parce qu’elle avait besoin de croire que c’était le cas.

Elle s’est rapidement aperçue que la haine pouvait être au moins aussi… motivante.

Pour ce qui concerne Bibi, elle l’a haï juste le temps nécessaire pour ne plus avoir osé mourir. Mais pas assez pour souhaiter revivre non plus.

Même pour ça on ne peut pas compter sur lui !

C’est bien le problème avec Bibi : on ne peut pas le détester très longtemps.

Ou alors par jeu.

 

Quand elle a appris à le connaître un peu plus, la confiance s’est installée.

Peut être même qu’elle l’aime maintenant.

A sa façon.

Cette introspection incongrue la surprend.

Elle n’a jamais franchement réfléchi aux liens qui pouvaient la rattacher à ce grand idiot jusqu’ici. De fait, ça fait un sacré bail qu’elle n’a pas réfléchi tout court.

Elle s’extirpe plus qu’elle ne se lève du canapé et sa grosse carcasse molle la gêne pour la première fois depuis toutes ces années.

Elle était comme anesthésiée depuis si longtemps, remplissant le vide qu’était devenue son existence avec de la bouffe immonde et des flots d’alcool, abrutie par la télé et les médocs.

Elle sent qu’elle se réveille et la sensation est curieuse.

Un peu comme des fourmis dans les jambes lorsqu’on reste dans la même position sans bouger. A part que là, cette impression n’est pas uniquement physique et s’étend à ce qui est encore capable de s’émouvoir à l’intérieur de sa tête.

Depuis toutes ces années, elle n’a jamais tremblé pour Bibi.

Même en piteux état, il revenait toujours.

Pourquoi a t’il fallu qu’il lui téléphone et bouleverse ainsi cinq années de minable paix intérieure forcée ?

Ses neurones grippés tentent d’analyser au mieux la situation. Lorsqu’elle envisage la vie sans Raoul, une tristesse absolue la submerge.

Et la grise.

 

Donc tout n’est pas encore mort là dedans après tout ?

 

Elle est toute excitée et elle sait qu’elle doit faire quelque chose maintenant sous peine de retomber à nouveau dans sa pathétique léthargie de légume décérébré. Elle constate avec agacement qu’il y a une nette différence entre souhaiter et concrétiser en s’apercevant qu’elle n’est même plus capable d’assumer les actions les plus stupides. Le meilleur exemple : elle ne sait même pas où sont ses fringues autres que ses chemises de nuit informes et son sempiternel peignoir crasseux.

En a t’elle seulement encore ?

Elle sent avec une inexplicable certitude qu’elle n’a pas le temps de se lancer dans des essayages car elle SAIT que le crétin qui partage sa vie depuis toutes ses années risque de perdre la sienne. Elle va dans la chambre et sort la cantine blindée qui se trouve sous le lit conjugal puis déverrouille le cadenas en entrant la combinaison ad hoc.

Elle ne se souvient même pas que Bibi la lui ait donnée.
Preuve que la mémoire est sélective…

 

Elle hésite un peu devant l’arsenal disponible et se rabat sur un impressionnant Spas calibre 12 à pompe – un fusil à pompe d’assaut  dévastateur – une sorte de « flingue pour les nuls » dont l’aire d’effet devrait compenser son cruel manque d’entraînement et sa condition physique déplorable.

Elle bourre ses poches de munition, éteint la télévision pour la première fois depuis des années en traversant le salon et entre dans le garage.

Son austin-mini est toujours là.

Elle sait que le plein est fait et qu’elle a été entretenue durant toutes ces années par Bibi dans l’espoir d’un tel moment.

Ce qu’elle ignore c’est comment elle va faire pour entrer dans cette foutue bagnole qui lui apparaît aussi adaptée à sa nouvelle morphologie que le coupé de Barbie…

 



Raoul Bicarosse est à plat ventre comme une pauvre merde, silencieux et immobile.

Putain, ce que ça peut faire mal une bastos dans la viande !!!

Malgré un lourd passif en la matière, c’est un truc auquel on ne se fait jamais. D’autant qu’ils ne l’ont pas raté les enflures et qu’il a du drôlement prendre sur lui pour ne pas bouger quand ils ont sulfaté un second coup pour être bien certains qu’il avait son compte. Le fait qu’il baigne dans son raisiné les a vraisemblablement convaincus qu’il était claqué.

Amateurs…


Ils sortent de l’entrepôt.

Au moins deux, peut être plus.

Il les entend parler mais ne comprend pas un traître mot à ce qu’ils peuvent bien baragouiner.

Au collège, madame Leloux sa prof d’anglais avait prophétisé qu’il paierait un jour son manque d’assiduité pour les langues étrangères.

Vu les soucis qu’il avait simplement avec le français, le petit Raoul se moquait de ce que pouvait bien penser cette méchante blondasse à la langue fielleuse et à la couenne cuite comme un toast à force d’UV.

Si la vieille croûte était là maintenant, elle n’aurait pas manqué de se payer sa fiole, tiens !

Sauf qu’aujourd’hui, probable qu’il aurait effacé son sourire de faux cul sadique à grand coups de crosse dans la devanture…

Marrant qu’à la veille de crever, il se souvienne de cette nuisible aussi mauvaise qu’une diarrhée pendant un slow et détestant les mouflets qu’elle n’avait jamais pu avoir.

N’empêche que mère Leloux ou pas, il est bien infoutu de savoir si ces fumiers chauds sont des rosbifs ou des ritals…

Peut être même des popovs, va savoir ?!

Faut pas croire que la mondialisation n’a pas d’impact sur les crapules !

C’est de plus en plus difficile de nos jours de déterminer par qui on s’est fait dessouder et on verra bientôt les voyous se balader chez Berlitz rien que pour identifier l’opposition, c’est certain.

Le tueur au six coups sort des ses délires en sentant le raisiné qui s’échappe à gros bouillon de la blessure qu’il a dans le dos. Il n’a plus aucune sensation dans sa jambe gauche et réprime difficilement un ricanement idiot en se rendant compte qu’il a aussi morfler une bastos dans la fesse.

Un deuxième trou du cul !

C’est idiot mais il sent le fou rire gagner du terrain alors qu’il sait que sa seule chance d’emporter avec lui un maximum de ces salopards est justement de faire le mort avant de l’être vraiment. Mais pour ça il faut qu’ils se rapprochent et il n’est pas sur de tenir assez longtemps. C’est quand il s’imagine expliquant à un futur employeur qu’il a pris une balle dans le derrière en attaquant l’ennemi qu’il sait que le moment est venu et qu’il ne pourra pas s’empêcher de se marrer comme un idiot.

Le fou rire qui le dévaste alors qu’il roule sur le coté prend les agresseurs encore plus au dépourvu que le magnum qu’il braque sur eux.

Ils sont trois et restent figés de surprise.

Ce sont vraiment des blaireaux !

Un grand rouquin est en train de donner du feu à un petit tondu à l’œil sournois qui a les mains en protection autour du briquet tandis que le troisième, un peu à l’écart, tire sur sa clope déjà allumée peinard, détendu.

 

Une leçon de base : toujours éliminer en premier l’inactif !
Raoul vise simplement le petit bout incandescent de la cigarette du numéro trois et presse la détente.

L’innocent clopio et tout ce qui se trouve derrière se volatilisent dans un magma écarlate peu ragoûtant. Celui qui protégeait le briquet du vent tente de ramener son pistolet mitrailleur en bandoulière à niveau en se baissant. La balle le touche au ventre immédiatement suivie d’une autre.

Bibi n’aime pas le ventre : c’est traître.

La tête et la poitrine c’est mieux.

Surtout si les mecs portent un fichu gilet.

Du coup, c’est instinctif chez lui et il double.

Pour être sûr.

 

Malheureusement, à peine le coup tiré, Raoul n’ignore pas - en bon professionnel qu’il est - que c’était son dernier. Autre certitude évidente : il n’aura pas le temps de recharger avant que le lascar au briquet ne le cloue au sol comme un papillon dans un cahier d’écolier.

Ce que Bibi ignore par contre c’est que son dernier adversaire – à défaut d’avoir des carences en langues étrangères – devait être une burne totale en math puisqu’il n’a pas compté les balles tirées et préfère se jeter sur lui en hurlant pour éviter une dragée qui ne viendra jamais.

Il lui tombe dessus de tout son poids et il est sacrément pesant, le rouquemoute !

Raoul a le souffle coupé un bref instant et la pêche en béton armé qu’il reçoit en plein dans le pif lui fait comprendre immédiatement que le mec n’a pas du jus de chique dans les biscoteaux et qu’il aime attendrir la viande.

Normalement à la baston, Bibi ne craint pas grand monde mais avec trois valdas minimum dans la carcasse et la moitié de son raisiné qui trempe le ciment, il sait qu’il va devoir en finir vite en lançant toutes ses dernières ressources dans la bagarre car une torpeur inquiétante l’envahit lentement mais sûrement.

Le type continue a lui balancer des marrons lestés au plomb en pleine figure en soufflant comme une forge, le visage écarlate de rage.

C’est une erreur fondamentale souvent commise par les adeptes des sports de combat qui aiment bien « marquer » la tronche de l’adversaire pour prouver leur supériorité au public.

Raoul se fout du public.

En plus ils sont tous seuls…

Il fait partie de ces mecs qui pensent que l’efficacité doit l’emporter sur la frime et que la vanité mal placée reste la première cause de décès avérée dans sa particulière spécialisation.

C’est ce qui explique pourquoi il ramasse stoïquement deux beignes supplémentaire en se préparant pour l’unique contre-attaque qu’il peut encore se permettre. Il canalise toutes les forces qui lui restent en un coup désespéré et envoie son bras droit, main ouverte en pointe, droit sur la pomme d’Adam du puncheur.

L’effet est immédiat : la gorge broyée, le rouquin se relève en se griffant le cou, les yeux exorbités, tentant de reprendre son souffle.

Bibi le voit qui se traîne vers son arme à terre, suffoquant et malhabile, déjà mort mais bien décidé à au moins emporter son assassin avec lui pour l’ultime voyage.

Puis il ne voit plus rien car il tourne de l’œil superbement.

Posted on jeudi 04 janvier 2007 à 13:21 in Viande hachée et Carpaccio - 99 comments

Raoul Bicarosse - dit « Bibi » - est un angoissé.

Il fait partie de cette race de personnes qui a l’extraordinaire – mais difficile à vivre – pouvoir inné de faire du préemptif sur de potentiels emmerdements dés que l’occasion se présente.

Le hasard - qui fait sois disant bien les choses - a nanti Raoul le stressé d’une compagne aussi soumise à la pression qu’un tuyau d’arrosage au fin fond du Mali. La charmante répond au doux patronyme de Micheline Beauregard et c’est une feignasse absolue dont les journées se résument à des reptations approximatives entre le lit, le canapé et le frigidaire (bien que l’ordre puisse varier, créative qu’elle sait être parfois !).

Il ne faudrait pas pour autant résumer Micheline la grosse baleine aux cheveux gras et filasse à ce fort basique triptyque quotidien. La nuisible est en effet dotée d’une langue aussi acérée et venimeuse qu’un aiguillon de frelon psychopathe qu’elle utilise à merveille sur son trop gentil – voire un peu couillon – compagnon.

Si Raoul Bicarosse est obligé de se fader cette mauvaise teigne à longueur de journée, c’est uniquement parce qu’il a perdu son dernier travail. Le pauvret aurait dû faire plus attention à ses affaires car l’inactivité impliquant de rester à la maison, Micheline lui donne de bonnes raisons de s’angoisser toujours plus et du matin au soir. 

Lorsqu’il était encore employé, jamais Raoul n’aurait imaginé l’étendue des dégâts puisque la baleine dormait lorsqu’il partait et allait dormir à son retour. Voilà bientôt un trimestre que le quotidien de Raoul se limite à se tenir à l’écart des chemins de passage de l’éléphantesque Micheline tout en tentant d’esquiver ses remarques empoisonnées. Sans grand succès.

Mais aujourd’hui, l’enfer se termine : il vient d’avoir Farid au téléphone et cette bonne âme lui propose un nouveau travail.
Et il commence demain.

Ce serait vraiment super si ça ne l’angoissait pas un poil quand même…

Raoul désignant le combiné salvateur du doigt comme s’il s’agissait d’une Sainte Relique puis annonçant avec un enthousiasme inhabituel mais un sens de l’image peu adapté au regard de l’interlocutrice :

- C’est la fin des vaches maigres, ma puce !

La seule réponse en provenance du canapé ou la ruminante des lieux s’abrutit miraculeusement toujours un peu plus devant le suspens insoutenable de l’épisode quotidien de « Derrick » est un grognement à faire pâlir d’effroi un dompteur professionnel.

- C’était Farid… lance subtilement Raoul pour ferrer l’intérêt de la baleine.

Visiblement tétanisée par une des trop nombreuses scènes d’action de son palpitant feuilleton, Micheline Beauregard lance un très définitif :

- Tu vois pas que je regarde la télé, là ?!

Pas décidé à laisser son inespérée joie foulée aux pieds sans combattre, le nouvel actif contre-attaque subtilement :

- T’aurais pu être en train de dormir, j’te ferais dire.
-
Et le fait que je dorme au lieu de regarder la télé devrait changer le fait que tu me déranges ? rétorque la mauvaise de toute sa hargneuse logique.
- C’est pas ça… C’est que j’ai un travail !!! tente désespérément Raoul.
- Et tu risques de le perdre avant la fin de « Derrick » ? grince méchamment Micheline.
- Ben non… couine pitoyablement l’ancien content.
- Et ça devrait perdurer aussi jusqu’après ma sieste ?
- Oui, y a pas de raisons.
- Bon ben on en causera au dîner alors ! Ca te laisse le temps de faire le ménage vu que tu seras pas là demain, conclue victorieusement la grosse en montant le son du téléviseur avec le doigté d’un déménageur reconverti en gynécologie, signifiant ainsi que l’incident est clos.

Il s’est fait ruser.

Non seulement ils n’ont parlé de rien durant le dîner mais l’exercice a visiblement tellement fatigué Micheline qu’elle est partie se coucher directement après, laissant un Bibi bien seul et pétri d’interrogations. Du coup, il a passé la nuit à ruminer pitoyablement ses idées noires pour s’endormir dix minutes avant que le réveil sadique ne se déclenche. Douché et rasé de près, il sort lentement du potage en sirotant prudemment son café trop chaud. Bien qu’il n’ignore pas que s’adresser avant midi à la marmotte neurasthénique qui partage sa vie équivaut à une déclaration de guerre, il balance, rusé :
- Tu sais ce que je me dis là ?

Le silence qui suit ne l’étonne guère mais Raoul, peu sujet aux provocations matinales, fussent elles molles, reprend :
- Je me dis qu’après tout ça va très bien se passer ! C’est vrai quoi :  c’est bien eux qui sont venus me chercher, non ?

Pleinement soutenu par l’adage selon lequel « qui ne dit mot consent », le grand couillon insiste :
- Je m’angoisse pour rien ! Tout va aller comme sur des roulettes. Bon au départ, faut que j’assure par contre. Et ça, ça m’angoisse quand même malgré que je SAIS que j’assure ! Mais ça devrait pas être dur de leur prouver que je suis un « pro » puisque c’est vrai. Quand quelque chose est vrai, ça DOIT se produire, hein chérie ?

Micheline qui sait pertinemment qu’il continuera à soliloquer tant qu’elle n’aura pas écrasé la rébellion verbale dans l’œuf :
- Pas forcément. Regarde : c’est VRAI  que tu me rends folle depuis hier avec cette histoire et c’est VRAI que j’ai pensé à te tuer et pourtant tu es encore assez vivant pour continuer à me saouler la vie.

Raoul, enchanté d’avoir finalement intéressé sa belle :
- C’est pas pareil, taquine… C’est parce que tu m’aimes !

Micheline, rendant les armes : 
- Oui d’accord c’est pour ça… Puis doucement les dents serrées : …et parce que je ne suis pas certaine d’obtenir l’acquittement !

Lorsque Raoul, gonflé à bloc de café et d’optimisme, lance un « J’y vais ! A ce soir, ma  pupuce. » tonitruant à Micheline, elle a la présence d’esprit de lui signifier avant de retomber dans les bras probablement musculeux de Morphée :
- Pars pas sans ton outil !
- Oups ! Merci, ma belle ! ricane bêtement Raoul en récupérant l’énorme revolver magnum dans le tiroir de l’entrée pour le glisser dans son holster d’épaule. Qu’est ce que je deviendrai sans toi ?
- Un gros con si tu ne l’étais pas déjà… achève Micheline dans un soupir.

Refermant la porte du pavillon à clef, Raoul sent l’angoisse s’amenuiser jusqu’à disparaître. Le pétard le rassure comme un vieil ami retrouvé sur lequel il peut toujours compter.

Il monte dans sa golf GTI achetée à crédit et s’exclame en frappant plusieurs fois joyeusement sur le volant en fourrure :

- Whoooputééé là c’est l’embellie : Bibi est de retour !!!

Raoul Bicarosse - dit « Bibi » - est tueur à gage.

Posted on jeudi 04 janvier 2007 à 11:26 in Viande hachée et Carpaccio - 29 comments

Salut lecteur !

Les textes qui composent cette section du Blog forment l'ensemble d'un roman que j'ai écrit il y a 4 ans (et pas mal retravaillé depuis).

A cette époque, je me contentais de produire des textes humoristiques ayant comme cadre le jeu en ligne Dark Age of Camelot.
Je les publiais ensuite sur des forums de joueurs comme JOL et La Librairie où l'administrateur - le charmant Kyriniaga - avait été assez gentil pour me créer un endroit rien que pour moi (http://daoc.l9c.org/).

Rien ne me destinait vraiment à me lancer dans un aventure aussi ambitieuse qu'un roman. N'eut été la création par mon ami de jeu Ekios d'un espace de publication sur le Net, je me serai d'ailleurs contentée de continuer à écrire mes petits pamphlets sans prétention aucune.
Non pas que ce "roman" ait une quelconque prétention pour autant...

Toujours est il que je décidais un beau midi de poser les bases de cette histoire rocambolesque au lieu d'aller déjeuner.

Je souhaitais travailler en mode "feuilleton" - c'est à dire en écriture directe sur le site de Ekios - afin de garantir la spontanéité du ton que j'espérais réussi. Un peu dans la logique des productions du début du siècle dans les journaux populaires ou - plus récemment - dans le style des séries "à climax" comme Alias ou 24. Une sorte de cocktail action/suspense/humour qui donne au lecteur l'envie irrépressible de découvrir la suite au plus tôt !

Lorsque je relevais la tête une heure plus tard, j'avais "pondu" deux chapitres dont la scrupuleuse relecture me donnait incontestablement l'envie de poursuivre l'exercice afin d'apprendre - idéalement à l'instar du futur lecteur - ce qui allait arriver à cette bande de bras cassés !!!
De fait, je dois vous avouer qu'avant de poser les doigts sur le clavier tous les midis avec une gourmandise toujours grandissante, je n'avais pas la moindre idée de ce que j'allais bien pouvoir raconter par la suite...

Pas de plan précis - pas même de synopsis - juste un ton par paragraphe reflétant étrangement mon humeur du moment comme j'ai pu le constater avec le recul. Toujours est il qu'environs un mois plus tard - et à raison de quelques pages chaque midi - je terminai le 11ème et dernier chapitre.

La version que je présente ici a pas mal été bossée. Pas sur le fond - qui reste aussi brut de décoffrage qu'au début - mais sur la forme, notamment les fautes, omissions et erreurs de cohérence les plus flagrantes.

Viande hachée et Carpaccio reste à ce jour mon expérience littéraire (sic) la plus palpitante car elle m'a permise de rendre inconsciemment hommage à des auteurs de grand talent comme Craig Rice et son Malone ou Joël Houssin et son Doberman  même si là encore, je ne m'en aperçus que bien plus tard.

L'exercice m'a aussi permis de constater que j'étais capable de me lancer dans des histoires romancées plus exigeantes que mes simples délires rigolos habituels comme je l'illustrais par la suite avec "Aèfkabio" et "Monsieur Social" entre autres choses...

Pour tout vous dire, j'avais même commencé à écrire une suite à ce roman étrange dont le ton et le traitement ne sont rien d'autre qu'un "Roman de gare" à l'ancienne autant taillé pour devenir une série que l'expression nostalgique de ces années 80 ou les collections policières les plus prestigieuses côtoyaient les bouquins les plus improbables dans les rayonnages.

Mais assez déblatéré !
Lecteur, je te souhaite autant de plaisir à me lire que j'en ai eu à écrire et je t'encourage à me laisser tes commentaires - quels qu'ils soient...

Halaguena

Posted on jeudi 04 janvier 2007 à 11:21 in Viande hachée et Carpaccio - 33 comments

Hier soir, je suis allée voir Motörhead au Zénith de Paris.

J'y suis allée car mon vieux complice Totoze1st m'avait offert une place pour mon anniversaire.
Sans celà, je ne pense pas que j'y serai allée et ce pour deux raisons majeures.
La première c'est que je n'écoute plus vraiment ce genre de musique aujourd'hui.
La seconde parce que je n'aurai jamais cru que Motörhead existe encore...

Mon bilan de la soirée est simple : c'était dément !!!

A 62 piges (), l'emblématique Lemmy Kilmister a toujours cette voix aussi cassée et inadaptée au chant mais nom d'un petit bonhomme, quelle énergie !!! D'autant que s'il est le seul survivant du trio original, il s'est entourré de deux "jeunots" qui n'engendrent pas la morosité !

Le show aura duré 1h40 et les morceaux du dernier album - visiblement excellent pour ce que j'ai pu en entendre - n'ont pas empêché les "vieux fans" de profiter des standards du groupe. S'agissant des "tubes", j'ai déploré de ne pas avoir entendu "Bomber" mais le rappel sur "Ace of Spade" (hallucinant !!!) et "Overkill" (pire que tout et pourtant habituellement pas vraiment un de mes morceaux fétiches...) auront fait de ce concert un de mes grands souvenirs.

Bon...
J'ai probablement perdu quelques dixièmes à chaque oreille mais c'était le prix à payer non ?

Sinon je n'ai toujours pas la réponse à la question que je me pose à chaque fois que je vais voir des groupes "très marqués" - que ce soit du punk ou du Psycho - et qui concerne le public : dans la journée, OU sont ces plusieurs milliers de tarés tatoués et percés de partout qui composaient hier soir le fer de lance le plus marqué du public de Motörehad ?!

Quoi qu'il en soit, j'espère être de la fête la prochaine fois que Lemmy et ses copains viendront sur une scène française lancer leur devenu légendaire "Hey there !!! We're Motörhead !!! We play rock'n roll and we're gonna kick your ass !!!"

Posted on vendredi 08 décembre 2006 à 11:16 in le Bouzin - 27 comments

Le message qui suit date lui aussi de mon "époque Dark Age of Camelot" et il risque de rebutter les éventuels lecteurs qui ne seraient pas familiers avec le langage propre aux MMORPG et plus spécifiquement aux combats en jeu entre joueurs (PVP / RVR). Pour autant, j'espère que le contenu reste intelligible pour le profane.

Historiquement, ce "récit" qui tient plus finalement d'un lamentable monologue était  à l’origine une réponse très nuancée que Chieuse Grave la Kobi avait dispensée à un gentil forumeur de Jivécé qui s’étonnait de ne pas « roxxer en RvR » - entendez par là tout massacrer lors des affrontements entre habitants des Royaumes qui composent la toile de fond du jeu DAoC.

A l'époque, j'avais légèrement modifié la réponse et étoffé un peu l’ensemble mais sans en trahir l’esprit (si tant est que le mot soit adapté concernant cette saleté de Kobold…). Allons y et préparez-vous au pire puisque Chieuse qui parle de frag et de kills c’est un peu Halaguena qui parle d’orientation :


Hin Hin Hin
L’aut’ hé qui se fait aplatir le zizouyo en RvR…
Bon allez tiens, j’ai pitié !

Poussez vous, j’explique !!!

Alors tu vois en fait c’est vachement fastoche d’être une vraie bête de guerre mais faut y aller avec de la méthode…
La Méthode, c’est la base pour devenir une méga RoXXeuse de la mort qui tue tout en fait !!!

Genre moi, tu vois…

D’ailleurs on va me prendre comme exemple pour expliquer.
D’abord paske ce sera plus fastoche  pour moi cause que je maîtrise le sujet à fond pis surtout paske moi je suis une pure terreur, tu vois !
Rien que si les méchants ils voient mon nom dans les logs il balisent.
Genre tu lags en arrivant parce que le serveur est gavé, genre les méchants voient « Chieuse » et on est plus que trois sur le serveur : Halaguena la naine qui comprends rien et peut être un autre touriste qui était AFK pour faire pipi mais qui se sauvera aussi à peine il est revenu tellement il va trembler !

Tu vois où je veux en venir là ?
Nan ?!
T’es spé truffon, c’est ça ?
Bon j’explique un peu plus alors…
T’inquiète, j’ai l’habitude, y a un nid sur Midgard !
Ce que je viens de dire là c’est ta RE-PU-TA-TION !!!
Si tu veux RoXXeR en RvR, ta réputation fera déjà 50% du boulot concernant le taouanes que tu colleras à tes ennemis…

Ta réputation peut être de plusieurs types par contre.
Prends la naine là avec son œil lumineux genre Nécrite mort à coté de moi là, c’est Halaguena la Guérisseuse.
Ben tu vois, elle a beau être 50 avec du matos spellmachin et tous pleins de trucs qui brillent partout, elle a une réputation de nouille !
Pas uniquement à cause de sa classe de Ouik hein, même si ça aide pas !
Nan simplement parce que elle ne SAIT PAS RoXXeR et qu’en plus elle s’en fout…
Ajoute en plus qu’elle le reconnaît et va jusqu’à le dire et tu comprendras que ça va ricaner sec si les méchants savent qu’elle déboule sur un champ de bataille…

A l’inverse, tu me prends moi, tu vois…
Moi j’ai du matos de quiche qu’est bleu depuis deux niveaux, un template de patate totale et les réflexes d’un panda léthargique MAIS je ne reconnais pas que je suis une crêpe totale !
JAMAIS faut reconnaître ça !
Même tu mens s’il le faut !
Tu t’en fous !!!
TU te fais TA réputation de RoXXoR et peut être qu’à force de saouler ton monde, un jour où tu te connecteras, les méchants ils se diront « Ah ouais tiens je connais ce nom… »
Après t’es peinard tu vois…
Ils ne se diront pas « je connais parce que c’est une pauvre mytho ! » t’inquiète !
Ils se diront que s’ils se souviennent de toi, c’est que tu dois être une pure pro…
Paske l’ennemi aussi c’est un gros mytho en fait et qu’il se trimballe un Ego alourdi au plomb fondu donc il ne peut pas avoir embarrassé sa petite mémoire avec le nom d’une buse…
A part peut être dans le cas de Halaguena mais elle c’est tellement le méga contre-exemple que ça compte plus…

C’est bon pour la réputation ?
Ok alors maintenant je t’explique la technique !

En fait la technique tu t’en fous complètement…
Faut être opportuniste, très lâche et SURTOUT savoir raconter la bagarre après !
Même si tu paumes.
Vaut mieux un combat perdu bien raconté qu’une bagarre gagnée mais sans attrait ensuite.
Comment ça « Pourquoi » ?!
Mais enfin parce que des combats en RvR y en a toutes les deux secondes, bananes !
Si tu te contentes de dire « Ah ben moi j’ai fragé Bidule, Machin et Chose à la chaîne ! », quelle va être la réaction des autres d’après toi ?

MAIS NON ils vont pas être impressionnés, andouille !!!

C’est pas vrai de voir un ballot pareille…
Allez assieds toi confortablement et écoute BIEN ce que je vais te dire : tu racontes en t’adaptant au public sinon tu te fais ramasser !

Déjà dis toi que les mecs qui t’écoutent en fait ils t’écoutent pas puisque tu es un RoXXoR qui raconte à des RoXXoRs.
Même s’ils causent pas, ils s’écoutent EUX pendant que TU racontes paske de toute façon tu ne PEUX PAS être meilleur qu’eux !

C’est comme ça !

Quand on est un RoXXoR en RvR, on aime pas qu’un autre RoXXoR raconte ses RoXXaGes et pis s’tout !!!
Donc si tu es vraiment meilleur que les RoXXoRs à qui tu causes, tu vas te ramasser dans les dents que tu étais BuffBoté – mais pas tes cibles – avec du matériel que même Légion et le Drake ils peuvent pas se le payer – mais pas tes cibles – et que même peut être tu as triché…
Dans DaoC, tu peux pas être bon simplement parce que ça agace.
Pis de toute façon dis toi que les bons se foutent pas mal de jouer les RoXXoRs vu qu’ils sont déjà occupés à être bons…

Donc en fait tu diras jamais que tu as explosé trois nounouilles en les enchaînant mais tu feras durer le suspens car les autres ils attendent que tu arrives simplement au moment où tu broutes le gazon pour t’assommer de conseil et sous-entendre que EUX se seraient pas fait démonter s’ils avaient été dans ta situation…

Comment ça « mais c’est tout du pipeau » ?!
Mais on s’en fout puisque le but c’est de RoXXeR en causant, pas forcément en vrai allons !!!
Que je raconte « comment ça se passe en vrai » ?!
Ah mais c’est naze en vrai !!!
C’est pas épique !

Pfffff…
T’es un gonflant dans ton genre toi !
Bon…
Alors je te fais un mélange, d’accord ?
Je te raconte un truc TOUT BIDON mais avec un peu d’emballage pour que ça fasse quand même intéressant pour les autres, ok ?
Comment ça « Nan tu veux vraiment savoir !!! » ?!
Bon…
Ben allons y alors…
Mais c’est chiant en vrai…

Déjà, tu t´approches en fufu comme une grosse faux cul et tu choisis une cible toute Ouik si possible en tissu, de niveau inférieur à toi, idéalement un peu mâchouillé par les copains ET SURTOUT SEULE !!!
Quand c’est fait, t’y sautes dessus comme une grosse hyène !
Tu tapes lâchement UNE FOIS sur ta cible !!!
Moi avec mon template de tache, j’y vais de dos avec mes deux armes.
La cible elle se prend au choix un beau doublé qui peut être une saleté de maladie, un gros poison qui suinte, un ralentissement qui fait rire ou un debuff pourri DANS SA GROSSE TRONCHE DE CIBLE QUI PUE...

PIS TU TE SAUVES AVANT QUE TA CIBLE NE SE VENGE PASKE LES CIBLES C´EST CON ET QUE CA SE REBIFFE DES FOIS !!!
VACHEMENT FORT MEME !!!
Surtout que des fois tu merdouilles un peu et tu te trompes…
Tu penses taper un magicien tout faiblos et tu tombes sur un Moine.
Les Moines, c’est pas trop les modèles Don Camillo sur DaoC…
C’est plutôt le genre Jet Li en stage à Shaolin alors faut les éviter pire que les Nécrites à part qu’eux c’est pas pour l’odeur mais les coups de bâtons !
Donc on dit que c’est PAS un Moine mais un vrai mago nazouille que tu as tapé avant de te sauver…

Donc il est là à gémir car il a méga mal tu vois…

Hin Hin Hin

« Ahhhhhaa j’ai mal !!! Aaaahhhhh !!! » qu’il dit.
Mais aussi il est content parce que tu es reparti tu vois…

C’est ça la super ruse en fait et pour ça les cibles elles sont souvent nouilles !
Elles pensent que comme tu es reparti ben elles ont eu de la chance quoi !
Que peut être il y avait un copain à la cible qui était autours et que tu t’es sauvé, tu vois…
Alors des fois même elle cause toute seule la cible pour se rassurer !
Elle dit des trucs genre « Ah ben merci au fufu qui est pas loin paske là j’ai failli avoir des soucis ! » mais toi tu comprends pas paske la cible elle cause la Conserve ou le Noreille et que tu piges pas ce qu’elle dit même si t’imagine et que ça te fait marrer paske la cible elle se goure…

Hin Hin Hin
C’est con une cible aussi faut dire…

Pis là, elle finit enfin par se dire que t’es parti faire autre chose genre plus la taper du tout alors elle est contente et elle s’assoit même.
Et toi tu reviens...
Pendant que la cible elle est le cul par terre à cause des trucs cités plus haut que tu lui as collé dans la trombine...
Elle est vautré en confiance en se disant « Ouhlala ça fait bobo le poison mais ça va passer… Ouhlala pas toucher… »

ET TOI « PAF » !!!
TU LA RETAPES VACHEMENT FORT PENDANT QU´ELLE EST SANS DEFENSE AVEC DES NOUVEAUX TRUCS MECHANTS QUE TU LUI AURAIS PAS COLLE DANS SA TETE LE PREMIER COUP !!!

Et elle saigne la cible !!!

Hin Hin Hin

Et elle a vachement maaaaaaaaaal !!!

Ouuuèèèèèèèèè

PIS ELLE COUINE !!!

Mais toi tu te laisses pas attendrir et tu la tapes encore plus fort paske faut pas croire que la cible elle se laisse taper comme ça, non !!
En fait c’est une grosse traîtresse !!!
Normalement elle se met à courir comme elle peut mais elle est en train de dire à ses copains " Ouiiiiinnnn OSCOUR ON ME FAIT DU MAL ALORS QUE J’ETAIS ASSISE ET TOUTE MOISIE ! !!!"

Hin Hin Hin

Et pis là elle meurt la cible !!!
Comme une grosse tanche de cible...
Paske toi tu l’as tapée encore et encore dans son dos en rotin…

Ouèèèèèèèèèèèèèèèèè !!!

Et toi tu y tires la langue avant de te sauver mais une seule fois paske ses copains ils vont venir pour te taper paske ils aiment pas que tu fasses du mal à leur copain quand il est assis, les copains de la cible...

Et pis voilà !
T´as gagné et pis t´es le plus fort !!!

Hin Hin Hin

Bon...
Des fois la cible elle est assise et moisie mais autours y a VRAIMENT pleins de fufus comme toi qui attendent un fufu comme toi qui est assez con pour se faire piéger par l´appât qu´est assis.

Mais je raconte pas paske là c´est moins marrant...

Posted on mardi 23 mai 2006 à 12:39 in Chieuse Grave - 90 comments
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