Tandis qu’il traverse à grandes enjambées décidées le parc plongé dans la pénombre qui flanque l’Hôpital central, Rachko le balafré se dit qu’il a un triple problème : il parle français comme Dolph Lundgren dans Rocky IV en version Québécoise, se trimballe globalement le même physique de montagne que l’acteur et surtout, sa tronche ravagée attire l’œil.
C’est amusant d’ailleurs cette fascination malsaine des gens pour ce qui fut visiblement beau avant de se transformer en vision de cauchemar. Il est évident que le Monstre avait jadis un visage à la symétrie parfaite et le peu de personnes qui osent le regarder plus d’une seconde sans ciller se posent systématiquement la question à deux balles : qu’à t’il bien pu arriver à ce pauvre garçon pour qu’il soit ainsi défiguré ? Rapidement, ces mêmes curieux se préoccupent simplement de leurs affaires s’ils croisent par malheur le regard mort du barjot tant il irradie une inhumanité glaciale.
Le fait est que tous ces éléments ajoutés rendent un poil difficile la visite que le Géant a prévu de rendre à Dragan depuis qu’il a appris le fiasco de la dernière opération. La dernière piste pour retrouver la Fouine et sa bande s’arrête chez ce Max « le pianiste » qui a disparu de la surface de la terre. Comme par hasard. Du coup, sans une petite discussion avec l’hospitalisé survivant, Rachko doute de pouvoir retrouver ses proies avant que le patron ne s’énerve vraiment. De plus, il ne sait pas ce que le cinglé du rasoir a raconté aux poulets. Dragan a une peur bleue du balafré et ne lâcherait jamais le morceau mais certaines drogues peuvent annihiler la terreur la plus absolue et permettre aux policiers de remonter jusqu’aux commanditaires.
Ce qu’il préfèrerait éviter…
Fort heureusement, Rachko est un pragmatique.
Pas toujours un modèle de finesse dans son approche mais c’est plus par choix et amour du danger que par manque de créativité car il est avant tout un tueur brillant qui sait parfaitement évaluer les risques et les enjeux. Il sait par exemple que - la nuit tombée – les équipes hospitalières sont réduites, les visiteurs quasi-inexistants et les personnels de sécurité fatigués.
Avec les contacts privilégiés que la position de son patron autorise, il sait aussi que ce crétin de Dragan est en réanimation au troisième étage. Vu qu’il envisage d’animer le virtuose du rasoir juste le temps de lui poser quelques questions pour ensuite l’inanimer définitivement, ça lui convient plutôt bien.
Seul souci qui peut s’avérer majeur pour les statistiques de la préfecture de police : avec sa tronche de cake pré-découpé, il ne peut pas se permettre de croiser une seule personne en la laissant en vie. Rien de fondamentalement méchant dans cette radicale approche mais un simple constat selon lequel un procès sans témoin est plus facilement gagné. Comme personne n’est à l’abri de se faire poisser de nos jours…
Revigoré par sa charmante ballade à pied, Rachko fixe les silencieux au bout de ses deux monstrueux automatiques avec application et pénètre dans l’hosto par l’entrée des urgences fort idéalement déserte.
Il a l’impression d’être le T800 pénétrant dans l’immeuble de Police dans le premier « Terminator ». A part que Sarah Connor était nettement plus sexy que Dragan et qu’il espère qu’il n’y aura pas un hypothétique John Connor pour lui casser les roubignoles…

Mollement vautré dans son lit d’hôpital, le lieutenant de police Franciné N’Ganno n’en revient pas !
Il a morflé deux balles dans la peau, a niqué irrémédiablement son plus beau costard et la seul chose que ce fumier chaud de Greg le Dèg trouve le moyen de faire est de lui envoyer cette andouille de Mat pour le cuisiner. Même pas une petite boîte de chocolats pour le réconforter !!!
S’empiffrer lui aurait permis de passer le temps entre cette fichue douleur au coté et l’autre pignouf de Didier Leçon qui ronfle comme un sonneur dans le pieu d’à coté.
Coté bilan général en tout cas, ils ont vraiment eu beaucoup de chance d’après le toubib.
Dans le cas de Franciné, les bastos ont traversé la viande sans rien endommager de sérieux. Ca ne l’empêche pas de grommeler en considérant son corps superbe plus adapté pour recevoir les savantes caresses de ses copines que des balles de Scorprion Enfin puisque c’est fait, il va falloir rentabiliser ! Lui qui ne demande qu’à retirer ses fringues dés lors que les copines font pareil, il pourra ajouter à ses technique de drague un couplet héroïque pas inintéressant. Une chance qu’il n’ait pas mangé une valda dans une partie sournoise ou qui fait rire…
« Genre dans le pied », pense t’il en regardant son collègue en gloussant bêtement. « Ca doit faire un mal de chien et c’est même pas valorisant à montrer à une fille, un pied. Le bras et le coté du ventre au moins ça en jette ! Y a qu’à voir dans les films : le héros ne prend jamais de un coup de feu dans un panard, ça ferait marrer les spectateurs. Heureusement pour Didier qu’il se fiche des gonzesses en fait. Enfin ça serait plutôt les nanas qui se fichent de lui mais au final ça revient un peu au même. Didier c’est bien le genre à flamber devant une touffe en exhibant fièrement son pied troué d’ailleurs. Quand on porte des cravates comme les siennes, on a vraiment honte de rien et ça devient presque un avantage.
Jusqu’à la fusillade, Franciné pensait pouvoir un jour aider ce guignol à devenir présentable mais maintenant qu’il l’a vu oser enfiler sa cravate en cuir rouge sur sa veste de pyjama d’hôpital, il comprend que c’est une cause perdue. Resterait bien les godasses pour arranger l’ensemble mais vu l’état de ses panards au Didier, il est pas prêt de remettre des pompes neuves avant longtemps.
Ou alors les boites d’emballage ; à la limite piquer ses « tongs » au Yéti mais pour de l’Italienne cousue main, faut oublier !
L’envie d’uriner ramène le jeune black sur terre. Il massacre une fois de plus le bouton d’appel en maudissant l’infirmière de garde puis repense aux évènements qui l’ont conduit ici. Malgré les quelques éléments que Mat la Bat leur a communiqué durant le débriefing improvisé, il ne comprend pas bien ce qui leur est arrivé. Ils viennent juste faire un gentil contrôle de routine et tombent en pleine guerre totale. Il tord comiquement sa bouche en pensant qu’il n’a pas fini d’entendre le commissaire la ramener avec ses conneries habituelles…
« TOUJOURS porter son gilet, bande de navets ! C’est lourd et ça fait transpirer mais si vous êtes fatigués et puants c’est que vous êtes vivants !!! »
« TOUJOURS être sur vos gardes car ceux d’en face ne sont pas là pour vous talquer les fesses, tas de quiches ! Ou alors à la poudre !!! »
« TOUJOURS une main sur le flingue et l’autre sur vos couilles, grappe de moules ! Mais faites gaffe de ne pas vous tromper quand vous dégainez !!! »
Un poète, le commissaire…
Mais pour le coup, il avait pas tort.
Mais qu’est ce qu’elle peut bien être en train de faire, cette feignasse d’infirmière ???
Et pourquoi ces andouilles l’ont ils collé dans la même piaule que l’autre turbine à ronflements ? Cet emmerdeur de Didier le gêne même quand il pense avec ses bruits de bête malade. Il l’étoufferait bien avec un oreiller mais aurait du mal à faire croire aux toubibs que l’asphyxie est une résultante d’une brûlure aux arpions.
« Pardon, docteur ! Le pansement a glissé ! »
A oublier, ça va pas le faire…
Ah ben justement, l’inspecteur Leçon est en pleine envolée lyrique de grognements qu’il en vient à s’étrangler et roule sur le coté pour redevenir à nouveau paisible. Cette inespérée période de rémission permet à Franciné d’apprécier enfin le silence de la nuit avant de distinguer avec joie la reptation pataude en provenance du couloir qui annonce l’arrivée de Miss Bassin.
C’est alors qu’il entend clairement le double « plop » caractéristique d’un réducteur de son et la chute étouffée d’un corps. Dans son état, il ne se sent pas trop chaud pour aller jouer les cow-boys. Il désactive l’interrupteur d’urgence du lit pour éviter d’attirer le propriétaire du flingue pas suffisamment silencieux à son goût et se laisse tomber dans le lit, immobile. Agacé par sa lâcheté, il reporte sa frustration sur la victime en blanc en se disant qu’elle se serrait magnée le derrière de lui apporter le bassin, elle serait peut être encore en vie, cette feignasse !
Pendant dix secondes, il reste là, tentant de se persuader qu’il en a assez fait pour aujourd’hui. Puis il constate que l’envie d’uriner l’a quitté d’un coup, remplacée par une honte déjà pénible. N’Ganno est un garçon courageux qui considère son métier comme une noble mission. C’est en outre un bien piètre menteur, surtout lorsqu’il s’agit de s’abuser soi même. Conscient de faire une grave erreur, il descend en grimaçant de son lit, s’approche de Leçon et plaque sa main sur la bouche du ruminant ce qui a pour effet de déclencher un bond de trois mètres et des tortillements de lombric tronçonné chez l’homme à la cravate.
- Doucement, Didier… On a un problème…

- C’est clair pour tout le monde ? grince le commissaire principal Grégoire Marmand aux cinq hommes qui lui font face dans la petite salle de briefing de l’anti-gang.
- A ceci près que ton Bibi peut être n’importe où, Greg, minaude le commissaire principal Antoine Morelli, l’éternel meilleur ennemi de l’équipe de Marmand car commandant la deuxième cellule « action » de l’OCRB.
- Si j’avais eu une adresse où aller lever ces enfoirés, je n’aurai pas besoin de ta bande de bras cassés sur ce coup, Antoine. La seule chose qui nous rattache encore à Bibi et le mystérieux homme momie qui l’accompagne – à priori Farid « la pierrade » qu’on a pas retrouvé dans le charnier de l’entrepôt - est l’Audi que la vieille voisine a vu démarrer juste après le carnage.
- C’est maigre.
- Moins que ton QI ! J’ai donc demandé votre coopération, les filles ! Mais si vous avez décidé de me chier dans les bottes, je vous préviens à l’avance que ça va éclabousser grave autour.
- Calme toi, Greg. On cause là…
- Non on cause pas, bougre de gland ! J’ai un de mes gars qui risque de ne plus pouvoir se déplacer sans roulettes et l’autre qui a morflé deux balles dans le buffet alors j’estime qu’on a assez causé. Je veux ces mecs et je les veux maintenant.
- Mais merde arrête ! On a beau se tirer un peu dans les pattes, Franciné et Didier sont aussi nos collègues et neutraliser ceux qui sont responsables de leurs misères est aussi notre priorité. Avoue aussi que là c’est pas des renforts qu’il te faut, Greg, c’est un magicien ! s’emporte Morelli.
- David Coperfield est pas libre et Garcimore mange les pissenlits par la racine alors vous sortez vos baguettes magiques et vous me faites un putain de miracle !
- T’es gentil franchement !!! Tu nous demandes de laisser de coté les affaires courantes pour vous épauler toi et ton équipe mais arrivé là, tu nous engueules sans nous donner un seul élément d’enquête utilisable !!! achève le concurrent de Marmand avec un mauvais rictus.
- C’est vrai Antoine… avoue Greg le Dèg’ en se passant la main sur les yeux. Je perds les pédales ! J’ai pas la plus petite piste… Seulement un tas de cadavres et des flingueurs ultra dangereux dans la nature avec des Mercenaires tarés au cul dont j’ignore les motivations…
- Bon ben revoyons les faits ensembles, tempère Antoine Morelli qui retrouve sa bonne humeur coutumière, conscient de l’abattement qui frappe Marmand. Ton autre type troué de la fiole qu’ils ont retrouvé avec tes lieutenants, il a toujours pas refait surface ?
- J’ai laissé un képi à sa porte pour qu’il le surveille et nous informe dés qu’il aura repris connaissance. Quoi qu’avec le cervelet percé, il risque d’être un peu à l’ouest, le bonhomme ! Avec les barrages et les contrôles qu’on a mis en place, on pense que Bibi n’a pas pu faire beaucoup plus de 150 bornes autour de Paris s’il en est sorti. Une bagnole rouge de ce genre, ça se retrouve. Et encore plus facilement quand un type avec la gueule pleine de pansement est dedans. Dur à planquer en plein été et l’option passe-montagne ferait un peu gag…
La sonnerie du téléphone allège un peu la tension. Mat la Batte décroche et tend le combiné à Marmand.
- C’est l’hosto… Franciné…
- Il dort pas à cette heure celui là ? C’est bien ma veine d’être tombé sur un blackos bosseur tiens !!! Passe le moi… Alors Néné, c’est la déprime parce que les embouts de pistolet à pipi acceptent pas ton démonte-pneu hors norme ?
Le commissaire principal de l’OCRB se décompose en une seconde.
- On t’envoie des renforts tout de suite mais le laisse pas partir, Franciné ! Et protège le troué de la tronche, c’est notre dernière piste sérieuse ! (…) Je m’en cogne que Didier puisse pas marcher, il a qu’à te couvrir à plat ventre !!! Zêtes à l’Anti-gang, bordel !!! Si vous vouliez vous glander, fallait devenir contractuel !
Greg le Dèg prend une seconde ligne téléphonique et s’adresse aux hommes présents dans la pièce en même temps.
- L’hôpital est attaqué par une espèce de géant monstrueux d’après le lieutenant N’Ganno. Après le coup du zombi escouillé , je me demande s’il ne nous fait pas un peu de fièvre genre Vaudou, l’africain, mais dans le doute, on fonce. Vous me prévenez les képis les plus proches, j’appelle l’unité du Raid même si ça me fait mal aux chevilles.
- T’as dit à Néné de s’en mêler, Greg ? demande Mat la Batte.
- Je lui ai dit de faire ce qu’il pouvait avec Didier, oui.
- C’est moi qui ai leurs flingues. A cause de l’enquête administrative obligatoire…
- Vacherie ! Faut faire fissa sinon on va avoir une deuxième brouette de macchabées sur les bras.

Le commandant Pougin de Gérinand-Lacroix devrait être la quintessence de l’efficacité policière puisqu’il commande la légendaire équipe tactique du RAID, les fameux commandos de la police nationale. En fait, c’est une nullité crasse absolue dont les seuls atouts sont d’avoir une famille aussi puissante que présente dans la nébuleuse des ministères.
Lorsqu’il reçoit l’appel du capitaine Grégoire marmand, le fameux Greg le Deg’ de l’OCRB en personne, qui lui demande son aide, il se fend d’un grand sourire satisfait en raccrochant. Une fois n’est pas coutume – soucieux qu’il est de ne jamais mélanger les torchons et les serviettes – le Noble engoncé dans sa tenue de combat toute neuve descend carrément dans l’entrepôt ou sont en train de s’entraîner les « Ninjas » de son commando. Il monte fébrilement sur le capot d’un véhicule tout terrain, glisse minablement, se fait méga mal au genoux, sert les dents, se redresse péniblement puis écarte les bras comme le messie requérant l’attention d’une foule innombrable avant de s’adresser à ses ouailles surprises en pleine séance de glandite aiguë :
- Messieurs, les pathétiques pantins de l’anti-gang ont un problème ! Il semblerait qu’un suspect extrêmement dangereux fasse un massacre à l’hôpital central. Etant les plus proches du site et considérant que nous pouvons être confrontés à une prise d’otage, nous intervenons en premier. Nous devons prendre la cible vivante pour les besoins d’une enquête en cours chez ces messieurs les cow-boys et surtout protéger les deux inspecteurs blessés déjà hospitalisés sur place qui sont probablement engagés dans l’action à l’instant ou je m’adresse à vous.
- Cette histoire ne sent pas bon, mon commandant, renâcle le capitaine Christian Ricard en calottant un de ses hommes qui couine à cause qu’il a pas le module de sauvegarde de partie et aimerait bien terminer son niveau de « Rayman » sur sa game-boy.
- Je partage entièrement votre sentiment, mon petit Ricard, reprend de Gérinand en pointant un doigt superbement ganté sur son adjoint. D’autant que nous devons faire dans le chirurgical pour permettre à Greg le Dèg de mener à bien son affaire.
- Sans vous offenser, je peux pas les voir ces enflures de l’anti-gang, mon commandant, s’énerve Ricard en écrasant la Game-boy tentatrice à coup de rangers non sans oublier ensuite de motiver de la même façon le commando en sanglot à monter dans le fourgon d’intervention. Ils ne jouent pas franc-jeu une fois de plus et nous risquons de nous heurter à forte partie par leur faute. Ce serait bien dans leurs méthodes de nous envoyer au casse-pipe soit disant contre un seul mec rien que pour nous voir nous vautrer quand on s’apercevra qu’il y a une armée !
- Moi non plus je ne les aime pas, mon petit Ricard, moi non plus… Et je sais bien que Marmand et ses sous-fifres sont aussi vicieux que mécréants. C’est pour ça qu’on débarque et qu’on tire dans le tas.
- Mais… s’étonne Ricard qui est un sanguin mais pas un tordu. Et les deux officiers blessés ?
- Dieu reconnaîtra les siens, pontifie le Noble. Enfin ceux qui ne seront pas trop abîmés…

- Sans nos armes, ça pas être de la tarte à la rhubarbe, murmure le lieutenant N’Ganno en affirmant sa prise sur la béquille tout en surveillant par l’entrebâillement de la porte le Géant balafré qui entre doucement dans une nouvelle chambre.
- On ne va quand même pas l’attaquer à la crotte de nez, ton Monstre ! gémit l’inspecteur Didier Leçon. Passe encore qu’on tente un truc en étant armés mais là, c’est n’importe quoi ! On est des miraculés, mon pote ! Demander un autre miracle dans la même journée ce serait abuser, crois moi.
- Ce mec a sulfaté l’infirmière de dos sans hésiter, Didier. Je ne sais pas à quoi il tire mais tu n’auras qu’à voir les trous qu’il lui a fait pour te convaincre qu’il faut que nous intervenions. Et ça fait trois piaule ou il rentre et d’où il sort en sulfatant les malades. Si on ne tente rien, il va transformer l’hôpital en abattoir et je ne pourrai pas vivre avec ça.
- Ben moi je préfère vivre avec des remords – même terribles et qui empêchent de dormir – que clamser bêtement pour les éviter et dormir définitivement …
- De toute façon on te demande pas ton avis ! Greg le Deg’ a été clair : nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher le Géant de dézinguer le Troué de la tête !
- Mais pourquoi t’as appelé le commissaire aussi, pauvre innocent ?! gémit le Cravaté. C’était évident que Marmand nous enverrait au charbon : il est complètement fondu !!! Et peut être que le Géant est un mec cool qui ne fait que passer et qui ne vient pas pour descendre le Troué, tu sais…
- Mais oui, Didier ! En attendant, on va sortir de cette piaule et aller appréhender le Géant cool qui se ballade peinard en shootant le personnel hospitalier et les patients sinon j’explique à Greg que tu as aussi paumé tes burnes pendant que tes panards rôtissaient, il appréciera !
- Balance !!! s’insurge le maigrichon rôti avant de tenter une nouvelle approche. Réfléchis un peu, Néné : il y a une sentinelle en faction devant la porte du troué, bon sang. Et elle est armée. C’est quand même pas toujours à nous de nous y coller !!!
- Je suis certain que le planton n’est pas à son poste sinon le géant l’aurait déjà refroidi et ne chercherait plus la piaule du Troué, c’est évident. Assez parlé, faut qu’on arrête ce malade.
- C’est ça ! Je lui lance du pipi à la figure et tu prends sa tension jusqu’à ce que mort s’en suive ! Mais merde, Franciné !!! C’est toi qui m’as décris la taille des flingues qu’il se trimballe !? Je pensais même pas que ça existait des machins pareils !
- C’est pas la taille qui importe, Didier ! Et tu devrais être content qu’un black comme moi avec une vraie biroute le confirme à un cul blanc comme toi équipé d’un matos décoratif.
- Ah ça c’est vraiment d’une finesse… Faut toujours que ça finisse au niveau du slip avec toi de toute façon !
- Ben non justement ! Pour une fois je vais écourter la discussion habituelle sur le zizi et on va aller fumer le salopard aux deux canons ! Tu vois, tout arrive !
- Et si je t’accorde pour une fois que les noirs ont des plus grosses quéquettes que les blancs… tente avec un sourire niais le pauvre Leçon.
- Me gonfle pas avec des évidences, Didier. On a assez perdu de temps maintenant. On sort, on cherche le Képi et on le prévient du problème. Il est armé, lui. Après, on avisera. J’ouvre la porte et on fonce.
- On fonce qu’il dit l’autre… Je fais comment moi avec mes panards comme des pompes de ski ? Je prends un cours accéléré pour avancer sur les mains, pauvre pomme ?
- Monte dans le fauteuil roulant, je vais te pousser !
- La dernière fois que tu as conduis, je sais où ça nous a mené… assène le rancunier.
- Ben mets pas ta ceinture cette fois !
- Oh qu’il est drôle !!! Infirmière ! Pitié le bassin, mon collègue est un marrant !

Tout va de travers !
Cet abruti de flic qui fait du gringue aux hôtesses d’accueil au lieu de surveiller la chambre de Dragan et qui sort son calibre, obligeant Rachko à le dégommer puis le personnel qui grouille dans les couloirs pire que des cafards. Dire qu’il paraît qu’ils sont en sous-effectifs dans les hôpitaux Français ! Ils devaient faire du préemptif sur son passage le jour où ils ont fait l’annonce.
N’empêche que sans la sentinelle pour repérer la chambre du blessé, il faut être méthodique. Ca devient pénible d’ouvrir les portes les unes après les autres pour s’assurer du contenu. Dommage pour les insomniaques qui ramassent leur petit « plop » définitif s’ils ont le malheur de dévisager leur curieux visiteur.
La dernière patiente qu’il vient de « soigner » l’a vraiment contrarié.
Quelle vieille carne à brailler comme une sauvage pour avoir ses cachets !!!
Mauvaise avec ça !
Et exigeante, la momie !
A dégoûter les pauvres infirmières du métier, ça c’est certain !
Enfin…
Vu les pilules qu’elle a ramassé, elle devrait plus creuser le trou de la sécu, la flétrie !
Engageant un nouveau chargeur, le balafré grimace un peu – contrarié - en tirant sur la culasse d’un de ses monstrueux Desert Eagle. Il a beau toujours prévoir large, il se dit qu’à se régime là, il va être à cours de munitions et va devoir improviser et se rabattre sur son poignard de combat ce qui risque d’être légèrement plus bruyant et carrément salissant.

- Je te gare là, Didier. Juste le temps de récupérer le pétard de cette andouille, annonce Franciné en se dirigeant vers le policier trépassé qui gît face contre terre à coté d’un joli duo d’infirmières très mortes elles aussi.
- C’est ça ! Laisse moi au milieu du couloir comme une pauvre cloche ! Je m’appelle Leçon avec un « C cédille », je te signale, pas Seguin avec une chèvre alors si tu veux que je serve d’appât au grand méchant loup, tu pourrais au moins me demander mon avis.
- Tire toi, Didier ! se met à hurler N’Ganno en voyant le balafré faire demi tour dans le couloir pour revenir calmement en levant ses armes dans leur direction.
La première balle du tueur fait éclater le vase garni de fleurs de l’accueil à quelques centimètres de la tête du jeune noir qui prend toute la flotte en pleine figure avec quelques éclats d’émail en bonus. Il se laisse tomber derrière le comptoir évitant de justesse la seconde praline qui arrache un énorme morceau de bois à l’endroit exact qu’il vient d’abandonner.
- Mais il tire avec quoi, ce taré de Géant ? Un canon de marine ???
De son coté, Didier Leçon n’a pas attendu pour faire pivoter le fauteuil en sens inverse. Il active ses bras malingres en hurlant comme un damné pour faire avancer son étrange moyen de locomotion le plus loin possible du sulfateur défiguré. Contre toute attente et malgré les doutes de Didier, un second miracle à lieu : l’assassin le met en joue et un projectile bien inspiré vient frapper l’arrière métallique du fauteuil, le projetant en avant à toute vitesse vers la cage d’escalier.

Le commandant de Guérinand est en progression rapide en tête de la moitié du commando, l’autre groupe coupant l’accès à l’escalier sud de l’hôpital, lorsqu’il reçoit en pleine figure un type hurlant et son fauteuil.
- TIREZ PAS ! J’SUIS D’LA MAISON !!! braille Didier Leçon en agitant les bras face aux hommes du RAID éberlués. Il est dans le couloir !!! Faites gaffe à mon collègue qu’est planqué derrière l’accueil par contre.
- Ok on monte ! annonce le capitaine Ricard à son groupe.
- Et le Commandant ? demande un Ninja en désignant le fringuant de Guérinand les bras en croix et le pif de traviole.
- Merde… Fauteuil 1, Commandant 0 : ce con est Ko ! Bob, tu restes en couverture sur l’escalier avec le patron et l’acrobate à roulettes.
Deux nouveaux coups de feu éclatent et les Ninjas se précipitent, excités par l’action toute proche.

« Passent encore le héros imprévu et le Ben Hur du pauvre mais là ça se complique beaucoup trop !!! », pense Rachko en voyant débouler les hommes en noir. Il désengage les réducteurs de son qui nuisent singulièrement à la précision de ses obusiers puis recule jusqu’au bout du couloir non sans vider ses chargeurs sur les gars du RAID qui s’abritent comme ils peuvent. Plaqué à la paroi, il recharge calmement les automatiques, constate que se sont ses dernières munitions, puis se dirige sans se presser vers une fenêtre latérale où il a repéré une corniche de soutènement. Pendant qui se laisse glisser souplement à l’extérieur, les commandos sécurisent l’endroit à leur manière en défouraillant dans les murs et les plafonds comme des malades.

Suite et fin dans le billet suivant, la taille de l'épisode n'étant visiblement pas supporté par le moteur...