Salut les cocos,
un de mes vieux amis qui est illustrateur de métier a lu mon "roman" (qu'il faudra d'ailleurs que je finisse de publier ici à l'occaze tiens...) et il a eu envie d'en faire une bédé.
J'ai donc découpé 4 pages que j'espère représentative (un peu d'humour, un peu d'action) et mon pote les a dessinées.
Ca donne ça :
Planche 1
Planche 2
Planche 3
Planche 4
Pour le synopsis qui accompagnera les planches chez les heureux éditeurs, ça donne ça :
Catherine Régeant, nom de code « La Fouine » !
Tour à tour agent du gouvernement et redoutable mercenaire, cette superbe tueuse à gages aussi mystérieuse qu’impitoyable est parvenue à se tailler une réputation internationale qui a fini par lui attirer bien des inimitiés. Lorsqu’elle disparaît de la circulation en pleine gloire il y a cinq ans, sa singulière légende s’en trouve grandie et les questions vont bon train : est elle morte héroïquement durant une de ses impossibles missions ? Jouit elle enfin de son immense fortune, les tongs en éventail sur la plage déserte d’une île paradisiaque?
En fait, la vérité est un micro-poil moins romantique : rebaptisée Micheline Beauregard, elle est devenue obèse, paranoïaque, pétocharde et cynique. Elle et se terre dans un pavillon de banlieue minable, incapable de se remettre des terribles évènements qui l’avaient contrainte à se retirer de la lumière au temps de sa splendeur. Survivant plus qu’elle ne vit, elle limite ses efforts entre bouffer comme une vache, dormir comme une truie, regarder « l’inspecteur Derrick » et SURTOUT se moquer cruellement de son unique compagnon, l’infortuné Raoul Bicarosse.
Raoul Bicarosse - dit « Bibi » - n’est pourtant pas non plus un enfant de cœur et en dehors de Micheline, seuls les crétins profonds ou les candidats au suicide oseraient se payer sa fiole. Redoutable porte-flingue, il a mis sa prometteuse carrière entre parenthèses afin de se consacrer au mieux à sa bien ingrate compagne. Etrange choix lorsque l’on sait que Bibi n’a rien d’un masochiste. C’est juste qu’il en a chié des caisses pour sauver la vilaine teigne voilà cinq ans alors il n’a pas le cœur de lui fêler le chignon maintenant. Pourtant les raisons ne manqueraient pas vu la croix en fonte que c’est, la Grosse ! Mais il est comme ça, le Bibi : brave ! Limite couillon des fois. Bon il y a aussi le fait que malgré toutes les misères qu’elle peut lui faire et son physique de boudin de concours, Bibi n’y peut rien : il l’aime, sa Micheline !
Soucieux quand même d’éviter le probable coup de grisou qui lui ferait péter un câble suite à la remarque de trop, Bibi - prudent - a décidé de se remettre au travail. Il recommencera tranquille en tant que simple porte-flingue pour Farid « la Pierrade » et ses Tunisiens. Comme ça pendant qu’il savatera les malcomprenants divers, il ne sera pas tenté de latter le dargif de la Grosse malgré la facilité bien tentante de la cible.
Clair que pour un Fer de sa trempe, ça va être du vrai billard, ce taf’ !
Sauf qu’en fait, c’est tout du bidon, ce travail !
Si « la Fouine » se tue à petits feux à coups de graisse et de séries débiles pour oublier, c’est loin d’être le cas de tout le monde et d’anciennes connaissance rancunières n’ont jamais cessé de la rechercher. Maintenant qu’ils ont une chance de lui remettre le grappin dessus au travers de ce couillon de Bibi, ils envisagent bien de terminer ce qu’ils avaient initiés sans succès voilà cinq ans.
Idéalement douloureusement et très salement mais à minima, définitivement !!!
D’autant que sur le papier, ça semble simple de les ébouser, les deux quiches : cinq piges à pioncer, ça a dû leur donner le goût de la sieste alors autant rendre service !
Malheureusement, ce qui s’avère simple va partir en vrille. Et ça n’arrêtera plus d’empirer.
C’est connu pourtant qu’une affaire crapuleuse mal barrée c’est comme un steak tartare mal dosé : plus on tente de le rattraper en ajoutant des composants, plus il arrache la gueule !
Sur ce coup, on saura jamais si le dosage initial était vraiment foireux mais toujours est il qu’avec l’implication de l’anti-gang, du RAID, d’autres services du gouvernement nettement moins fréquentables, de gangs de méchants aussi bizarres que violents, sans compter un Ange exterminateur revanchard et un arabe trop cuit, va falloir que la Fouine et son mec retrouvent vite fait les vieux réflexes s’ils veulent se zieuter le Derrick de demain !!!
Si je suis éditée, tournée de Pim's Framboise !!! 
- Mais arrêtez de canarder comme des débiles !!! hurle Franciné N’Ganno. Vous voyez bien qu’il est en train de se sauver.
- Unité 2, lance le capitaine Ricard. Il vient vers vous.
- Négatif, unité 1. Nous sommes à l’appoint du couloir sud et il est vide.
- Foncez ! Il est probablement dans les chambres attenantes. Annoncez à vos gars que nous avons une possible situation de prise d’otage.
- Mais oui… souffle le jeune lieutenant de l’anti-gang soudain très fatigué en se laissant tomber pesamment au sol. Il est allé s’enfermer dans une chambre avec une poulette en attendant que la cavalerie vienne lui passer les menottes... Ce mec est un pro ! Il s’est tiré par l’extérieur, Ricard. Tu perds ton temps.
- Dis donc l’Africain, t’es pas très reconnaissant pour un type dont on vient de sauver les fesses, fussent elles charbonneuses, je trouve. Ca me ferait presque regretter qu’une balle perdue ne soit pas venue fermer ta grande gueule si tu veux tout savoir.
- Y en a une qu’à pas été perdue pour tout le monde, mon pote, répond Franciné en désignant de la tête un membre du RAID vautré dans une mare de sang comme une poupée cassée.
- Oh non... Un homme à terre, hurle Ricard dans son micro en se précipitant vers l’officier immobile.
Retournant le commando, le rouquin constate que la poitrine de son équipier est percée de deux petits trous fatals malgré le gilet pare-balles. Il n’ose pas imaginer les dégâts en sortie d’impact…
Le crépitement de l’oreillette lui remet les pieds sur terre :
- Unité 2 à Unité 1. Avons sécurisé les chambres, mon capitaine. C’est un véritable carnage là dedans !!! Nous pensons que la cible a quitté le bâtiment par une fenêtre de l’étage et nous engageons la poursuite. Les unités de police en patrouille autour du périmètre d’intervention ont été alertées.
- Attention !!! A toutes les unités en protection autours de l’hôpital, c’est le capitaine Ricard du RAID qui vous parle : le suspect est un gigantesque salopard balafré qui utilise des balles au téflon « tueur de flic » ! En conséquence, j’assume l’ordre qui suit et vous demande de l’appliquer à la lettre : tirez pour tuer et ne faites pas de sommation !
- Unité 2, bien reçu, capitaine. On l’aura, Ricard, fais nous confiance !
- Quel fiasco, balance Ricard à N’Ganno tandis que policiers et toubibs investissent les lieux. Le commandant blessé, un homme abattu et le suspect en fuite. On est des vrais burnes.
- Je dirais pas le contraire, acquiesce Franciné tristement. Mais le Balafré n’est pas encore tiré d’affaire et surtout le suspect à la tête trouée est probablement encore vivant. C’est tout ce qui comptait.
- Si tu le dis… murmure Ricard en contemplant le commando abattu qui ne terminera jamais le dernier niveau de « Rayman » et que les brancardiers charrient comme un tas de viande maintenant qu’ils ont constaté le décès.
- Et puis vous nous avez sauvé la peau à mon collègue et à moi, renchérit le jeune noir en tapant amicalement sur l’épaule du rouquin.
- Ca y est, je déprime…

Pour un flic en tenue, il n’y a pas grand chose de plus pénible que les missions de soutien ! Même si ça casse la routine pesante du commissariat, ça ne sert finalement qu’aux équipes de cow-boys pour se la péter. Le quatuor de képis, tassé dans la 305 pour profiter à fond de la clim’ plus que pour surveiller la petite allée sombre qui jouxte l’hôpital, est à ce titre représentatif de l’état d’esprit de la majorité des résidants des postes de police français lorsqu’il s’agit d’épauler ces prétentieux en civil. Aussi quand le jeune stagiaire – le seul à être excité comme une puce depuis le début de la mission - braque le projecteur portatif vers l’obscurité, il ne déclenche pas vraiment l’intérêt escompté chez ses collègues vétérans en s’écriant :
- Il y a un truc qui bouge là bas !!!
- Ah mais merde… grogne l’adjudant en jetant un œil fatigué au type qui approche lentement vers eux. Laisse tomber, les suspects s’éloignent des gyrophares, ils ne s’en approchent pas.
C’est vrai que Rachko Piavic - qui avance vers le véhicule de patrouille avec une nonchalance appliquée - n’a pas tellement le comportement habituel du fugitif traqué. C’est quand il arrive à une vingtaine de mètres et pointe ses Desert Eagle sur le véhicule de police que le jeune stagiaire se met à hurler :
- PUTAIN C’EST LUI !!! C’EST LE TUEUR A LA BALAFRE !!!
La suite est assez confuse.
Une chose est sure : la première balle du Géant fracasse la vitre remontée pour cause de fraîcheur, traverse le projecteur portatif et fait exploser la tête du jeune stagiaire qui se trouvait bêtement derrière. Pendant que l’adjudant assis à coté du gosse gémit en constatant qu’il est couvert de morceaux de cervelle et de débris divers, les deux policiers assis à l’arrière descendent de la voiture aussi prestement qu’ils le peuvent par la porte opposée au tireur et se mettent à l’abri.
Piavic avance toujours.
Des deux mains, il tire trois fois sur le gros adjudant hébété qui glisse doucement de son siège la figure en bouillie. Les deux policiers survivants se relèvent courageusement dans un bel ensemble en position de tir et font feu. Le fou balafré ne ralentit même pas sa progression et continue à marcher calmement sur eux, ses armes levées. Il est à moins de dix mètres mais ce visage défiguré, cette effrayante carrure et cette nonchalance étudiée de monstre invincible font qu’ils perdent leur sang froid et ratent leur cible contre toute attente.
Pas Rachko.
Les terrifiants Desert Eagle aboient une fois chacun et crachent leur métal mortel droit dans les fronts des policiers qui décollent du sol dans un nuage écarlate et pour retomber horriblement deux mètres plus loin dans un bruit de sac à viande.
Le Géant passe la voiture de patrouille, enjambe ses dernières victimes en prenant soin de ne pas marcher dans la flaque poisseuse qui s’agrandit sur le trottoir, déboule enfin sur l’avenue pacifiée et traverse la route en petites foulées détendues avant de se perdre dans le parc tranquille qui jouxte l’hôpital.
Par deux fois en tentant de sortit du parc, il manque croiser un nouveau véhicule de police qui se dirige vers son dernier carnage toutes sirènes hurlantes. Lorsqu’il est assuré de ne plus croiser un flic égaré, il enjambe prestement le muret du parc, traverse la route et s’engouffre dans son véhicule qu’il avait judicieusement garé à distance de l’objectif puis sort le portable de la boite à gants.
- J’ai échoué, Monsieur, annonce calmement l’assassin. Et il y a eu de nombreuses victimes collatérales parmi les civils et les forces de l’Ordre.
- Tu es blessé ?
- Non, Monsieur.
- Fort bien. Laisse Dragan crever à l’hôpital, Rachko. J’ai eu confirmation qu’il avait été touché à la tête et qu’il était toujours dans un profond coma. Dés lors, le risque qu’il éclaire les policiers français est négligeable et il est devenu une cible secondaire. Quand à Régeant, je vient d’apprendre qu’elle avait réactivé son réseau. Il est donc inutile d’aller la chercher, elle viendra à nous.
- Si je peux me permettre, Monsieur, elle pourrait continuer à se cacher. Pourquoi réagirait-elle maintenant ? Pourquoi après cinq ans de silence ?
- Simplement parce qu’elle n’a plus peur.
Prochain épisode : retour vers le futur
Tandis qu’il traverse à grandes enjambées décidées le parc plongé dans la pénombre qui flanque l’Hôpital central, Rachko le balafré se dit qu’il a un triple problème : il parle français comme Dolph Lundgren dans Rocky IV en version Québécoise, se trimballe globalement le même physique de montagne que l’acteur et surtout, sa tronche ravagée attire l’œil.
C’est amusant d’ailleurs cette fascination malsaine des gens pour ce qui fut visiblement beau avant de se transformer en vision de cauchemar. Il est évident que le Monstre avait jadis un visage à la symétrie parfaite et le peu de personnes qui osent le regarder plus d’une seconde sans ciller se posent systématiquement la question à deux balles : qu’à t’il bien pu arriver à ce pauvre garçon pour qu’il soit ainsi défiguré ? Rapidement, ces mêmes curieux se préoccupent simplement de leurs affaires s’ils croisent par malheur le regard mort du barjot tant il irradie une inhumanité glaciale.
Le fait est que tous ces éléments ajoutés rendent un poil difficile la visite que le Géant a prévu de rendre à Dragan depuis qu’il a appris le fiasco de la dernière opération. La dernière piste pour retrouver la Fouine et sa bande s’arrête chez ce Max « le pianiste » qui a disparu de la surface de la terre. Comme par hasard. Du coup, sans une petite discussion avec l’hospitalisé survivant, Rachko doute de pouvoir retrouver ses proies avant que le patron ne s’énerve vraiment. De plus, il ne sait pas ce que le cinglé du rasoir a raconté aux poulets. Dragan a une peur bleue du balafré et ne lâcherait jamais le morceau mais certaines drogues peuvent annihiler la terreur la plus absolue et permettre aux policiers de remonter jusqu’aux commanditaires.
Ce qu’il préfèrerait éviter…
Fort heureusement, Rachko est un pragmatique.
Pas toujours un modèle de finesse dans son approche mais c’est plus par choix et amour du danger que par manque de créativité car il est avant tout un tueur brillant qui sait parfaitement évaluer les risques et les enjeux. Il sait par exemple que - la nuit tombée – les équipes hospitalières sont réduites, les visiteurs quasi-inexistants et les personnels de sécurité fatigués.
Avec les contacts privilégiés que la position de son patron autorise, il sait aussi que ce crétin de Dragan est en réanimation au troisième étage. Vu qu’il envisage d’animer le virtuose du rasoir juste le temps de lui poser quelques questions pour ensuite l’inanimer définitivement, ça lui convient plutôt bien.
Seul souci qui peut s’avérer majeur pour les statistiques de la préfecture de police : avec sa tronche de cake pré-découpé, il ne peut pas se permettre de croiser une seule personne en la laissant en vie. Rien de fondamentalement méchant dans cette radicale approche mais un simple constat selon lequel un procès sans témoin est plus facilement gagné. Comme personne n’est à l’abri de se faire poisser de nos jours…
Revigoré par sa charmante ballade à pied, Rachko fixe les silencieux au bout de ses deux monstrueux automatiques avec application et pénètre dans l’hosto par l’entrée des urgences fort idéalement déserte.
Il a l’impression d’être le T800 pénétrant dans l’immeuble de Police dans le premier « Terminator ». A part que Sarah Connor était nettement plus sexy que Dragan et qu’il espère qu’il n’y aura pas un hypothétique John Connor pour lui casser les roubignoles…

Mollement vautré dans son lit d’hôpital, le lieutenant de police Franciné N’Ganno n’en revient pas !
Il a morflé deux balles dans la peau, a niqué irrémédiablement son plus beau costard et la seul chose que ce fumier chaud de Greg le Dèg trouve le moyen de faire est de lui envoyer cette andouille de Mat pour le cuisiner. Même pas une petite boîte de chocolats pour le réconforter !!!
S’empiffrer lui aurait permis de passer le temps entre cette fichue douleur au coté et l’autre pignouf de Didier Leçon qui ronfle comme un sonneur dans le pieu d’à coté.
Coté bilan général en tout cas, ils ont vraiment eu beaucoup de chance d’après le toubib.
Dans le cas de Franciné, les bastos ont traversé la viande sans rien endommager de sérieux. Ca ne l’empêche pas de grommeler en considérant son corps superbe plus adapté pour recevoir les savantes caresses de ses copines que des balles de Scorprion Enfin puisque c’est fait, il va falloir rentabiliser ! Lui qui ne demande qu’à retirer ses fringues dés lors que les copines font pareil, il pourra ajouter à ses technique de drague un couplet héroïque pas inintéressant. Une chance qu’il n’ait pas mangé une valda dans une partie sournoise ou qui fait rire…
« Genre dans le pied », pense t’il en regardant son collègue en gloussant bêtement. « Ca doit faire un mal de chien et c’est même pas valorisant à montrer à une fille, un pied. Le bras et le coté du ventre au moins ça en jette ! Y a qu’à voir dans les films : le héros ne prend jamais de un coup de feu dans un panard, ça ferait marrer les spectateurs. Heureusement pour Didier qu’il se fiche des gonzesses en fait. Enfin ça serait plutôt les nanas qui se fichent de lui mais au final ça revient un peu au même. Didier c’est bien le genre à flamber devant une touffe en exhibant fièrement son pied troué d’ailleurs. Quand on porte des cravates comme les siennes, on a vraiment honte de rien et ça devient presque un avantage.
Jusqu’à la fusillade, Franciné pensait pouvoir un jour aider ce guignol à devenir présentable mais maintenant qu’il l’a vu oser enfiler sa cravate en cuir rouge sur sa veste de pyjama d’hôpital, il comprend que c’est une cause perdue. Resterait bien les godasses pour arranger l’ensemble mais vu l’état de ses panards au Didier, il est pas prêt de remettre des pompes neuves avant longtemps.
Ou alors les boites d’emballage ; à la limite piquer ses « tongs » au Yéti mais pour de l’Italienne cousue main, faut oublier !
L’envie d’uriner ramène le jeune black sur terre. Il massacre une fois de plus le bouton d’appel en maudissant l’infirmière de garde puis repense aux évènements qui l’ont conduit ici. Malgré les quelques éléments que Mat la Bat leur a communiqué durant le débriefing improvisé, il ne comprend pas bien ce qui leur est arrivé. Ils viennent juste faire un gentil contrôle de routine et tombent en pleine guerre totale. Il tord comiquement sa bouche en pensant qu’il n’a pas fini d’entendre le commissaire la ramener avec ses conneries habituelles…
« TOUJOURS porter son gilet, bande de navets ! C’est lourd et ça fait transpirer mais si vous êtes fatigués et puants c’est que vous êtes vivants !!! »
« TOUJOURS être sur vos gardes car ceux d’en face ne sont pas là pour vous talquer les fesses, tas de quiches ! Ou alors à la poudre !!! »
« TOUJOURS une main sur le flingue et l’autre sur vos couilles, grappe de moules ! Mais faites gaffe de ne pas vous tromper quand vous dégainez !!! »
Un poète, le commissaire…
Mais pour le coup, il avait pas tort.
Mais qu’est ce qu’elle peut bien être en train de faire, cette feignasse d’infirmière ???
Et pourquoi ces andouilles l’ont ils collé dans la même piaule que l’autre turbine à ronflements ? Cet emmerdeur de Didier le gêne même quand il pense avec ses bruits de bête malade. Il l’étoufferait bien avec un oreiller mais aurait du mal à faire croire aux toubibs que l’asphyxie est une résultante d’une brûlure aux arpions.
« Pardon, docteur ! Le pansement a glissé ! »
A oublier, ça va pas le faire…
Ah ben justement, l’inspecteur Leçon est en pleine envolée lyrique de grognements qu’il en vient à s’étrangler et roule sur le coté pour redevenir à nouveau paisible. Cette inespérée période de rémission permet à Franciné d’apprécier enfin le silence de la nuit avant de distinguer avec joie la reptation pataude en provenance du couloir qui annonce l’arrivée de Miss Bassin.
C’est alors qu’il entend clairement le double « plop » caractéristique d’un réducteur de son et la chute étouffée d’un corps. Dans son état, il ne se sent pas trop chaud pour aller jouer les cow-boys. Il désactive l’interrupteur d’urgence du lit pour éviter d’attirer le propriétaire du flingue pas suffisamment silencieux à son goût et se laisse tomber dans le lit, immobile. Agacé par sa lâcheté, il reporte sa frustration sur la victime en blanc en se disant qu’elle se serrait magnée le derrière de lui apporter le bassin, elle serait peut être encore en vie, cette feignasse !
Pendant dix secondes, il reste là, tentant de se persuader qu’il en a assez fait pour aujourd’hui. Puis il constate que l’envie d’uriner l’a quitté d’un coup, remplacée par une honte déjà pénible. N’Ganno est un garçon courageux qui considère son métier comme une noble mission. C’est en outre un bien piètre menteur, surtout lorsqu’il s’agit de s’abuser soi même. Conscient de faire une grave erreur, il descend en grimaçant de son lit, s’approche de Leçon et plaque sa main sur la bouche du ruminant ce qui a pour effet de déclencher un bond de trois mètres et des tortillements de lombric tronçonné chez l’homme à la cravate.
- Doucement, Didier… On a un problème…

- C’est clair pour tout le monde ? grince le commissaire principal Grégoire Marmand aux cinq hommes qui lui font face dans la petite salle de briefing de l’anti-gang.
- A ceci près que ton Bibi peut être n’importe où, Greg, minaude le commissaire principal Antoine Morelli, l’éternel meilleur ennemi de l’équipe de Marmand car commandant la deuxième cellule « action » de l’OCRB.
- Si j’avais eu une adresse où aller lever ces enfoirés, je n’aurai pas besoin de ta bande de bras cassés sur ce coup, Antoine. La seule chose qui nous rattache encore à Bibi et le mystérieux homme momie qui l’accompagne – à priori Farid « la pierrade » qu’on a pas retrouvé dans le charnier de l’entrepôt - est l’Audi que la vieille voisine a vu démarrer juste après le carnage.
- C’est maigre.
- Moins que ton QI ! J’ai donc demandé votre coopération, les filles ! Mais si vous avez décidé de me chier dans les bottes, je vous préviens à l’avance que ça va éclabousser grave autour.
- Calme toi, Greg. On cause là…
- Non on cause pas, bougre de gland ! J’ai un de mes gars qui risque de ne plus pouvoir se déplacer sans roulettes et l’autre qui a morflé deux balles dans le buffet alors j’estime qu’on a assez causé. Je veux ces mecs et je les veux maintenant.
- Mais merde arrête ! On a beau se tirer un peu dans les pattes, Franciné et Didier sont aussi nos collègues et neutraliser ceux qui sont responsables de leurs misères est aussi notre priorité. Avoue aussi que là c’est pas des renforts qu’il te faut, Greg, c’est un magicien ! s’emporte Morelli.
- David Coperfield est pas libre et Garcimore mange les pissenlits par la racine alors vous sortez vos baguettes magiques et vous me faites un putain de miracle !
- T’es gentil franchement !!! Tu nous demandes de laisser de coté les affaires courantes pour vous épauler toi et ton équipe mais arrivé là, tu nous engueules sans nous donner un seul élément d’enquête utilisable !!! achève le concurrent de Marmand avec un mauvais rictus.
- C’est vrai Antoine… avoue Greg le Dèg’ en se passant la main sur les yeux. Je perds les pédales ! J’ai pas la plus petite piste… Seulement un tas de cadavres et des flingueurs ultra dangereux dans la nature avec des Mercenaires tarés au cul dont j’ignore les motivations…
- Bon ben revoyons les faits ensembles, tempère Antoine Morelli qui retrouve sa bonne humeur coutumière, conscient de l’abattement qui frappe Marmand. Ton autre type troué de la fiole qu’ils ont retrouvé avec tes lieutenants, il a toujours pas refait surface ?
- J’ai laissé un képi à sa porte pour qu’il le surveille et nous informe dés qu’il aura repris connaissance. Quoi qu’avec le cervelet percé, il risque d’être un peu à l’ouest, le bonhomme ! Avec les barrages et les contrôles qu’on a mis en place, on pense que Bibi n’a pas pu faire beaucoup plus de 150 bornes autour de Paris s’il en est sorti. Une bagnole rouge de ce genre, ça se retrouve. Et encore plus facilement quand un type avec la gueule pleine de pansement est dedans. Dur à planquer en plein été et l’option passe-montagne ferait un peu gag…
La sonnerie du téléphone allège un peu la tension. Mat la Batte décroche et tend le combiné à Marmand.
- C’est l’hosto… Franciné…
- Il dort pas à cette heure celui là ? C’est bien ma veine d’être tombé sur un blackos bosseur tiens !!! Passe le moi… Alors Néné, c’est la déprime parce que les embouts de pistolet à pipi acceptent pas ton démonte-pneu hors norme ?
Le commissaire principal de l’OCRB se décompose en une seconde.
- On t’envoie des renforts tout de suite mais le laisse pas partir, Franciné ! Et protège le troué de la tronche, c’est notre dernière piste sérieuse ! (…) Je m’en cogne que Didier puisse pas marcher, il a qu’à te couvrir à plat ventre !!! Zêtes à l’Anti-gang, bordel !!! Si vous vouliez vous glander, fallait devenir contractuel !
Greg le Dèg prend une seconde ligne téléphonique et s’adresse aux hommes présents dans la pièce en même temps.
- L’hôpital est attaqué par une espèce de géant monstrueux d’après le lieutenant N’Ganno. Après le coup du zombi escouillé , je me demande s’il ne nous fait pas un peu de fièvre genre Vaudou, l’africain, mais dans le doute, on fonce. Vous me prévenez les képis les plus proches, j’appelle l’unité du Raid même si ça me fait mal aux chevilles.
- T’as dit à Néné de s’en mêler, Greg ? demande Mat la Batte.
- Je lui ai dit de faire ce qu’il pouvait avec Didier, oui.
- C’est moi qui ai leurs flingues. A cause de l’enquête administrative obligatoire…
- Vacherie ! Faut faire fissa sinon on va avoir une deuxième brouette de macchabées sur les bras.

Le commandant Pougin de Gérinand-Lacroix devrait être la quintessence de l’efficacité policière puisqu’il commande la légendaire équipe tactique du RAID, les fameux commandos de la police nationale. En fait, c’est une nullité crasse absolue dont les seuls atouts sont d’avoir une famille aussi puissante que présente dans la nébuleuse des ministères.
Lorsqu’il reçoit l’appel du capitaine Grégoire marmand, le fameux Greg le Deg’ de l’OCRB en personne, qui lui demande son aide, il se fend d’un grand sourire satisfait en raccrochant. Une fois n’est pas coutume – soucieux qu’il est de ne jamais mélanger les torchons et les serviettes – le Noble engoncé dans sa tenue de combat toute neuve descend carrément dans l’entrepôt ou sont en train de s’entraîner les « Ninjas » de son commando. Il monte fébrilement sur le capot d’un véhicule tout terrain, glisse minablement, se fait méga mal au genoux, sert les dents, se redresse péniblement puis écarte les bras comme le messie requérant l’attention d’une foule innombrable avant de s’adresser à ses ouailles surprises en pleine séance de glandite aiguë :
- Messieurs, les pathétiques pantins de l’anti-gang ont un problème ! Il semblerait qu’un suspect extrêmement dangereux fasse un massacre à l’hôpital central. Etant les plus proches du site et considérant que nous pouvons être confrontés à une prise d’otage, nous intervenons en premier. Nous devons prendre la cible vivante pour les besoins d’une enquête en cours chez ces messieurs les cow-boys et surtout protéger les deux inspecteurs blessés déjà hospitalisés sur place qui sont probablement engagés dans l’action à l’instant ou je m’adresse à vous.
- Cette histoire ne sent pas bon, mon commandant, renâcle le capitaine Christian Ricard en calottant un de ses hommes qui couine à cause qu’il a pas le module de sauvegarde de partie et aimerait bien terminer son niveau de « Rayman » sur sa game-boy.
- Je partage entièrement votre sentiment, mon petit Ricard, reprend de Gérinand en pointant un doigt superbement ganté sur son adjoint. D’autant que nous devons faire dans le chirurgical pour permettre à Greg le Dèg de mener à bien son affaire.
- Sans vous offenser, je peux pas les voir ces enflures de l’anti-gang, mon commandant, s’énerve Ricard en écrasant la Game-boy tentatrice à coup de rangers non sans oublier ensuite de motiver de la même façon le commando en sanglot à monter dans le fourgon d’intervention. Ils ne jouent pas franc-jeu une fois de plus et nous risquons de nous heurter à forte partie par leur faute. Ce serait bien dans leurs méthodes de nous envoyer au casse-pipe soit disant contre un seul mec rien que pour nous voir nous vautrer quand on s’apercevra qu’il y a une armée !
- Moi non plus je ne les aime pas, mon petit Ricard, moi non plus… Et je sais bien que Marmand et ses sous-fifres sont aussi vicieux que mécréants. C’est pour ça qu’on débarque et qu’on tire dans le tas.
- Mais… s’étonne Ricard qui est un sanguin mais pas un tordu. Et les deux officiers blessés ?
- Dieu reconnaîtra les siens, pontifie le Noble. Enfin ceux qui ne seront pas trop abîmés…

- Sans nos armes, ça pas être de la tarte à la rhubarbe, murmure le lieutenant N’Ganno en affirmant sa prise sur la béquille tout en surveillant par l’entrebâillement de la porte le Géant balafré qui entre doucement dans une nouvelle chambre.
- On ne va quand même pas l’attaquer à la crotte de nez, ton Monstre ! gémit l’inspecteur Didier Leçon. Passe encore qu’on tente un truc en étant armés mais là, c’est n’importe quoi ! On est des miraculés, mon pote ! Demander un autre miracle dans la même journée ce serait abuser, crois moi.
- Ce mec a sulfaté l’infirmière de dos sans hésiter, Didier. Je ne sais pas à quoi il tire mais tu n’auras qu’à voir les trous qu’il lui a fait pour te convaincre qu’il faut que nous intervenions. Et ça fait trois piaule ou il rentre et d’où il sort en sulfatant les malades. Si on ne tente rien, il va transformer l’hôpital en abattoir et je ne pourrai pas vivre avec ça.
- Ben moi je préfère vivre avec des remords – même terribles et qui empêchent de dormir – que clamser bêtement pour les éviter et dormir définitivement …
- De toute façon on te demande pas ton avis ! Greg le Deg’ a été clair : nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher le Géant de dézinguer le Troué de la tête !
- Mais pourquoi t’as appelé le commissaire aussi, pauvre innocent ?! gémit le Cravaté. C’était évident que Marmand nous enverrait au charbon : il est complètement fondu !!! Et peut être que le Géant est un mec cool qui ne fait que passer et qui ne vient pas pour descendre le Troué, tu sais…
- Mais oui, Didier ! En attendant, on va sortir de cette piaule et aller appréhender le Géant cool qui se ballade peinard en shootant le personnel hospitalier et les patients sinon j’explique à Greg que tu as aussi paumé tes burnes pendant que tes panards rôtissaient, il appréciera !
- Balance !!! s’insurge le maigrichon rôti avant de tenter une nouvelle approche. Réfléchis un peu, Néné : il y a une sentinelle en faction devant la porte du troué, bon sang. Et elle est armée. C’est quand même pas toujours à nous de nous y coller !!!
- Je suis certain que le planton n’est pas à son poste sinon le géant l’aurait déjà refroidi et ne chercherait plus la piaule du Troué, c’est évident. Assez parlé, faut qu’on arrête ce malade.
- C’est ça ! Je lui lance du pipi à la figure et tu prends sa tension jusqu’à ce que mort s’en suive ! Mais merde, Franciné !!! C’est toi qui m’as décris la taille des flingues qu’il se trimballe !? Je pensais même pas que ça existait des machins pareils !
- C’est pas la taille qui importe, Didier ! Et tu devrais être content qu’un black comme moi avec une vraie biroute le confirme à un cul blanc comme toi équipé d’un matos décoratif.
- Ah ça c’est vraiment d’une finesse… Faut toujours que ça finisse au niveau du slip avec toi de toute façon !
- Ben non justement ! Pour une fois je vais écourter la discussion habituelle sur le zizi et on va aller fumer le salopard aux deux canons ! Tu vois, tout arrive !
- Et si je t’accorde pour une fois que les noirs ont des plus grosses quéquettes que les blancs… tente avec un sourire niais le pauvre Leçon.
- Me gonfle pas avec des évidences, Didier. On a assez perdu de temps maintenant. On sort, on cherche le Képi et on le prévient du problème. Il est armé, lui. Après, on avisera. J’ouvre la porte et on fonce.
- On fonce qu’il dit l’autre… Je fais comment moi avec mes panards comme des pompes de ski ? Je prends un cours accéléré pour avancer sur les mains, pauvre pomme ?
- Monte dans le fauteuil roulant, je vais te pousser !
- La dernière fois que tu as conduis, je sais où ça nous a mené… assène le rancunier.
- Ben mets pas ta ceinture cette fois !
- Oh qu’il est drôle !!! Infirmière ! Pitié le bassin, mon collègue est un marrant !

Tout va de travers !
Cet abruti de flic qui fait du gringue aux hôtesses d’accueil au lieu de surveiller la chambre de Dragan et qui sort son calibre, obligeant Rachko à le dégommer puis le personnel qui grouille dans les couloirs pire que des cafards. Dire qu’il paraît qu’ils sont en sous-effectifs dans les hôpitaux Français ! Ils devaient faire du préemptif sur son passage le jour où ils ont fait l’annonce.
N’empêche que sans la sentinelle pour repérer la chambre du blessé, il faut être méthodique. Ca devient pénible d’ouvrir les portes les unes après les autres pour s’assurer du contenu. Dommage pour les insomniaques qui ramassent leur petit « plop » définitif s’ils ont le malheur de dévisager leur curieux visiteur.
La dernière patiente qu’il vient de « soigner » l’a vraiment contrarié.
Quelle vieille carne à brailler comme une sauvage pour avoir ses cachets !!!
Mauvaise avec ça !
Et exigeante, la momie !
A dégoûter les pauvres infirmières du métier, ça c’est certain !
Enfin…
Vu les pilules qu’elle a ramassé, elle devrait plus creuser le trou de la sécu, la flétrie !
Engageant un nouveau chargeur, le balafré grimace un peu – contrarié - en tirant sur la culasse d’un de ses monstrueux Desert Eagle. Il a beau toujours prévoir large, il se dit qu’à se régime là, il va être à cours de munitions et va devoir improviser et se rabattre sur son poignard de combat ce qui risque d’être légèrement plus bruyant et carrément salissant.

- Je te gare là, Didier. Juste le temps de récupérer le pétard de cette andouille, annonce Franciné en se dirigeant vers le policier trépassé qui gît face contre terre à coté d’un joli duo d’infirmières très mortes elles aussi.
- C’est ça ! Laisse moi au milieu du couloir comme une pauvre cloche ! Je m’appelle Leçon avec un « C cédille », je te signale, pas Seguin avec une chèvre alors si tu veux que je serve d’appât au grand méchant loup, tu pourrais au moins me demander mon avis.
- Tire toi, Didier ! se met à hurler N’Ganno en voyant le balafré faire demi tour dans le couloir pour revenir calmement en levant ses armes dans leur direction.
La première balle du tueur fait éclater le vase garni de fleurs de l’accueil à quelques centimètres de la tête du jeune noir qui prend toute la flotte en pleine figure avec quelques éclats d’émail en bonus. Il se laisse tomber derrière le comptoir évitant de justesse la seconde praline qui arrache un énorme morceau de bois à l’endroit exact qu’il vient d’abandonner.
- Mais il tire avec quoi, ce taré de Géant ? Un canon de marine ???
De son coté, Didier Leçon n’a pas attendu pour faire pivoter le fauteuil en sens inverse. Il active ses bras malingres en hurlant comme un damné pour faire avancer son étrange moyen de locomotion le plus loin possible du sulfateur défiguré. Contre toute attente et malgré les doutes de Didier, un second miracle à lieu : l’assassin le met en joue et un projectile bien inspiré vient frapper l’arrière métallique du fauteuil, le projetant en avant à toute vitesse vers la cage d’escalier.

Le commandant de Guérinand est en progression rapide en tête de la moitié du commando, l’autre groupe coupant l’accès à l’escalier sud de l’hôpital, lorsqu’il reçoit en pleine figure un type hurlant et son fauteuil.
- TIREZ PAS ! J’SUIS D’LA MAISON !!! braille Didier Leçon en agitant les bras face aux hommes du RAID éberlués. Il est dans le couloir !!! Faites gaffe à mon collègue qu’est planqué derrière l’accueil par contre.
- Ok on monte ! annonce le capitaine Ricard à son groupe.
- Et le Commandant ? demande un Ninja en désignant le fringuant de Guérinand les bras en croix et le pif de traviole.
- Merde… Fauteuil 1, Commandant 0 : ce con est Ko ! Bob, tu restes en couverture sur l’escalier avec le patron et l’acrobate à roulettes.
Deux nouveaux coups de feu éclatent et les Ninjas se précipitent, excités par l’action toute proche.

« Passent encore le héros imprévu et le Ben Hur du pauvre mais là ça se complique beaucoup trop !!! », pense Rachko en voyant débouler les hommes en noir. Il désengage les réducteurs de son qui nuisent singulièrement à la précision de ses obusiers puis recule jusqu’au bout du couloir non sans vider ses chargeurs sur les gars du RAID qui s’abritent comme ils peuvent. Plaqué à la paroi, il recharge calmement les automatiques, constate que se sont ses dernières munitions, puis se dirige sans se presser vers une fenêtre latérale où il a repéré une corniche de soutènement. Pendant qui se laisse glisser souplement à l’extérieur, les commandos sécurisent l’endroit à leur manière en défouraillant dans les murs et les plafonds comme des malades.

Suite et fin dans le billet suivant, la taille de l'épisode n'étant visiblement pas supporté par le moteur...
Le commissaire principale Grégoire Marmand est un enfoiré.
Il n’aime pas les enfants, exècre les animaux, conspue les vieux, gerbe sur les étrangers et détesterait probablement aussi les femmes si ces dernières n’avaient pas déjà fait le premier pas à son égard.
Plus radin qu’un écossais juif, il habite dans un hôtel miteux, roule en transport en commun après avoir raté l’examen du permis un nombre de fois qui lui a valu d’être cité dans le livre des records et porte des costumes en velours qui n’étaient déjà plus à la mode lorsque John Travolta avait la fièvre. Pour faire simple, le commissaire principale Grégoire Marmand hait tout ce qui n’est pas lui et ça tombe bien car c’est réciproque.
Grâce à tous ces substantiels éléments , il est du coup le meilleur élément du très « respecté » OCRB, l’Organisme Central de répression du Banditisme – ex-brigade anti-gang - et son équipe en est le fer de lance absolu.
N’ayant que son travail comme unique but dans la vie, il a focalisé depuis toujours son énergie et son intelligence – curieusement brillante - dans le seul but de mettre le maximum de crapules derrière les verrous puisque « la tondeuse à nuques à malheureusement été abolie dans ce pays de couilles-molles ! ».
Les collègues de Grégoire Marmand sont – à défaut d’être simplement des enfoirés – un sacrée bande de taquins.
Ils ont affublé leur détestable supérieur de l’amicale surnom de Greg le Deg’, rapport à ses méthodes pas toujours très légales bien que redoutablement efficaces.
Les heureux veinards affectés à son équipe d’élite sont des phénomènes sociaux positivement fascinants qui feraient passer le Yéti et le monstre du Loch Ness pour des vérités historiques.
Le premier s’appelle Franciné N’Ganno.
C’est un jeune « Black » constamment jovial aux antipodes de son patron. Plus coureur qu’un lapin de garenne shooté au Viagra, il aime la fringue de marque et les « caisses qui en jettent à donf’ ». Il est aussi étrangement l’unique élément de la brigade à avoir choisi son affectation lorsqu’il est sorti premier de sa promotion. La preuve ultime pour Marmand qu’on peut être brillant mais quand même déficient du bulbe…
Le second « winner » est l’inspecteur Matthieu Taylor ; « Mat la batte » pour les intimes.
Fils d’un acteur américain de seconde zone qui a abandonné sa maman en cloque jusqu’au yeux à la fin du tournage d’un film d’horreur minable dans le Cantal, c’est une armoire normande au front bas qui ne jure que par les Etats-Unis et ponctue toutes ses interventions d’anglicismes débiles alors qu’il maîtrise tout juste le français.
Le dernier extraterrestre répond au très difficile à porter patronyme de Didier Leçon.
Les approximatifs talents de frappe sur un clavier d’une administration peu sensible au « C cédille » font de l’inspecteur Leçon un paranoïaque de l’orthographe rigoureuse, traumatisé qu’il est par des années de vexation nominale très mal vécues. Chétif, miro et plus frileux qu’un cul de babouin, il porte toute l’année un gilet piteux et une cravate « ficelle » en cuir rouge qui déclenchent chez Franciné N’Ganno des poilades à la limite de l’infarctus.
- C’est signé Bibi, affirme le commissaire Marmand d’un coup de poing vigoureux sur la table, renversant le gobelet de chocolat de l’inspecteur Leçon et niquant du même coup les feuilles de rapport qu’il avait mis deux heures à taper.
- Qu’est ce qui te rend aussi affirmatif, Boss ? demande Mat Taylor, seul membre de l’équipe à tutoyer son patron sans ramasser un avertissement en forme de beigne après dix ans de binôme gagnant.
- Le flingue utilisé ! Aujourd’hui plus personne n’utilise ce genre de bazooka. Coté pétard, l’aire est au 38 et au 9mm, voir même au 22, Messieurs ! Et toutes les petites frappes actuelles négligent le pistolet et le revolver de toute façon. Ils sont équipées d’armes d’assaut avec des chargeurs longs comme mon bras pour pouvoir sulfater comme des postillonneurs bègues sans apprendre à viser. Moi je vous l’dis, là, c’est du Bibi !!!
- C‘est qui ce Bibi, demande Franciné en souriant. Avec un blaze pareil, ça doit être un sacré rigolo.
- Raoul Bicarosse dit « Bibi », commence Didier Leçon, véritable encyclopédie des malfrats sur pattes. Il est né il y a…
- Version « light », steuplé Didier, coupe Mat la batte qui connaît bien le maigrichon et ses envolées lyriques.
- Bon… Pour faire simple, c’est un dur à cuir spécialisé dans l’action violente et le pétard canonesque. Il n’est pas difficile à tracer car il utilise exclusivement un magnum 44 avec un canon long comme mon zob.
- Ils font des canons courts sur ce genre de soufflants ? raille gentiment le black.
- A noter que la bête n’a jamais été coffrée malgré un dossier haut comme la tour Eiffel, reprend Leçon non sans avoir jeté un regard navré à N’Ganno. On le croyait même rangé des voitures suite au massacre du gang de monsieur Bertrand où il officiait comme première gâchette.
- Il a des copains connus ? demande le jeune noir.
- Aucun, répond Leçon. Il travaille toujours seul et change régulièrement d’employeurs au gré des contrats. Un des rares dans la profession à pouvoir se permettre ces petites infidélités…
- Tu es en train de me dire que ton Bibi aurait ébousé à lui tout seul une demi-douzaine de mecs armés de scorpions avec un soufflant à six coups ?
- Précisément !
- C’est l’inspecteur Harry, ton type ???
- Pire… C’est Rambo mais sans le réflexe patriotique à deux dollars ni la bouche en biais ou l’œil torve.
- Ah oui tiens, à quoi il ressemble ton Bibi ? s’amuse Franciné.
- A ça, sourit Didier Leçon en poussant une photo patinée qu’il est allé piocher dans une chemise en carton portant l’intitulé « méchants malades » et où on peut voir un grand brun baraqué à l’air timide engoncé dans un costume trop étroit visiblement gêné par l’objectif.
- Ben dis donc, il paie pas de mine, la terreur. Son costard est franchement tarte et il a du se couper les tifs lui même avec un sécateur pendant une éclipse. Il a même l’air gentil. Limite un peu niais. On dirait un représentant de commerce spécialisé dans les aspirateurs à mémères, s’esclaffe le Black.
- Ne t’y trompes pas… prévient très sérieusement Leçon en tortillant sa cravate « ficelle », preuve chez lui d’une grande contrariété. Sous son air con et sa vue basse, c’est une vraie terreur ! Coté nettoyage, Môssieur Bibi en connaît un rayon : rien que du définitif qui tâche !!!
- Didier a raison, Franciné, insiste le commissaire Marmand. Te fie pas à l’emballage ou le colis de pétera à la poire ! Bicarosse a fait deux séjours dans la Légion quand il était tout jeune suite à une histoire pas clean avec un gang turc. Les amoureux du boudin l’ont formé à toutes les techniques de trépassage possibles avant de le renvoyer en ville.
- Sympa le cadeau…
- La Légion a toujours été plus forte pour créer des tueurs que pour les réinsérer, garçon ! En tout cas, le coup dans la gorge et des types flingués aussi proprement, c’est du Bibi ou je mange mon chapeau. Dés que j’en porterai un !
- Note qu’il a été salement « shooté » le Bibi si on se réfère à la mare de raisiné qu’il a laissé derrière lui, ajoute Mat. Il doit plus être tellement « aware » à l’heure ou j’te cause.
- C’est pour ça que je vous ai réunis, les gars. Une fois le Bibi pogné, on s’occupera des tondus qu’il a effacé parce qu’alors eux, c’est franchement la famille du Soldat Inconnu. On va faire le tour des rafistoleurs connus et pas regardants. Mat et moi on s’occupe de André Capelle dit « bistouri ».
- Bon ben alors je suppose que Franciné et moi on se fade Maxime Reginski dit « le pianiste », souffle Didier Leçon.
- T’as tout compris, l’intello ! Prenez en de la graine, les accros à la caféine : le chocolat c’est bon pour les méninges !!! sermonne pompeusement Greg le Deg’.
- Ouais mais c’est moyens sur les rapports d’enquête, glousse N’Ganno en secouant les feuilles dégoulinantes sous le regard fatigué de Didier Leçon qui achève de martyriser sa limace rouge innocente .

Une grande partie de ses contacts est toujours active et Micheline est heureuse de constater que – la surprise initiale passée – ses interlocuteurs répondent présents. L’urgence du moment est de trouver une planque digne de ce nom pour les deux blessés le temps de se retourner. Sans ce répit obligatoire, impossible pour la proie de se transformer en chasseur. La grosse est toute excitée et elle tape sur le clavier avec fébrilité. Elle n’a plus peur. Enfin pas pour elle. Une vague de tendresse curieusement déplacée l’étreint tandis qu’elle pense à la grande carcasse esquintée de Raoul.
Ce type est vraiment un phénomène !
Elle se marre intérieurement sur toutes les misères qu’elle lui a fait subir durant toutes ses années avec pour seul retour une gentillesse et une patience toujours plus grande. Son travail sur la Toile terminé, elle est en train de se tasser dans la mini Cooper avec application quand le portable la ramène sur terre :
- Oui, Bibi ?
Pas dur de deviner, il est le seul à connaître son numéro.
- Il arrivent, balance le Tueur d’un ton neutre à égrainer une liste de courses. Le Doc vient de partir et après discussion avec Farid, on préfère les attendre ici que de prendre le risque de les croiser à découvert.
- Combien de temps ? demande t’elle de la même voix neutre malgré le frisson qui raidit sa colonne vertébrale.
- Je dirai plus une question de minutes que d’heures visiblement.
- J’ai trouvé une planque sure, grand. En vous dépêchant, vous pouvez éviter la bagarre et m’y retrouver, j’en suis certaine.
- Naaaan, trop risqué je te dis. On risque de les amener droit sur toi et je te rappelle que c’est exactement ce qu’ils veulent.
- Vous n’êtes pas en état de vous battre, imbécile !
- Ah ben permets moi de te dire que si ! On vient juste de se foutre sur la tronche avec l’arabe et il pourra te confirmer que c’est la grande forme dés qu’il sera sorti du cirage !!!
- C’est pas vrai ! Non mais vous êtes vraiment intenables tous les deux !!!
- Ah mais heu c’est lui qui…
- Arrête deux minutes de faire le singe, Bibi ! Pour ce qui est de la planque…
- Ne me dis rien. Si on s’en tire, je te rappellerai et on se démerdera pour te rejoindre. Vu leurs méthodes, je préfère ne rien savoir car j’aurai trop peur de parler.
- C’est 35 quai du Loing à Montargis dans le Loiret.
- Putain mais t’es conne où quoi, Micheline ! Qu’est ce que je viens de te dire là ?! s’emporte le tueur.
- Maintenant que tu sais, je pars là bas. Vu qu’ils m’y trouveront, tu n’as plus d’autre choix que de t’en sortir vivant, grand couillon.
- C’est pas prudent, ma puce. Je ne suis pas Superman, tu sais ?
- Quelle déception ! Moi qui espérais te voir en costume bleu sexy une fois que tu aurais fait un régime.
- Si je m’en sors, tu me verras même en tutu si ça te fait plaisir, beauté.
- Bibi…
- Oui, ma puce.
- Fais leur mal !
- T’inquiète, poussin ! Je suis peut être pas le meilleur compagnon auquel tu pouvais prétendre mais avec un feu en pogne, je suis champion. Ca va saigner !

Lorsqu’il gare le Zaffira devant le pavillon de Max « le pianiste », Dragan Tchernan est vraiment en pétard. Quel pays d’abrutis !!! Il avait demandé un véhicule capable de transporter l’ensemble du commando et on lui refile cette poubelle parce qu’elle a une capacité de sept sièges mais sans réfléchir qu’une fois tout le monde installé, il n’y a plus de place pour le matériel. Le moindre contrôle de police et on les trouvait avec les flingues et les gilets pare-balles sur les genoux ! En donnant le feu vert à ses gars, Dragan se dit qu’il va tailler jusqu’à l’os la tronche de l’empaffé qui s’est occupé de la location avec grand plaisir une fois cette affaire de merde enfin terminée.
Sans la moindre anxiété, les membres du commando enfilent leurs protections en Kevlar puis vérifient leurs émetteurs-récepteurs personnels et le chargement de leurs pistolets-mitrailleurs. Reluquant posément les alentours, Dragan se dit que l’endroit est parfait pour mener à bien leur mission. Le vieux bonhomme qu’ils viennent de quitter beuglait comme un âne quand ils l’ont rendu un peu plus compréhensif en lui coupant la main à la scie à métaux. Dans un immeuble, ça faisait désordre et ils ont du dérouiller une espèce de cow-boy qui avait décidé de jouer les héros en aidant le vioque. Ici, on va pouvoir prendre son temps… D ‘autant que Dragan a toujours aimé faire mal aux gens. Surtout aux filles. C’est d’ailleurs le seul moyen pour lui de les satisfaire ensuite mais faut avouer qu’elles sont souvent moins réceptives aux séances de tripotage une fois qu’il a terminé de les travailler au rasoir.
Là c’est con qu’il n’ait pas eu une nana sous la main après avoir torturé le vieux. Il était en condition pour satisfaire une éventuelle gonzesse sans avoir à lui faire mal avant. Il espère que le fameux Max à qui ils vont rendre visite sera aussi peu coopératif que le précédent. Et qu’il aura une gonzesse. Même une vieille fera l’affaire. Rien que d’y penser, ça le fait bander…
Avant de descendre du monospace, Dragan croit bon de rappeler à ses gars à qui ils ont à faire :
- Ecoutez moi bien, tas de nuls ! Il est possible que les cibles soient ici. Si tel est le cas, je vous rappelle que ces enculés ont dégommés l’intégralité de l’équipe envoyée à l’entrepôt des bicots. Ce ne sont pas des civiles avec la peur au ventre mais des combattants entraînés qui rendront les coups alors ne faites pas l’erreur de les sous-estimer. Et rappelez-vous que le Monsieur donne une prîme si on ramène la grosse vivante…
Le silence qui envahit l’habitacle est la meilleure illustration pour confirmer que le message est passé. Afin d’achever de motiver son équipe, le chef du commando croit bon d’ajouter :
- Juste à titre d’information, le Monsieur m’a aussi signifié que si nous merdions sur ce coup, c’est Rachko qui terminerait le boulot avant de s’occuper de nous.
Cette fois ci c’est le bruit diffus de six glottes peinant à faire passer une salive devenu trop épaisse qui assure Dragan que le second message a parfaitement été intégré. Il n’ajoute rien et donne le signal du début de l’opération en descendant du véhicule. Les sept soldats faces à la maison paisible arment leurs scorpions pratiquement en même temps. Dragan lève la main, les doigts en « V » et fait signe à quatre de ses gars qui se séparent en deux binômes. Ils avancent lentement, un groupe de chaque coté de la baraque. Lui reste légèrement en retrait en bas du perron tandis que Gabor – un gigantesque colosse de 130 kilos – et son jeune frère font face à la porte et attendent son signal pour la défoncer.
Cette façon d’opérer lui rappelle la Croatie et le simple souvenir des opérations menées dans les villages civiles lui fout un peu plus la gaule. Il demande dans le micro miniature qui le relie chaque élément du commando aux autres :
- Statut ?
- Groupe « un » en place.
- Groupe « deux » en place.
- Go !
Dragan s’agenouille, le pistolet mitrailleur braqué en couverture sur la porte d’entrée que l’énorme Gabor s’apprête à enfoncer avec un bélier portatif.

- Deux sur la latérale droite, souffle Farid.
- Idem à gauche, répond Bibi.
- Donc trois sur la façade à mon décompte personnel… balance l’arabe solennel.
- Je suis certain que t’es une grosse buse en math ! J’aurai du recompter !
- Clair que ça m’aurait drôlement rassuré vu ta tronche de vainqueur !
- Farid… Y a pas que ça qui m’angoisse… Le coup de se mettre dans la baignoire est pas mal, j’avoue. Nous protéger le crâne avec le matelas pour éviter les retombés, c’est aussi plutôt habile. En fait, si cette foutue baignoire était un peu plus large et si tu avait les os du cul un peu moins saillants, je serais même presque satisfait. Mais je pense quand même – sans vouloir te froisser - que tu as eu la main franchement lourde avec l’explosif !
- T’avais qu’à le faire toi même si t’es pas content ! Moi je dis toujours « le C4 c’est comme la semoule dans le couscous, y en a jamais trop ! ».
- Ouais ben si on se retrouve en steak tartare à cause de ton dosage de malade, faudra pas s’étonner. En plus, j’ai peur que Max soit pas méga jouasse si on lui refait la déco intérieure « façon Farid »…
- M’en branle ! Tu veux que j’te dise ?
- Non ! tente Bibi sans grand espoir.
- …et ben, continue le Tunisien qui n’aime pas décevoir, si je suis capable d’entendre les remontrances du toubib, ça voudra dire que je m’en suis sorti !
- Rhhhhoooo comment tu causes bien quand tu veux dis donc, la Pierrade !!! Remontrances ! Carrément !!! Si tu continues, tu vas me balancer des péripatéticiennes longues comme le canon de mon flingue au lieu de tes sempiternelles « putain » !
- Putain de merde, ça y est les voilà !!! s’échauffe l’arabe sans écouter son compagnon. Tu disais ?
- Nan rien, laisse tomber et rabats le matelas sur ta tête ! Faut absolument protéger le monument de paradoxe que tu caches sous tes tifs, la pièce est unique !!!
- Tu fais chier, Bibi ! Des fois je comprends pas si tu me dis un truc sympa où si tu te fous de moi !
- Fais moi simplement penser à t’acheter un casque, je t’expliquerai plus tard…
- Un casque ? On va faire de la moto ? Mouais tu parles tiens… Je suis sûr que tu te fous de moi là, hein ?
- Si peu. Rabats le matelas, le perspicace, sinon casque ou pas, on va ramasser grave : le trio de devant s’apprête à ouvrir la porte d’entrée !

- T’es vraiment trop une truffe sans déconner, grommelle Franciné N’Ganno à son collègue penché sur la carte.
- Tu n’avais qu’à prendre une voiture de fonction classique avec un GPS qui marche, on en serait pas là, rétorque le lieutenant Didier Leçon. Mais non, tu penses bien ! Fallait prendre la béhèmdoublevé paske Môssieur N’Ganno ne roule pas en 307 paske c’est pas assez classe !
- Avoue que ça en jette à mort, s’extasie le jeune noir en caressant le volant en cuir tressé main. T’as vu l’aspirateur à gonzesses ? T’as vu comment elle nous matait, les touffes ? Je te dis, Didier, les décapotables, c’est trop la classe !
- Ouais ben on a intérêt à la ramener entière cette voiture, mon petit père. Sinon tu vas entendre parler du pays par Greg le deg’ à « emprunter » sans autorisation un véhicule d’enquête confisqué par les stups.
- Attends c’est bon, Didier, Oh ! Je vais pas l’abîmer, ta bagnole ! Je referai même le plein tiens ! Ni vu, ni connu !
- Prends donc la prochaine à gauche, je crois qu’on y est.
- Ouais bravo, c’est la bonne rue ! Bon j’me gare où ?
- Ca a l’air tranquille. Mets toi donc derrière le Zaffira, tiens ! J’ai des nouvelles chaussures qui me ruinent les pinceaux alors autant éviter de trop marcher comme une andouille si c’est possible.

Lorsque le bélier frappe la porte piégée, c’est toute l’entrée qui se désintègre en étoile sur plus de deux mètres de diamètre.
Malgré sa masse, le colossal Gabor est soufflé comme un fétu de paille et un morceau de gros tronc démembré part s’écraser comme un boulet de viande sur Dragan toujours en retrait. Le jeune frère du volatilisé est littéralement atomisé en une multitude de paquets informes qui sont projetés dans tous les sens malgré le gilet en Kevlar qu’il portait lui aussi.
L’explosion se diffuse en droite ligne et le souffle désagrège le minuscule portail du pavillon avant de cueillir la BMW des flics au moment même où Franciné se gare avec application. La voiture est soulevé du sol et retombe lourdement sur le toit au milieu de la rue.
Simultanément, la déflagration traverse le couloir qui relie l’avant de la maison à l’accès jardin et fait exploser la porte arrière derrière laquelle le premier groupe des assaillants était positionné. Les morceaux de bois transforment les deux commandos en bouillie sanglante et les expédie en petits tas pourpres gluants sur la pelouse dévastée.

- T’as rien ?, demande Farid à Bibi qui à l’air complètement hébété.
- J’entends plus rien, se met à brailler le tueur au magnum en pointant le canon de son flingue vers ses oreilles.
- Ah ben nous v’là bien tiens ! Déjà que t’étais con comme une valise, te v’là sourdingue !!!
Le Tunisien fait signe au Tueur de se taire et esquisse un coup d’œil en dehors du matelas qui les recouvre toujours dans la baignoire en fonte.
« Ohlala… Va pas être jouasse le Max quand il va retrouver sa bicoque… C’est un poil Beyrouth là, faut bien l’avouer », pense le Tunisien.
Farid va faire glisser le matelas pour sortir de sa cachette quand il entend des pas crisser sur le verre qui jonche le couloir dévasté. Il dégoupille les deux grenades défensives qu’il s’était réservé « des fois que » et commence à compter.

Le lieutenant Franciné N’Ganno se relève péniblement. Sa manie de ne pas mettre de ceinture de sécurité lui a incontestablement sauvé la vie car il a été éjecté sous la violence de la détonation qui a défoncé le coté conducteur de la voiture.
Par contre son costume est foutu !
Il se relève lentement puis s’approche – encore un peu sonné - de la décapotable retournée, s’attendant au pire.
- Didier ? T’es là dedans, vieux ?
- Où tu veux que je sois, pauvre andouille ? J’allais pas me téléporter comme dans Star Trek avec des airbags qui me pètent à la figure de partout !!! Et sors moi de là au lieu de ricaner : cette fichue ceinture est bloquée et ça commence à sentir un peu trop l’essence à mon goût !
Effectivement le carburant commence à se répandre à gros bouillon et des flammèches inquiétantes crépitent de partout. Le jeune flic va pour se baisser et aider son collègue lorsqu’il avise devant la maison une espèce de zombi pleins de sang et de morceaux de bidoche qui se lève comme dans un film d’horreur. La vision de cauchemar a un Scorpion automatique dans la main droite et se tourne vers eux, les yeux fous.
- Dieu tout puissant… C’est quoi se truc… ? lâche le jeune flic en dégainant son arme à son tour.

Les yeux rivés sur les cuillères éjectées, Bibi prie pour que ce taré de Farid connaisse le délais de fission d’une grenade et il commence à trouver le temps sacrément long. Lorsque les deux petite boules de mort partent enfin en direction du couloir, les deux survivants du commando arrivent juste au niveau de la porte de la salle de bain : la double explosion les met en pièces plus sûrement qu’un broyeur et leurs morceaux immondes projetés sur les murs déjà criblés d’éclats achèvent de donner à la maison une petite touche indubitablement moderne et originale.
Farid sourit de toutes ses dents manquantes et lève son pouce en direction de Bibi en faisant basculer le matelas. Les deux hommes braquent leurs armes en direction de la porte et sortent de la baignoire en se couvrant mutuellement. Ils se dirigent prudemment vers l’arrière de la maison.
- Normalement, le compte y est ! ricane le Tunisien.
- Pas mieux, tente subtilement Raoul sans attendre vraiment de retour.
Dans le jardin, c’est vraiment Verdun ! Enjambant les deux macchabées zigouillés au début de l’assaut, ils progressent souplement vers la haie qui marque le fond de la gentille propriété de Max le Pianiste. Ils espèrent que l’Audi que le toubib a eu la gentillesse de laisser à leur disposition dans la rue attenante au cas où ils échapperaient au traquenard n’a pas trop souffert et que les occupants du Zaffira n’avaient pas de renforts.

A l’école de Police, Franciné N’Ganno était le meilleur élève de la promotion. Intelligent, intuitif et travailleur, il avait eu malgré tout de grosses difficultés à se faire accepter du fait de son origine Ivoirienne. Et probablement aussi à cause d’une sale habitude à discuter systématiquement certaines procédures du manuel qu’il trouvait « inadaptées »…
Le fait qu’il se mette à tirer sur le zombi qui lève le pistolet mitrailleur avant même de balancer les sommations d’usage et de s’identifier prouve qu’il n’a rien perdu de son passif d’emmerdeur.
Le zombi morfle les deux balles en plein cœur comme à l’entraînement et tombe à la renverse.
- Police ! Les mains en l’air et le cul par terre ! jette joyeusement le jeune inspecteur en soufflant dans son canon fumant comme dans les films.
Des flammes commencent à lécher le châssis de la voiture et le Black se penche à nouveau vers son collègue toujours coincé :
- Excuse, copain ! J’ai dû rectifier une erreur de casting.
- Arrête tes bêtises et sors moi de là, Néné !!! Je sens la chaleur qui monte, je vais griller comme un rat là dedans !!! hurle Leçon.
- Ca va aller, Didier, tente de le rassurer N’Ganno en écartant les sangles de la ceinture pour faire glisser le prisonnier hors de l’habitacle.
Le feu se fait menaçant et le jeune noir redouble d’efforts en pestant tandis que son collègue commence à crier.

Dragan ne bande plus.
Avec le trou sanglant qu’il a entre les jambes, il sait que ça ne risque plus d’arriver avant un bout de temps et que tous les coups de rasoirs qu’il pourra infliger à une gonzesse n’y changeront plus rien. A moins que ça repousse ce dont il doute un poil malgré son état de conscience encore très approximatif.
La grosse esquille de bois qui est fichée dans son lobe temporale ne l’aide pas vraiment à retrouver ses esprits non plus faut dire.
Il ne sait pas trop où il est ni ce qu’il peut bien faire ici.
Il sait par contre que cette racaille de négre lui a collé deux pruneaux dans le buffet !!!
L’impact lui a fait mal mais le gilet en Kevlar a fait son office.
Il se redresse lentement et pointe son arme sur le noir agenouillé à coté du coupé en feu.

La rafale du Scorpion déchire le silence alors que Franciné vient juste de dégager l’épaule droite de Didier et qu’il commence à l’extraire en tirant de toute ses forces. Les balles frappent la carrosserie dans un bruit de casseroles et N’Ganno sent une douleur terrible irradier son épaule et son ventre. L’impact est tel que son automatique lui échappe et qu’il part en vrille comme une toupie pour se retrouver sur le dos à deux mètres de la voiture.
L’inspecteur Leçon hurle en se traînant enfin hors de la BMW, poussé par les flammes qui lui ravagent les jambes. Les yeux hagards et la bouche ouverte comme un poisson hors de l’eau, Franciné lève enfin la tête avec difficulté et voit le zombi avancer vers lui en titubant. Il n’aura pas la force de prendre son arme de cheville et le sait. Il se demande comment le mec peut bien faire pour marcher avec un morceau de bois planté dans la tronche. Il espère aussi que les balles qu’il vient de ramasser ne lui ont pas emporté les joyeuses en constatant que le zombi a du paumer les siennes en route. Malgré ses blessures, la vision d’horreur déclenche une salutaire poussée d’adrénaline et le flic recule sur les coudes hystériquement pour échapper au mort-vivant.
Mais pas assez vite.
Le monstre sanglant n’est plus qu’à quelques mètres de lui et relève le Scorpion en souriant joyeusement. N’Ganno voit clairement le petit trou obscur de l’arme pointé sur sa tête et il ferme les yeux et serre bêtement des dents lorsque la voiture décolle du sol dans une explosion assourdissante qui projette des traînées d’essence dans toutes les directions.

- Tu peux pas rouler moins vite ? couine Farid le bandeletté plus blanc qu’un pot de lait.
- Attends : je suis pile à 130 et on est sur autoroute ! Avec une caisse comme celle-ci, j’ai déjà l’impression de me traîner comme un tombeau… J’ajoute que ça me gave aussi un poil de me retrouver sur la file de droite en Audi avec tous les blaireaux de la terre en Twingo qui me dépassent alors exagère pas trop.
- Ah mais te fâche pas !!! C’est juste que j’ai pas confiance quand je conduis pas…
- Ben tu m’as dit que t’avais pas le permis ?!
- Exactement. C’est même LA raison principale pour que je conduis pas d’ailleurs…
- Et ben moi, je l’ai, l’permis, ok ? Et je sais conduire. Parler aussi d’ailleurs ce qui n’est pas le cas de tout le monde dans cette bagnole mais j’accuse personne. Alors arrête de me gonfler.
- Ah non hein ! Pour la causerie, j’avoue que des fois il peut m’arriver de faire une faute d’oubli ou de maladresse dedans ma phrase…
- Si peu…
- …mais pour ce qui est de la conduite, t’as peut être ton permis, mais tu conduis comme l’autre là, le mec connu avec des lunettes noires !!!
- Jake des Blues Brothers ? tente Bibi.
- Nan, celui qui chante « sous les sunlights des Tropiques », répond très sérieusement « la Pierrade ».
- Mais qu’est ce que t’y connais à la conduite, pôv blaireau ? grince Bibi, piqué. T’es probablement dans le Guiness à la rubrique des recalés mondiaux du permis en nombre de tentatives et tu te permets encore de l’ouvrir ?
- Je vois pas le rapport avec la choucroute ! Je fais pas de ciné et pourtant je peux dire si un film est bon ! Ah !!! T’es mouché là !!!
- Complètement… esquive le tueur au Magnum. Et c’est quoi un bon film pour toi ?
- Ca dépend… élude à son tour le rusé, flairant le piège. En action ou comique ?
- Disons plutôt en drame psychologique.
- Je te parlais ciné et tu me causes bouquins ! T’es lourd, Bibi, à pas écouter quand on te cause !
- Quel nœud !!! s’ébahit le concentré du bitume.
- Facile le coup du mépris… N’empêche que pour en revenir aux bagnoles, un mec qui conduit bien c’est quand je flippe pas, s’tout !
- Tu flippes tout le temps.
- C’est parce que je monte qu’avec des ruines ! J’y peux rien si j’ai pas de cul !
- Rhhhhaaaa le grave… Bon, on arrête là, tu me donnes la migraine avec tes théories à la tords-moi-le-chignon et ça va finir que je vais encore t’en mettre une et passer pour un méchant !
- Normal, T’ES un méchant !
- Gniiiiiii ! se contient miraculeusement le Fangio contrarié. Ferme la avec ça et explique moi donc plutôt ce qu’on va faire à Orléans alors que Micheline nous attend à Montargis ?
- En fait c’est simple ! Même pour un Beugnot comme toi… Premiéro, il y a de bonnes chances que cette caisse soit cramée et que les bourres la recherchent dans très peu de temps DONC il valait mieux éviter d’aller directement rejoindre la copine sous peine d’y conduire aussi les flics. Toi y en a comprendre ?
- Je comprends que je vais voir si j’arrive à conduire d’une seule main si tu continues à me chercher oui…
- Deuxièmo, il y a une espèce de Négro de merde qui fait des embrouilles à mes cousins à Orléans et j’avais promis de descendre m’occuper du pénible.
- Attends… t’es pas bien là, Farid !!! On va pas aller faire les cow-boys à Orléans alors que la maison Poulaga au grand complet veut nous alpaguer sous prétexte que t’as des soucis de famille là bas ?!
- Meuh non ! C’est là le génie de Tonton Farid !!! L’indélicat tire des caisses comme tu te grattes le cul…
- Je ne me grattes pas le